Le Covid-19 refait parler de lui en France à la rentrée. Fin août, consultations et passages aux urgences pour suspicion d’infection ont nettement progressé, sans hausse parallèle des hospitalisations et à des niveaux encore modestes. Au Liban, le SARS-CoV-2 continue lui aussi d’être détecté, mais les dernières données de surveillance ne montrent pas de poussée comparable.
Plus de six ans après le début de la pandémie, le virus n’a pas disparu: il circule désormais par vagues irrégulières, avec un enjeu qui reste surtout la protection des personnes vulnérables.
Une reprise réelle mais encore limitée en France
Entre le 24 et le 30 août, les consultations de SOS Médecins pour suspicion de Covid-19 ont bondi de 125% chez les 15-64 ans.
Le pourcentage impressionne, mais il doit être rapporté aux volumes: cette hausse correspond à 139 consultations supplémentaires. Les niveaux restent inférieurs à ceux enregistrés les années précédentes.
Même constat aux urgences: les passages pour suspicion de Covid ont progressé de 31%, soit 55 passages supplémentaires en une semaine. Les hospitalisations après passage aux urgences sont, elles, restées stables.
Le signal de reprise existe donc bien, sans permettre pour l’instant de parler d’une nouvelle vague importante ou d’une pression hospitalière.
La rentrée favorise mécaniquement les contacts dans les écoles, les bureaux et les transports. Mais le SARS-CoV-2 a depuis longtemps montré qu’il ne suivait pas strictement le calendrier hivernal de la grippe.
Au Liban, le virus circule à bas bruit
Les dernières données disponibles du ministère libanais de la Santé sont plutôt rassurantes.
Dans le réseau sentinelle des infections respiratoires aiguës sévères, arrêté au 30 août, 32 patients hospitalisés avaient été testés durant les quatre semaines précédentes. Deux étaient positifs au SARS-CoV-2, soit 6,2%. Trois étaient positifs à la grippe.
Dans le réseau ambulatoire, composé de neuf centres médicaux répartis dans plusieurs régions, aucun des 17 patients prélevés sur la même période n’était positif au Covid-19.
Ces effectifs sont trop faibles pour estimer la circulation réelle du virus dans la population. Ils indiquent néanmoins qu’aucune flambée n’apparaît actuellement dans le dispositif sentinelle.
Autre donnée: près de 4.900 infections respiratoires aiguës ont été rapportées en une semaine au réseau de surveillance libanais. Elles ne correspondent évidemment pas à autant de Covid. Cette catégorie regroupe grippe, SARS-CoV-2, VRS, rhinovirus et de nombreux autres agents respiratoires.
C’est d’ailleurs pour cette raison que compter simplement les «cas de Covid» a aujourd’hui beaucoup moins de sens qu’en 2020 ou 2021.
Une étude libanaise confirme une circulation irrégulière
Une vaste étude multicentrique conduite notamment par des chercheurs de l’American University of Beirut apporte un recul intéressant.
Elle a suivi 7.708 patients hospitalisés pour infection respiratoire aiguë sévère au Liban entre 2020 et 2024. Parmi eux, 1.302, soit environ 17%, avaient un Covid confirmé.
La proportion de patients positifs est passée de 37% en 2020-2021 à 12% en 2023-2024, tandis que la gravité des formes hospitalisées diminuait nettement.
Les chercheurs soulignent également que, contrairement à la grippe, le Covid n’a pas présenté au Liban de saisonnalité claire. Des remontées ont notamment été observées en juillet et août.
Ce constat est particulièrement pertinent dans un pays où les déplacements estivaux et les arrivées de voyageurs sont importants: une augmentation du virus en Europe mérite d’être suivie, sans signifier pour autant qu’elle se reproduira automatiquement au Liban.
XFG domine en Europe sans signal de gravité accrue
La reprise française intervient dans un paysage viral toujours dominé par les descendants d’Omicron.
En Europe, le variant XFG est devenu majoritaire et reste placé sous surveillance. D’autres lignages, notamment NB.1.8.1, continuent également de circuler.
À ce jour, aucun variant circulant en Europe n’est classé comme variant préoccupant et rien n’indique que XFG entraîne davantage de formes graves, d’hospitalisations ou de décès.
Un variant peut progresser parce qu’il se transmet mieux ou échappe partiellement à l’immunité existante sans être intrinsèquement plus dangereux.
Au Liban, les données publiques disponibles ne permettent pas d’affirmer que XFG est actuellement dominant.
Une autre étude impliquant l’AUB, le ministère de la Santé et l’OMS a analysé 530 prélèvements positifs recueillis dans cinq gouvernorats entre 2022 et 2024. Elle a montré que le Liban avait suivi les grandes successions de variants observées ailleurs: BA.1 et BA.2, puis BA.5, les recombinants XBB et, plus récemment, des descendants comme JN.1.
Des symptômes de moins en moins spécifiques
Le tableau clinique actuel ressemble souvent à celui d’une infection respiratoire banale: mal de gorge, nez bouché ou qui coule, toux, fièvre, fatigue, céphalées et courbatures.
La perte brutale du goût ou de l’odorat, très caractéristique des premières vagues, est devenue moins fréquente.
Sur les seuls symptômes, il est désormais difficile de distinguer un Covid d’une grippe ou d’une autre virose respiratoire.
Chez la plupart des personnes jeunes et sans facteur de risque, l’évolution reste bénigne. Le danger demeure surtout concentré chez les personnes âgées, immunodéprimées et celles souffrant de maladies chroniques importantes.
L’étude libanaise portant sur les patients hospitalisés illustre nettement cet effet de l’âge: après ajustement sur les autres facteurs, les patients de 60 ans ou plus présentaient un risque de décès très supérieur à celui des plus jeunes. La vaccination par plusieurs doses était, elle, associée à une mortalité nettement plus faible dans cette cohorte.
La protection vise désormais surtout les plus fragiles
La stratégie vaccinale n’est plus celle de 2021.
L’objectif n’est plus d’empêcher toute infection ou de vacciner indistinctement toute la population à intervalles rapprochés, mais de maintenir une protection contre les formes sévères chez les personnes les plus vulnérables.
La question au Liban est désormais très concrète: quels vaccins actualisés sont disponibles et pour quels groupes à risque?
De même, le masque n’a pas vocation à redevenir obligatoire partout. Mais il conserve son utilité lorsqu’une personne symptomatique doit côtoyer une personne âgée ou immunodéprimée, ainsi que dans certains environnements de soins.
Pour les patients à haut risque, identifier rapidement un Covid peut aussi avoir une conséquence thérapeutique: certains antiviraux doivent être commencés dans les premiers jours suivant l’apparition des symptômes.
Surveiller sans revenir à 2020
La reprise française ne signifie donc pas le retour aux années de pandémie.
Les consultations augmentent, mais les hospitalisations restent stables et aucun nouveau variant plus sévère n’a été identifié.
Au Liban, le SARS-CoV-2 est toujours détecté, mais aucune flambée n’apparaît actuellement dans les données disponibles. La surveillance reste cependant basée sur des effectifs relativement réduits et ne permet pas de mesurer précisément toutes les infections sur le territoire.
Le Covid est ainsi entré dans une nouvelle phase: celle d’un virus respiratoire durablement installé, capable de repartir à différents moments de l’année.




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