Après un premier semestre sinistré, le tourisme libanais a retrouvé des couleurs à partir de la mi-juillet. Le trafic aérien a rebondi de 63,5 % en un mois et les taux d’occupation ont atteint jusqu’à 80 % dans les régions montagneuses et plus de 70 % sur le littoral. Mais avec 2,75 millions de passagers seulement sur les sept premiers mois, soit 27,5 % de moins qu’en 2025, et des recettes attendues sous les 6 milliards de dollars, l’été aura davantage permis de limiter les dégâts que de renouer avec les performances d’avant-crise.
L’été 2026 devait être celui d’une saison touristique exceptionnelle. Les espoirs se sont rapidement dissipés avec la reprise de la guerre entre le Hezbollah et Israël. La saison s’est finalement concentrée sur quelques semaines, de mi-juillet à fin août, selon les professionnels du secteur.
Des recettes en dessous des espoirs
Le bilan financier reste cependant beaucoup plus préoccupant que les indicateurs de fréquentation estivale.
Les recettes touristiques ne devraient pas atteindre en 2026 la moyenne annuelle de 6 milliards de dollars enregistrée au Liban entre 2002 et 2025. Elles devraient également rester inférieures aux niveaux de 2024 et 2025.
L’écart avec les années fastes demeure considérable. Les recettes avaient atteint 5,6 milliards de dollars en 2023, avant de tomber à environ 4,7 milliards de dollars avec l’aggravation du contexte sécuritaire. En 2019, année record, elles avaient culminé à 9 milliards de dollars. En six ans, le secteur est ainsi passé de 9 à 4,7 milliards de dollars, soit une baisse d’environ 48 %.
La Banque mondiale évalue par ailleurs à environ 3 milliards de dollars les pertes touristiques en 2026, dont 1,043 milliard de dollars au titre des pertes de recettes de voyage et 1,2 milliard de dollars correspondant à la baisse des dépenses des expatriés libanais. Le manque à gagner pèse donc directement sur les entrées de devises et sur l’ensemble des activités dépendantes du tourisme.
Plus de visiteurs ne signifie pas plus de recettes
L’année 2025 avait déjà mis en évidence ce paradoxe. Le Liban avait accueilli 1,6 million de touristes et visiteurs, soit une progression de 45 % sur un an. Pourtant, les recettes touristiques étaient restées autour de 4,7 milliards de dollars, quasiment au même niveau qu’en 2024. Autrement dit, 45 % de visiteurs supplémentaires n’ont pas généré de hausse significative des recettes.
Cette évolution traduit une baisse de la dépense moyenne par visiteur. Elle rappelle surtout qu’un indicateur de fréquentation ne suffit pas à mesurer la performance économique du tourisme : la durée des séjours, le niveau des dépenses et la capacité à attirer des visiteurs à fort pouvoir d’achat sont tout aussi déterminants.
Cette équation est encore plus délicate en 2026, alors que la saison a été considérablement raccourcie.
Juillet, premier signe de redressement
Le trafic de l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth illustre le retournement de tendance intervenu au cœur de l’été. Au premier semestre, le nombre total de passagers avait chuté de 32,4 %, à environ 2,03 millions, contre près de 3 millions sur la même période de 2025. En juillet, le mouvement s’est inversé : 722 313 passagers ont transité par l’aéroport, soit 63,5 % de plus qu’en juin. Le redressement reste toutefois relatif : sur un an, le trafic de juillet était encore inférieur de 9 % à celui de juillet 2025.
Sur les sept premiers mois de l’année, l’écart demeure important : 2,75 millions de passagers, contre 3,8 millions un an auparavant, soit 1,05 million de passagers en moins. Les arrivées ont atteint 1,44 million, en recul de 30,3 %, tandis que les départs se sont établis à 1,30 million, en baisse de 24,2 %.
Ces chiffres illustrent l’ampleur du choc subi au printemps, mais aussi la rapidité avec laquelle le trafic peut repartir lorsque la situation s’améliore.
Août confirme le rebond
Août a prolongé cette embellie estivale. Le 1ᵉʳ août, l’aéroport de Beyrouth a enregistré 28 998 passagers, dont 14 161 arrivées et 14 837 départs. Le 13 août, le trafic quotidien atteignait 29 558 passagers.
La comparaison avec août 2025, qui avait totalisé 929 815 passagers, rappelle toutefois l’écart qui subsiste avec l’année précédente. Le contraste avec le printemps est néanmoins net : en quelques semaines, le trafic a retrouvé une dynamique suffisamment forte pour permettre au secteur de récupérer une partie de l’activité perdue.
Les régions affichent des taux d’occupation élevés
Cette reprise s’est également reflétée dans l’hôtellerie et les établissements touristiques. Fin juillet, le président du syndicat des propriétaires d’hôtels, Pierre Achkar, faisait état d’un taux d’occupation d’environ 40 % à Beyrouth, contre jusqu’à 60 % dans certaines régions montagneuses durant les week-ends. À la mi-août, la situation s’était améliorée. Jean Beyrouti, secrétaire général de la Fédération des syndicats touristiques, faisait état de taux d’occupation pouvant atteindre 80 % dans les établissements touristiques de montagne, tandis que les réservations sur le littoral dépassaient 70 %. Les maisons d’hôtes ont, elles aussi, recommencé à accueillir des mariages précédemment annulés.
La demande reste donc bien présente, mais elle demeure étroitement conditionnée par la situation sécuritaire.
Un été sauvé, mais une année loin des objectifs
Le tourisme libanais aura donc réussi à tirer son épingle du jeu, malgré un contexte sécuritaire particulièrement défavorable. La clientèle reste prête à revenir. Reste désormais au Liban à offrir la stabilité nécessaire pour transformer cette demande en séjours plus longs, en dépenses plus élevées et en recettes durables.




Commentaires