La Jordanie ouvre au Liban une nouvelle voie d’approvisionnement en gaz via Aqaba et la Syrie. Mais pas de mégawatts supplémentaires à ce stade. Les quantités de gaz, son prix, les modalités contractuelles et la date effective des livraisons restent à préciser.
L’annonce constitue une extension au Liban d’un mécanisme régional déjà opérationnel. En mai, la Jordanie, la Syrie et le Liban avaient avancé dans leurs discussions sur le développement des échanges de gaz et le renforcement des interconnexions électriques, notamment à travers la remise en état et l’utilisation des infrastructures existantes.
Dans le détail, le gouvernement jordanien a approuvé, le 6 septembre, un plan visant à fournir du gaz naturel au Liban à partir de son unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) d’Aqaba, avec un acheminement par le gazoduc arabe à travers la Syrie. Le dispositif reprend celui utilisé par la Jordanie pour approvisionner la Syrie depuis le début de 2026.
Pour le Liban, cette annonce intervient alors que le ministère de l’Énergie réhabilite le tronçon du gazoduc arabe entre Deir Ammar et la frontière syrienne, sur environ 30 kilomètres. Les travaux doivent permettre la reprise des importations de gaz naturel. Le ministère indiquait le 6 septembre que la réhabilitation devait être achevée dans les prochaines semaines – c’est-à-dire incessamment – et que les contrats d’achat et de transit du gaz étaient à un stade avancé.
Deir Ammar: un retour au gaz
Deir Ammar est directement concernée par cette réhabilitation. La centrale a déjà fonctionné au gaz naturel: en 2010, le Liban avait importé du gaz égyptien via la Syrie et le gazoduc arabe pour produire de l’électricité dans cette centrale.
Le ministère de l’Énergie la considère aujourd’hui comme prête à repasser au gaz. Le projet « Lebanon Gas to Power », auquel participe la Société financière internationale (SFI), bras privé de la Banque mondiale, prévoit la modernisation de Deir Ammar I, d’une capacité de 465 MW, ainsi que le développement d’une nouvelle centrale Deir Ammar II de 825 MW à cycle combiné. Il comprend également un FSRU destiné à importer et regazéifier du GNL.
Le problème n’est donc pas de convertir Deir Ammar, mais de rétablir la chaîne d’approvisionnement permettant de l’alimenter en gaz.
La Lebanese Petroleum Administration (LPA) précise par ailleurs que la priorité du gaz naturel au Liban est la production d’électricité et que la plupart des infrastructures des centrales existantes, ainsi que toutes celles qui sont planifiées, sont équipées pour recevoir du gaz.
Une nouvelle route d’approvisionnement
L’intérêt de l’accord jordanien réside dans l’utilisation d’infrastructures déjà disponibles: le GNL serait regazéifié à Aqaba, puis acheminé par le réseau régional à travers la Syrie jusqu’au Liban. Il offre ainsi une possibilité supplémentaire d’approvisionnement sans attendre la mise en place d’une infrastructure maritime propre au Liban.
Beyrouth poursuit parallèlement le projet d’un FSRU au Liban. Ces deux options permettraient de diversifier les sources et les routes d’approvisionnement en gaz, avec pour objectif de sécuriser l’alimentation des centrales.
L’enjeu : le coût du kilowattheure
Le véritable test sera toutefois économique. Le prix du gaz livré au Liban, auquel s’ajouteront les coûts de regazéification, de transport et de transit, déterminera le coût réel du combustible pour les centrales. Ce n’est donc pas le volume de gaz acheminé qui permettra à lui seul de mesurer le bénéfice de l’accord, mais son coût une fois transformé en électricité.
Tant que les volumes, le prix d’achat, les frais de transit par la Syrie et les modalités financières ne sont pas arrêtés, il est impossible de chiffrer l’impact sur le coût du kilowattheure. L’enjeu est désormais de savoir si cette nouvelle chaîne d’approvisionnement permettra au Liban de produire davantage à partir de ses capacités existantes — et surtout à un coût inférieur à celui de ses combustibles actuels.




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