Basket : derby en apnée, Riyadi s’impose après prolongation face à La Sagesse
Basket : derby électrique à Manara, Riyadi reste parfait. ©Sarkis Yeretsian 

On l’annonçait brûlant, il a fini incandescent. Dans un Manara en fusion, les Jaunes de Riyadi, menés par Ahmad Farran, ont résisté au retour furieux des Verts de La Sagesse de Joe Ghattas, avant de trancher au couteau en prolongation. Score final : 122-114, au bout d’une nuit qui a rappelé que, dans ce championnat, le derby ne se joue pas… il se survit.

Le décor était planté : les deux mastodontes du basket libanais, la salle de Manara comme caisse de résonance, et cette promesse de match à haute tension. Elle a été tenue — et même dépassée. Riyadi a d’abord appuyé sur l’accélérateur, La Sagesse a ensuite renversé la table, et la prolongation a fini par donner raison à l’expérience.
La Sagesse s’est présentée diminuée : Ali Haidar absent sur blessure, et Gerard Hadidian n’a pas pu aller au bout, stoppé net après quelques minutes seulement. Pas de quoi calmer les Verts, au contraire : ils ont joué avec le cœur au bord des lèvres… et la défense dans les dents.

Jaunes en mode turbo

Riyadi a attaqué comme on frappe un gong : fort, vite, sans préavis. Premier quart-temps : 36-20, +16, le public déjà debout. Les Jaunes gardent la main au deuxième (30-29) et virent largement en tête à la pause : 66-49. À ce moment-là, Manara croit tenir une soirée “maîtrisée”. Erreur classique de derby : rien n’est jamais maîtrisé.

Les Verts se rebiffent

Le troisième quart-temps change tout. La Sagesse hausse le ton, met du chaos dans les lignes, grignote chaque possession comme un ticket de survie. 30-20 dans la période : le score se resserre (86-79) et la salle comprend qu’elle n’est pas venue pour un récital, mais pour une guerre de nerfs.
Le quatrième devient un scénario écrit à l’encre nerveuse. Les Verts poussent, étouffent, s’accrochent. Et dans les dernières secondes, ils arrachent l’égalité sur la ligne : deux lancers, le premier qui s’échappe, le second qui tombe — à 25 secondes du buzzer. Riyadi a une dernière attaque pour plier l’histoire, mais le panier n’arrive pas : 104-104, direction prolongation.

Prolongation : la loi du métier

Trois minutes de bras de fer, puis la bascule : Riyadi retrouve son sang-froid, impose ses lectures, punit les hésitations. Les Jaunes finissent par faire la différence (18-10 dans l’extra-time) et bouclent ce derby à 122-114, huit points d’écart… et une salle soulagée comme après un sprint en apnée.
Derrière le spectacle, les chiffres racontent une bataille offensive : Riyadi à 55% aux tirs, La Sagesse à 50%. Égalité parfaite aux rebonds (43-43). Mais un écart qui pèse lourd : les passes décisives, 34-19 pour Riyadi, comme une preuve de maîtrise collective au moment où tout vacille. La Sagesse, elle, se console avec l’agressivité : 9 interceptions contre 6.
Individuellement, Perrin Buford a sorti la panoplie complète (31 points, 14 rebonds, 8 passes), épaulé par un Hayk Gyokchyan incisif (24 points), un Amir Saoud chef d’orchestre (18 points, 12 passes), Maurice Kemp solide (17 points, 11 rebonds) et Nuni Omot dans le tempo (14 points). Côté Vert, Paris Bass a été incandescent (37 points, 12 rebonds, 4 passes) avant de sortir pour cinq fautes… juste avant la prolongation, comme un coup de théâtre cruel. Youssef Khayat (29 points, 10 rebonds, 5 passes, 4 interceptions) a tenu la baraque, Walter Hodge (20 points) a mis ses cartouches, Kevin Murphy (17 points, 6 rebonds, 4 passes) a accompagné l’assaut.
En coulisses, on lisait la même chose sur les visages : ce derby-là a coûté cher en énergie. Dans les travées, un habitué lâchait, mi-rieur mi-lessivé : « Ici, c’est jamais un match… c’est une épreuve. » Sur les réseaux, un message tournait déjà en boucle : “104-104 et pourtant, on dirait que c’était encore l’échauffement.”
Au classement, Riyadi prolonge son sans-faute et boucle la phase aller en patron, invaincu et installé en tête. La Sagesse, elle, encaisse sa deuxième défaite (9 victoires, 2 revers) mais ressort avec une certitude : même diminués, les Verts ont les crocs. Et quand un derby se joue au-delà des 120 points, ce n’est plus seulement du basket : c’est une déclaration de guerre… avec un tableau d’affichage en guise de signature.

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