Alex Feghali cueille le Printemps
Alex Feghali, pied au plancher vers la victoire au Rallye du Printemps. ©motortuneracing

Le 41e Rallye du Printemps a lancé la saison libanaise sur un scénario digne d’un thriller mécanique : Roger Feghali avait la vitesse, Alex Feghali a eu la lucidité, et la pénalité a redistribué les cartes. Au bout des 267 km de course, le fils s’offre une victoire de patron.

Le printemps a ses parfums, ses couleurs… et désormais ses coups de théâtre. Sur les routes de Jbeil et du Kesrouan, le 41e Rallye du Printemps a offert tout ce que le sport mécanique libanais aime raconter : du soleil, de la gomme chaude, des virages qui mordent, des chronos au couteau et une histoire de famille qui finit, une fois encore, au sommet du classement.

Organisée par l’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL), cette première manche du championnat du Liban des rallyes a réuni 23 voitures au départ, dont 19 ont franchi la ligne d’arrivée. Le menu était nerveux : 267 km au total, dont 81,13 km d’épreuves spéciales. Pas une promenade printanière, plutôt une course d’équilibriste sur asphalte, où la moindre erreur se paie comptant.

Et à ce jeu-là, Alex Feghali et son copilote Joseph Matar, sur Skoda Fabia RS, ont signé le coup parfait. Vainqueur en 46:15.9, Alex décroche son deuxième Rallye du Printemps après celui de 2024. Une victoire nette, construite avec sang-froid, même si le scénario aurait pu basculer dans une autre direction.

Roger avait la vitesse, Alex avait la course

Car le plus rapide, brut de décoffrage, s’appelait encore Roger Feghali. Le recordman de l’épreuve, 18 victoires au compteur, avait commencé comme un patron. Meilleur temps dans la spéciale spectacle du samedi à Kaslik, puis encore intouchable sur plusieurs spéciales du dimanche, il semblait parti pour rappeler à tout le paddock que le vieux lion n’avait pas l’intention de laisser la savane.

Mais le rallye n’est pas seulement une affaire de pied droit. C’est aussi une affaire de pointage, de discipline, de minute exacte. Et là, le couperet est tombé : Roger Feghali et Louay Sakr sont entrés dans la troisième spéciale trois minutes avant leur heure prévue. Trois minutes de pénalité. Trois minutes qui, dans un rallye, ressemblent à une éternité.

À partir de là, la course a changé de visage. Roger a continué à attaquer, à signer des temps, à remonter tout ce qu’il pouvait. Mais devant, Alex n’a pas ouvert la porte. Il a gardé le volant propre, la tête froide et la trajectoire juste. Le fils n’a pas seulement hérité d’un nom : il a géré la pression qui va avec.

Abou Hamdan dans le tempo

Derrière Alex Feghali, Bassel Abou Hamdan et Firas Elias ont livré une course solide, régulière, sans faute majeure. Deuxièmes à seulement 14.4 secondes, ils prouvent qu’ils ne sont pas là pour décorer les communiqués. Dans une saison qui démarre à peine, ce podium ressemble déjà à une déclaration d’intention.

Elias el-Dehni et Thierry Rouhana complètent le tiercé de tête, à 1:45.2 du vainqueur. Leur Skoda Fabia RS s’installe dans le bon wagon et rappelle que la densité du plateau ne se limite pas au duel familial Feghali.

Roger Feghali, lui, termine quatrième à 2:00.1. Un classement presque cruel, tant sa vitesse pure a pesé sur la course. Mais le chrono, en rallye, n’a pas d’état d’âme. Il additionne tout : les spéciales, les fautes, les pénalités, les regrets.

Une spéciale pour Gaby Hayek

Cette édition avait aussi sa part d’émotion. La spéciale spectacle du samedi, disputée au siège de l’ATCL à Kaslik, portait le nom de Gaby Hayek, longtemps figure majeure de l’organisation des rallyes au Liban et ancien directeur du Rallye du Printemps. Avant le départ, une minute de silence a été observée en sa mémoire, en présence de sa famille.

Puis Alexia Hayek a donné le signal de départ. Le symbole était fort : la mémoire d’un homme de rallye, transmise au cœur d’une discipline qui continue d’avancer, de vibrer et de rassembler.

Sur le bord des routes, le public a répondu présent. Comme souvent au Liban, les spéciales deviennent des tribunes à ciel ouvert : casquettes, téléphones levés, regards fixés sur l’entrée du virage, puis cette seconde de silence avant le passage d’une voiture lancée à pleine vitesse. Le rallye, ici, reste une affaire de passion populaire autant que de chronomètre.

Le Printemps lance déjà les hostilités

Au-delà du trophée, cette 41e édition a surtout posé les bases d’une saison qui s’annonce piquante. Alex Feghali a gagné en patron. Bassel Abou Hamdan a confirmé qu’il faudra compter avec lui. Elias el-Dehni s’est invité sur le podium. Karl Rizk et Tarek Younis sont restés dans le bon wagon. Roger Feghali, malgré sa pénalité, a rappelé qu’il reste probablement l’homme le plus rapide du plateau.

Le Rallye du Printemps a donc fait plus que lancer un championnat. Il a lancé une intrigue.

 

Commentaires
  • Aucun commentaire