De nouvelles manifestations «contre la vie chère et pour la jeunesse» sont prévues samedi en France pour le quatrième week-end consécutif, encadrées par un lourd dispositif de sécurité notamment à Paris où des gilets jaunes entendent s'approcher des lieux de pouvoir.

Cette nouvelle journée de mobilisation, dans la foulée d'importantes manifestations syndicales jeudi, vise à maintenir la pression avant une conférence sociale convoquée pour lundi par le gouvernement.

Patronat et syndicats sont conviés le matin, avant des rencontres avec les organisations lycéennes et étudiantes l'après-midi.

À moins de six mois de l'élection présidentielle pour laquelle la candidate d'extrême droite Marine Le Pen est favorite, le gouvernement de Sébastien Lecornu ne peut compter sur une majorité à l'Assemblée nationale et le pouvoir d'Emmanuel Macron est englué dans une nouvelle crise sociale dont le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, que les sondages donnent au second tour, entend tirer profit.

Le septuagénaire tient samedi son grand meeting de lancement de campagne.

La crise a été amorcée à la rentrée de septembre par un mouvement de lycéens contre la décrépitude de l'éducation nationale sur lequel se sont greffées plusieurs colères contre le coût de la vie ou contre Emmanuel Macron, qui quittera la présidence en mai après 10 ans au pouvoir.

Dans un courrier envoyé vendredi aux partenaires sociaux Sébastien Lecornu a assuré «(entendre) les attentes exprimées sur les salaires et le pouvoir d’achat» mais aussi les «inquiétudes» des employeurs. La conférence sociale «permettra de présenter les réponses concrètes aux attentes des Français», affirme-t-il.

Après les violences et destructions commises en marge des manifestations depuis septembre, le cortège autorisé à Paris ira de la place de la République, au cœur de la capitale, à celle de la Nation.

À la mi-journée, les manifestants commençaient à affluer vers la place de la République.

La coordination des Gilets jaunes a, elle, appelé à un rassemblement distinct et interdit par les autorités, place de la Concorde, non loin de l'Assemblée nationale.

Samedi matin, un très important dispositif de police était visible aux abords de la célèbre place, à peu de distance de l'Élysée, pour faire respecter l'interdiction.

Contrôles en amont

Les gilets jaunes prévoient quelque 120 actions samedi partout sur le territoire, loin des quelque 1.700 actions revendiquées le 17 octobre, premier samedi de manifestations.

À l'image de la journée de mobilisation de jeudi qui s'est «globalement bien déroulée» selon le ministère de l'Intérieur, les autorités veulent à tout prix éviter que se reproduisent les scènes d'émeutes et de pillages du 17 octobre, qui avait été émaillé par de nombreuses scènes de violences, de saccages et d'incendies.

Depuis cette journée dont les images ont fait le tour du monde, le gouvernement a serré la vis pour assurer la sécurité des cortèges et des commerces.

La préfecture de police a indiqué sur X avoir procédé à 847 contrôles à 11h00 dans les gares à Paris et dans sa périphérie immédiate.

Quelque 70.000 policiers et gendarmes sont mobilisés sur toute la France, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

«Le risque est exactement le même que pour les samedis précédents», a-t-il dit vendredi, mettant en garde contre «des phénomènes plus éclatés voire sporadiques dont le niveau de violence ne baissera pas en intensité».

«Ne pas attendre la présidentielle»

Des arrêtés d'interdiction de manifestation ont été pris dans certains centres-villes, comme à Rennes (ouest) en raison des «graves violences» survenues jeudi dans la ville.

La suite du mouvement, elle, dépendra en grande partie des réponses qu'apportera le gouvernement lors de la conférence sociale.

Les huit principaux syndicats nationaux ont d'ores et déjà indiqué qu'ils prendraient position dès lundi soir.

«La seule chose qui arrêtera la mobilisation, c'est la réponse aux revendications portées depuis plusieurs semaines par les salariés, les fonctionnaires, les jeunes et les retraités», ont écrit vendredi ces organisations.

L'ampleur de la manifestation de jeudi «doit inciter le gouvernement à comprendre qu'il ne peut pas attendre la présidentielle», a ajouté Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT, premier syndicat français, qui réclame une hausse de 100 euros net mensuel du Smic, le salaire minimum.

Le gouvernement laisse entendre depuis plusieurs jours être ouvert à une mesure sur le Smic, mais son ampleur n'atteindra sans doute pas les exigences des syndicats.

AFP