Les élections législatives israéliennes n’ont pas encore dégagé de vainqueur clair, alors que Washington prépare ses options militaires face à l’Iran et que plusieurs pays de la région tentent de prévenir une reprise de la guerre.
Réunis lundi à Téhéran, les représentants de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Pakistan, pays signataires du pacte de la Mecque, ont appelé à poursuivre le dialogue avec l’Iran, sans annoncer d’accord concret. Le renforcement des défenses américaines dans la région et la décision égyptienne d’autoriser un soutien militaire à Riyad face aux Houthis présentent toutefois une réalité contradictoire. Si la diplomatie s’active, les préparatifs d’une nouvelle escalade se poursuivent.
Une élection sans majorité, mais pas sans risque militaire
Au lendemain du scrutin du 27 octobre, les résultats israéliens restent provisoires. Les projections des chaînes de télévision ne donnent de majorité absolue ni au bloc de Benjamin Netanyahou ni à celui de son principal rival, Gadi Eisenkot. Le Likoud demeure en tête parmi les partis, mais la constitution d’une coalition nécessitant 61 sièges sur les 120 de la Knesset s’annonce difficile. Les partis arabes, qui réalisent une percée, pourraient peser dans les négociations, même si Netanyahou a exclu de former un gouvernement dépendant de leur soutien. Le décompte officiel des voix se poursuit et les tractations pourraient durer plusieurs semaines.
Cette incertitude politique ne signifie cependant pas que l’option militaire est suspendue. Benjamin Netanyahou reste Premier ministre intérimaire jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement. En droit israélien, un gouvernement de transition n’est pas automatiquement empêché de décider d’une opération militaire. Une décision de cette ampleur relève toutefois du gouvernement ou du cabinet de sécurité, et non du seul Premier ministre. Les contraintes sont donc autant politiques et institutionnelles que juridiques.
Netanyahou a d’ailleurs affirmé, dans son discours après le scrutin, vouloir achever le travail contre le régime iranien. L’absence de majorité ne suffit donc pas à conclure à un changement de stratégie. Une coalition difficile à former pourrait limiter sa marge de manœuvre politique, mais elle ne constitue pas, à elle seule, un mécanisme de blocage militaire.
L’autre échéance déterminante est américaine. Les élections de mi-mandat du 3 novembre approchent, tandis que Washington renforce les défenses antimissiles de ses alliés et prépare ses capacités militaires. Selon des informations rapportées, mercredi, par le quotidien américain Wall Street Journal, l’administration Trump envisage une campagne potentiellement courte et intense contre l’Iran après ce scrutin, sans qu’une décision définitive ait été prise.
Le pacte de La Mecque tente de contenir l’escalade
C’est dans ce contexte que s’inscrit la réunion organisée, lundi, à Téhéran. Le ministre saoudien de la Défense, Khalid ben Salmane, le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, et le chef du renseignement turc, Ibrahim Kalin, ont rencontré des responsables iraniens, dont le président Massoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Il s’agissait du premier déplacement conjoint de haut niveau des trois signataires du pacte de défense de La Mecque en Iran depuis la création de cette alliance en août.
Le choix des participants est significatif. L’Arabie saoudite est directement exposée aux attaques des Houthis, alliés de Téhéran, tandis que le Pakistan et la Turquie cherchent à préserver leur capacité d’intermédiation. Les trois pays ont intérêt à éviter que le conflit irano-américain ne s’étende davantage et ne menace leurs propres intérêts sécuritaires et économiques.
La portée de la rencontre reste néanmoins à démontrer. Le communiqué final s’est limité à annoncer la poursuite du dialogue et le renforcement de la coopération entre les quatre pays en faveur de la paix et de la sécurité régionales. Aucun mécanisme de sécurité commun, accord sur le Yémen ou engagement concret concernant les États-Unis et Israël n’a été annoncé. Téhéran a, de son côté, insisté sur la nécessité d’une sécurité régionale assurée par les pays de la région, sans intervention extérieure, une position qui rejoint sa revendication de voir les forces américaines quitter la région.
Le pacte de La Mecque constitue donc davantage, à ce stade, un canal de discussion qu’un dispositif capable d’empêcher une guerre. Ses signataires ne partagent pas nécessairement les mêmes priorités que l’Iran, et leur alliance défensive ne garantit pas qu’ils puissent convaincre Washington de renoncer à une nouvelle campagne militaire.
L’Égypte entre médiation et préparation défensive
Lundi, le parlement égyptien a autorisé le président Abdel Fattah al-Sissi à prendre les mesures nécessaires pour soutenir la défense de l’Arabie saoudite face aux attaques des Houthis, sous réserve d’une demande de Riyad et d’une coordination entre les deux pays.
Le Caire affirme que son éventuelle intervention serait strictement défensive, sans attaque contre le Yémen. Parallèlement, son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a défendu la recherche d’une solution diplomatique au conflit yéménite. L’Égypte ne faisant donc pas partie du pacte de La Mecque, sa décision ne devrait pas être interprétée comme une participation directe à une éventuelle guerre contre l’Iran. Elle montre néanmoins que les conséquences du conflit débordent déjà le face-à-face entre Téhéran, Washington et Israël, notamment en raison des menaces pesant sur les infrastructures saoudiennes et les routes maritimes de la mer Rouge.
La voie diplomatique n’est pas pour autant fermée. Le Pakistan reste un intermédiaire entre Washington et Téhéran, et l’Iran a récemment indiqué être disposé à reprendre les discussions sur la base d’un accord intérimaire négocié en juin, notamment autour du détroit d’Ormuz et du blocus naval américain.
Trois scénarios se dessinent ainsi. Une reprise des frappes après les élections américaines reste possible si Washington estime que les négociations sont dans l’impasse. Une désescalade négociée pourrait, à l’inverse, s’appuyer sur les médiations pakistanaise, qatarie et régionale, à condition que les deux camps acceptent des concessions réciproques. Enfin, une prolongation du statu quo, entre pressions militaires, blocage diplomatique et affrontements sur des fronts périphériques, demeure envisageable.
À ce jour, ni les élections israéliennes ni la réunion de Téhéran ne permettent de trancher entre ces scénarios. Il s’agit donc et avant tout de savoir si les médiateurs parviendront à transformer leurs contacts en engagements vérifiables avant que les préparatifs militaires ne rendent une nouvelle confrontation plus difficile à éviter.