À 23 ans, le Libanais Abdallah Yassine a décroché une qualification historique pour les Jeux asiatiques paralympiques 2026 à Aichi-Nagoya. Joueur de basket fauteuil, lancé dans la para-natation depuis janvier seulement, il avance désormais vers le Japon avec une trajectoire qui dépasse le simple cadre sportif.
Il y a des lignes d’eau qui ressemblent à des couloirs de compétition. Et puis il y a celles qui deviennent des couloirs de vie. Abdallah Yassine appartient à cette seconde catégorie. Dans un pays où même les valides trébuchent souvent sur les obstacles du quotidien, le jeune Libanais a choisi de transformer les siens en tremplin. Sans chercher le pathos, sans réclamer l’aumône de l’admiration, mais avec cette obstination silencieuse des sportifs qui savent que le chrono ne mesure jamais toute l’histoire.
À 23 ans, Abdallah Yassine vient d’inscrire son nom dans une page rare du sport libanais: il est devenu le premier para-nageur du pays à se qualifier pour les Jeux asiatiques paralympiques 2026, prévus à Aichi-Nagoya, au Japon. Une performance d’autant plus saisissante qu’il n’a commencé la para-natation qu’en janvier 2026. Quelques mois pour apprendre, encaisser, répéter, corriger, repartir. Quelques mois pour passer du bassin d’entraînement à une scène internationale. Quelques mois pour faire d’une découverte un drapeau.
Du basket fauteuil au bassin
Avant de plonger dans l’eau, Abdallah Yassine avait déjà appris à se battre sur parquet. Joueur de basket fauteuil, il connaît le goût du duel, la dureté des contacts, l’intelligence du placement, la nécessité de compenser chaque centimètre par une lecture plus rapide du jeu. Le basket lui a donné le feu. La natation lui a offert une autre arène: plus silencieuse, plus solitaire, plus implacable.
Dans l’eau, il n’y a pas de coéquipier pour masquer une hésitation. Pas de ballon pour accélérer le récit. Il y a le souffle, la ligne, la fatigue, la répétition. Il y a cette vérité nue du sport: avancer, encore, même quand le corps discute chaque mouvement.
Accompagné notamment par son entraîneur Mohamad Sakr et soutenu par ProSwim, Abdallah a pris part aux World Para Swimming Series à Fuji-Shizuoka, au Japon, passage décisif sur la route de la qualification asiatique. Loin du Liban-Sud, il n’a pas seulement nagé pour lui-même. Il a nagé pour un pays qui a souvent plus de talents que de structures, plus de courage que de moyens, plus de héros discrets que de projecteurs.
La guerre en toile de fond
Comme beaucoup de jeunes du Sud, Abdallah Yassine n’a pas vécu ces derniers mois dans une bulle sportive. La guerre l’a rattrapé, déplacé, secoué. Il a dû quitter son foyer, bouger d’un endroit à l’autre, s’adapter sans cesse. Là où d’autres auraient rangé le sac de sport en attendant des jours meilleurs, lui a continué à s’entraîner.
«La guerre actuelle m’a beaucoup affecté. J’ai dû quitter ma maison et me déplacer d’un endroit à l’autre, mais malgré tout, j’ai continué à m’entraîner chaque jour. Mon rêve est d’atteindre les Jeux paralympiques de Los Angeles 2028», a-t-il confié.
Cette phrase dit presque tout. Le déracinement, mais pas l’abandon. La difficulté, mais pas l’excuse. Abdallah n’a pas attendu que le pays redevienne normal pour se comporter en athlète. Il a fait l’inverse: il s’est accroché à l’entraînement pour garder une forme de normalité.
Une qualification, et bien plus encore
Sportivement, la qualification pour Aichi-Nagoya 2026 constitue déjà un jalon majeur. Symboliquement, elle pèse encore plus lourd. Le Liban a produit des champions, des combattants, des talents isolés capables de surgir malgré les failles du système. Mais dans le handisport, chaque apparition internationale raconte aussi une bataille pour la visibilité, l’accessibilité, l’encadrement et la reconnaissance.
Abdallah Yassine ne porte donc pas seulement un bonnet de nage. Il porte une cause. Celle des athlètes paralympiques libanais, trop souvent relégués dans l’angle mort médiatique. Celle de jeunes qui refusent que leur handicap soit résumé à une limite. Celle d’un sport qui demande autre chose qu’un applaudissement ému: des moyens, des bassins, des entraîneurs, des compétitions, une politique durable.
À 23 ans, Abdallah n’est pas un conte moral. Il est un sportif. Il s’entraîne, voyage, se qualifie, progresse, fixe un objectif. Comme tout athlète. Avec un parcours plus rude, certes, mais avec la même exigence: être prêt le jour où le départ sera donné.
Los Angeles dans le viseur
Aichi-Nagoya 2026 sera une étape. Peut-être un baptême continental. Peut-être une rampe de lancement. Dans le viseur, il y a déjà Los Angeles 2028, rêve immense, mais assumé avec la simplicité des grands obstinés.
Le chemin reste long. Il faudra confirmer, améliorer les temps, multiplier les compétitions, consolider l’encadrement, obtenir les standards nécessaires. Mais Abdallah Yassine a déjà gagné quelque chose que les chronos ne capturent pas toujours: le droit d’être pris au sérieux.
Dans un Liban qui doute souvent de lui-même, son histoire tombe comme une respiration. Un jeune homme du Sud, déplacé par la guerre, venu du basket fauteuil, lancé dans la para-natation depuis quelques mois seulement, ira défendre les couleurs libanaises au Japon. La formule pourrait sembler écrite pour le cinéma. Elle est simplement réelle.




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