Profitant d’une fenêtre de répit dans des jours lourds pour le Liban, la sélection libanaise a signé une prestation pleine d’autorité à Damas, où elle a largement dominé la Syrie (110-73) lors d’une rencontre amicale disputée pour l’inauguration de la salle Al-Fayhaa.
Dans la grisaille qui colle aux Libanais depuis des semaines, le sport national a offert un rayon de soleil. Pas immense, pas de ceux qui changent le ciel, mais assez vif pour éclairer une soirée. À Damas, le Liban n’a pas simplement honoré une invitation. Il a pris la scène, le ballon et le match. Et il a laissé à la Syrie le décor.
Sur l’affiche, il y avait une amicale. Sur le terrain, il y a très vite eu un match à sens unique. Car au-delà du vernis protocolaire et du décorum entourant l’inauguration de la salle Al-Fayhaa, cette soirée ne pouvait se lire comme une simple parenthèse sportive. Entre le Liban et la Syrie, l’histoire commune est trop chargée, trop cabossée, trop souvent parasitée par les arrière-pensées pour qu’un duel de basket soit totalement neutre. Le contexte dépassait le basket. Le match, lui, l’a très vite ramené à une vérité plus simple: il y avait une équipe au-dessus de l’autre.
Le décor, puis la hiérarchie
Présent à l’inauguration, Ahmad el-Chareh a lui-même donné à l’événement une portée dépassant le strict cadre du parquet, en saluant une première activité entre les deux pays et en estimant qu’entre le Liban et la Syrie, il ne devrait y avoir «ni gagnant ni perdant». Le ballon, lui, n’a pas vraiment respecté le protocole.
Au-delà du score, la soirée a aussi donné à voir un pouvoir syrien soucieux d’afficher un visage plus ouvert: présence présidentielle, discours d’apaisement, salle Al-Fayhaa remarquablement rénovée, organisation soignée et mise en scène à la hauteur, autant d’éléments qui ont donné à ce gala les airs d’un premier signal encourageant pour de nouvelles relations libano-syriennes.
Malgré un groupe remanié et privé de plusieurs cadres retenus pour des raisons diverses, le Liban a affiché assez de coffre, d’adresse et de maîtrise pour tuer très tôt tout faux suspense. Emmenés notamment par Amir Saoud, Youssef Khayat, Gerard Hadidian, Jad Khalil, Joe Abou Samra, Bilal Tabbarah et Georges-Yves Daaboul, les visiteurs ont rapidement mis la main sur la rencontre, imposant leur rythme, leur circulation et leur supériorité athlétique à une formation syrienne vite mise sous pression.
Une amicale sans suspense
Le scénario s’est dessiné sans attendre. À la fin du premier quart-temps, le Liban avait déjà pris le large (34-19). À la pause, l’écart avait encore gonflé (65-39), avant de grimper à 90-59 au terme du troisième quart-temps. Plus d’impact, plus de rythme, plus de justesse, plus de répondant: il n’a fallu que quelques séquences pour sentir que la Syrie allait passer une fort mauvaise soirée.
Une avance nette, lourde, presque définitive, qui disait à elle seule la physionomie d’un match où les Libanais n’ont jamais eu à forcer leur talent pour dominer des pieds et des épaules leur adversaire. Ce qui devait être une fête d’inauguration a peu à peu tourné à la leçon de hiérarchie. Le Liban s’est promené avec sérieux, sans fioritures inutiles, en patron sûr de sa force face à un hôte trop vite dépassé pour espérer sauver autre chose que les apparences.
Des chiffres qui parlent
Sur le plan technique, la copie libanaise a été particulièrement propre. Les hommes d’Ahmad Farran ont converti 64% de leurs tirs à deux points et 54% de leurs tentatives à trois points, tout en dominant collectivement sous les panneaux avec 49 rebonds et en faisant vivre la balle avec 37 passes décisives. Une production offensive fluide, collective, qui a traduit sur la feuille de match l’écart de niveau aperçu sur le parquet.
Les points, eux, se sont répartis sur tout l’effectif. Youssef Khayat s’est illustré avec 17 points, 10 rebonds et 7 passes, auxquels il a ajouté 3 interceptions et 2 contres. Joe Abou Samra a lui aussi inscrit 17 points, avec 5 rebonds et 4 interceptions. Ismaïl Ahmad a terminé avec 13 points, 5 rebonds et 5 passes, tandis que Gerard Hadidian a apporté 11 points et 5 rebonds. Mark Khoury et Amir Saoud ont ajouté 9 points chacun, le premier avec 5 rebonds, le second avec 7 passes décisives. Omar el-Jamal a marqué 8 points et capté 4 rebonds, alors que Jad Khalil et Georges-Yves Daaboul ont chacun inscrit 7 points, Khalil distribuant en plus 7 passes. Bilal Tabbarah a ajouté 6 points, tandis que Jean-Luc Makhlof et Anthony Naba ont terminé avec 3 points chacun, Makhlof prenant également 7 rebonds.
De quoi rendre au public libanais, privé de championnat depuis l’arrêt imposé par les circonstances, une part de l’enthousiasme qui accompagne d’ordinaire ses soirées de basket. Même en amical, la sélection a rappelé qu’elle demeurait, dans ces temps cabossés, une source intacte de fierté et un rare motif de sourire.
Ahmad el-Chareh espérait sans doute une inauguration plus douce pour la sélection de son pays. Il a eu la salle, le symbole, le protocole et les applaudissements. Il lui a manqué l’essentiel: une Syrie capable de soutenir la comparaison. Sur le parquet, la Syrie a surtout mesuré le chemin qu’il lui reste à parcourir. À Damas, elle a inauguré un écrin; le Liban, lui, y a signé une démonstration. Le gala était syrien, le verdict, libanais.




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