À l’occasion de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, ce 21 septembre, le Liban apparaît particulièrement concerné: quelque 54.000 personnes y vivraient avec Alzheimer ou une autre démence. Dans le même temps, la recherche franchit un cap: des prises de sang peuvent désormais aider à repérer les marqueurs biologiques de la maladie, de nouveaux traitements parviennent à ralentir modestement son évolution et 158 médicaments sont actuellement évalués dans 192 essais cliniques. Diagnostiquer plus tôt devient possible. Mais pour le patient, que change réellement cette avance?
Alzheimer reste une maladie incurable. Ce qui a changé, en revanche, c’est la manière de la détecter et, dans certains cas, d’en ralentir l’évolution.
Pendant longtemps, le diagnostic reposait principalement sur les symptômes, les tests cognitifs, l’imagerie et l’exclusion d’autres causes. Aujourd’hui, la maladie peut également être approchée à travers ses marqueurs biologiques, notamment les protéines bêta-amyloïde et tau qui s’accumulent anormalement dans le cerveau.
Alzheimer se lit désormais aussi dans le sang
Les progrès les plus spectaculaires concernent les biomarqueurs sanguins, notamment la protéine p-tau217.
En mai 2025, l’autorité américaine des médicaments, la FDA, a autorisé le premier test sanguin destiné à aider au diagnostic d’Alzheimer chez des patients présentant déjà des signes ou symptômes de déclin cognitif. En août 2026, un nouveau test sanguin p-tau217 développé par Roche a à son tour reçu le feu vert américain.
L’enjeu est considérable. Jusqu’ici, confirmer la présence de plaques amyloïdes pouvait nécessiter une imagerie PET coûteuse ou une ponction lombaire. Une simple prise de sang pourrait rendre cette étape beaucoup plus accessible.
Mais il ne s’agit pas pour autant d’un test à effectuer chez toute personne en bonne santé simplement parce qu’elle a 50 ou 60 ans ou qu’elle oublie parfois ses clés. Ces tests s’intègrent dans une démarche médicale chez des patients présentant des troubles cognitifs et ne remplacent pas l’évaluation clinique.
Pourquoi diagnostiquer plus tôt?
La question s’est longtemps posée: pourquoi savoir plus tôt si l’on ne pouvait empêcher la maladie d’avancer?
L’arrivée des anticorps anti-amyloïdes a partiellement changé l’équation. Deux médicaments, le lecanemab – commercialisé sous le nom Leqembi – et le donanemab – Kisunla –, sont désormais disponibles dans certains pays pour des patients aux premiers stades de la maladie.
Ils ne guérissent pas Alzheimer et ne font pas revenir une mémoire déjà perdue. Ils visent à éliminer une partie de l’amyloïde accumulée dans le cerveau et à ralentir la progression de la maladie.
Dans son étude principale, le lecanemab a réduit d’environ 27% le déclin observé sur une échelle combinant capacités cognitives et fonctionnement quotidien après 18 mois par rapport au placebo. Avec le donanemab, le ralentissement était d’environ 29% sur une autre échelle clinique après 76 semaines.
Ces chiffres doivent être correctement interprétés. Un ralentissement de 27% ne signifie pas que le patient récupère 27% de sa mémoire. Il signifie que son état s’est dégradé moins rapidement que celui des patients ayant reçu un placebo.
C’est néanmoins une différence majeure: ces traitements ont été étudiés au stade du trouble cognitif léger ou de la démence légère. Lorsque la maladie est avancée, cette fenêtre thérapeutique est dépassée.
Savoir plus tôt commence donc à avoir un sens médical. Savoir plus tôt ne signifie toujours pas guérir.
Des traitements sous surveillance
Ces progrès ont leur revers.
Les traitements anti-amyloïdes peuvent provoquer des anomalies cérébrales appelées ARIA: œdème ou petites hémorragies visibles à l’IRM. La majorité ne provoque pas de symptômes, mais des formes graves, exceptionnellement mortelles, sont possibles.
Le risque est notamment plus important chez les personnes possédant deux copies du variant génétique ApoE ε4. Le traitement impose donc une sélection rigoureuse des patients et une surveillance par IRM.
Le progrès thérapeutique ne consiste donc pas encore à prendre un comprimé le matin et à oublier la maladie. Ces traitements nécessitent un diagnostic précis, des perfusions régulières pour certains d’entre eux et un suivi médical étroit.
Au Liban, plus de 54.000 personnes concernées
Selon les estimations du Global Burden of Disease 2021, quelque 54.346 personnes vivaient au Liban avec la maladie d’Alzheimer ou une autre démence, avec une fourchette comprise entre environ 46.000 et 62.000.
Le Liban présentait également une prévalence standardisée selon l’âge estimée à 828 cas pour 100.000 habitants, la plus élevée parmi les pays et territoires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord étudiés.
Ces chiffres doivent toutefois être lus avec prudence. Il s’agit d’estimations épidémiologiques modélisées, et non d’un registre national recensant chaque patient diagnostiqué.
Les données de terrain disponibles vont dans le même sens. Une étude menée auprès de personnes âgées de plus de 65 ans à Beyrouth et au Mont-Liban avait retrouvé une prévalence brute de la démence de 7,4%, atteignant 9% après standardisation selon l’âge.
La recherche libanaise tente aujourd’hui de préciser cette photographie. La Lebanon Study on Aging and Health, pilotée notamment par l’Université américaine de Beyrouth, a recruté 3.027 personnes de 60 ans et plus à Beyrouth et dans le district de Zahlé. Tests cognitifs, données médicales et prélèvements sanguins doivent permettre de mieux comprendre le vieillissement cognitif et les démences. Mais cette cohorte ne couvre pas l’ensemble du territoire et ne constitue donc pas encore une photographie nationale exhaustive.
«Alzheimer se détecte plus tôt, tandis que le Liban cherche encore à mesurer l’ampleur de la maladie.»
Le pays ne dispose en effet toujours pas d’un registre national exhaustif permettant de connaître précisément le nombre de personnes vivant aujourd’hui avec un diagnostic d’Alzheimer.
Peut-on au moins réduire le risque?
Tout n’est pas inscrit dans les gènes.
Dans ses nouvelles recommandations publiées en juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé estime que jusqu’à 45% du risque de démence pourrait être prévenu ou retardé en agissant sur des facteurs modifiables.
Activité physique, arrêt du tabac, réduction de la consommation d’alcool, alimentation équilibrée et maintien des relations sociales en font partie. L’OMS insiste également sur le contrôle de l’hypertension, du diabète et du cholestérol, la prise en charge des troubles auditifs et la réduction de l’exposition à la pollution atmosphérique.
Aucun de ces gestes ne garantit d’échapper à Alzheimer. Ils permettent en revanche de réduire une partie du risque.
À l’échelle mondiale, plus de 57 millions de personnes vivent avec une démence, Alzheimer représentant environ 60 à 70% des cas.
Et la recherche accélère. Le World Alzheimer Report 2026, lancé précisément ce 21 septembre, recense 158 médicaments actuellement étudiés dans 192 essais cliniques.
La révolution n’est donc pas encore celle de la guérison. Elle est celle du temps gagné: détecter plus tôt, intervenir plus tôt et, peut-être demain, disposer enfin de traitements capables de transformer cette avance en années d’autonomie supplémentaires.