Une maison à quelques mètres, mais devenue trop risquée pour y vivre. Une terre que l’on ne peut plus rejoindre. Une pompe à eau dont l’accès expose ceux qui doivent la faire fonctionner.

Au Liban-Sud, les restrictions d’accès ne contraignent pas toujours les habitants à quitter leur village. Elles peuvent aussi les empêcher de rejoindre leur domicile, leurs terres ou les infrastructures indispensables à leur quotidien.

À Kfarchouba, Halta, Kfar Hamam, Chebaa et dans plusieurs localités du secteur de Marjayoun, notamment à Deir Mimas et Bourj el-Moulouk, certains secteurs sont interdits ou difficiles d’accès. Les situations varient selon les lieux: interdictions formelles dans certains cas, risques sécuritaires et incertitude sur les déplacements dans d’autres. Des habitants ne peuvent ainsi plus rejoindre certaines terres, maisons ou infrastructures, parfois situées à proximité immédiate de leur domicile.

Un village, plusieurs zones d’accès

Pour Aïda, les restrictions se traduisent par un sentiment d’encerclement. Elle ne peut plus circuler librement dans toutes les parties du village et peine à rejoindre une parcelle qu’elle souhaite récolter. À l’approche de l’hiver, une autre difficulté se pose: ramasser le bois nécessaire pour se chauffer. Des gestes ordinaires deviennent ainsi des déplacements incertains, parfois perçus comme trop risqués.

«Je suis enfermée dans mon propre village. Je ne peux plus aller librement sur ma terre. Aujourd’hui, même y accéder est un risque. Mais comment renoncer à une terre qui est la mienne?», déplore Aïda.

Dalia, elle, a dû quitter sa maison et louer un autre logement dans le même village, à quelques mètres seulement. «J’ai dû quitter ma propre maison et louer un autre logement dans le village, plus loin de la zone dangereuse et de la présence de l’armée israélienne. Ma maison existe toujours, mais je ne peux pas y vivre sereinement. Aujourd’hui, je paie un loyer alors que j’ai déjà mon propre logement. Jusqu’à quand cette situation va-t-elle durer?»

À Deir Mimas, la municipalité a également signalé que certains habitants ne pouvaient plus rejoindre leur domicile et que des familles avaient dû louer ailleurs, parfois dans la même localité. Ces relogements représentent une charge financière supplémentaire pour les ménages concernés.

Quand le danger redessine les déplacements

À Kfarchouba, l’incertitude sécuritaire dissuade parfois les habitants de rejoindre leurs terres. Mohammad El Hajj, employé municipal, décrit une situation où le risque ne se traduit pas toujours par une interdiction officielle: «Aucun habitant n’ose s’aventurer sur ses propres terres. Ce n’est pas nécessairement parce qu’une interdiction officielle lui a été signifiée, mais parce que personne ne sait où commence le danger.»

Le territoire communal reste le même, mais son usage change. Certaines routes ne peuvent plus être empruntées librement, des terres deviennent difficiles à exploiter et des habitations ne peuvent plus être occupées normalement.

«On ne sait pas à quel moment l’armée israélienne peut entrer chez nous, dans nos maisons. Il n’y a aucune sécurité», témoigne Ferial Abdel Aal, habitante de Kfarchouba.

Les restrictions affectent également l’activité économique. À Marjayoun, Ziad a dû fermer sa pharmacie en raison des risques liés à la proximité d’une position militaire israélienne. Cette fermeture est également susceptible de limiter l’accès des habitants aux produits et services de proximité.

Des municipalités contraintes d’administrer l’inaccessible

Pour les municipalités, les restrictions d’accès compliquent directement la gestion locale. Elles doivent maintenir les infrastructures et assurer les services essentiels alors que certains secteurs sont devenus difficiles, voire impossibles, à rejoindre.

À Kfarchouba, dans le caza de Hasbaya, la pompe à eau illustre concrètement ces difficultés. Située à l’extérieur du village, elle est essentielle à l’approvisionnement des habitants. Après la coupure de l’électricité qui l’alimentait, des responsables municipaux ont dû s’y rendre pour acheminer du carburant et permettre à l’installation de fonctionner. «Nous n’avons pas d’autre choix, nous devons nous y rendre», déclare le président du conseil municipal, Kassem Qadri.

À Halta et à Kfar Hamam, dans le caza de Hasbaya, ainsi que dans certains secteurs de Bourj el-Moulouk et de Qlayaa, dans le caza de Marjayoun, les restrictions d’accès compliquent également le travail des municipalités. Maintenir les services essentiels, intervenir dans les secteurs concernés et répondre aux besoins des habitants devient plus difficile lorsque les déplacements sont soumis à des contraintes sécuritaires.  

À Deir Mimas, la présidente du conseil municipal, Tania Bernaba, décrit un quotidien fait de détours imposés par la situation sécuritaire et leurs conséquences sur les déplacements. «Pour rejoindre une maison ou le village voisin, au lieu de prendre la route toute proche, on doit faire un long détour», confie-t-elle.

Quand les restrictions s’installent dans le quotidien

À force de composer avec l’incertitude, les habitants ne peuvent plus organiser leur quotidien comme auparavant. Les décisions les plus ordinaires dépendent désormais de conditions qu’ils ne maîtrisent pas: ce qui est possible un jour peut devenir incertain le lendemain. Les restrictions pèsent ainsi sur leur capacité à prévoir et à organiser leur vie.

Au Liban-Sud, habiter son village ne garantit plus de pouvoir y vivre normalement.  

Pour certains habitants, le territoire familier reste visible et proche, mais une partie de leur vie quotidienne leur échappe désormais.