L'une est syrienne, l'autre iranienne et toutes deux ont été confrontées à l'exil: la réalisatrice Gaya Jiji et l'actrice Zar Amir proposent avec L'Étrangère un film sur le parcours d'une femme immigrée qui tente de reconstruire sa vie en France après avoir tout abandonné.
Le deuxième long-métrage de Gaya Jiji, qui sort mercredi au cinéma en France, raconte l'histoire de Selma, une immigrée syrienne ayant bravé tous les dangers pour traverser l'Europe à pied et trouver refuge à Bordeaux, où elle décide de demander l'asile.
Elle laisse derrière elle un mari disparu dans les geôles de Bachar al-Assad et un fils de 6 ans, resté au pays en attendant de pouvoir le faire venir.
«Je ne voulais pas faire un film sur l'exil au sens classique du terme», explique à l'AFP Gaya Jiji, qui a quitté la Syrie en 2014 en raison de la guerre et n'y est jamais retournée depuis.
«Je voulais traiter ça par l'intimité, par un mélo, un drame sentimental», poursuit la réalisatrice.
Immigrée sans papiers, Selma doit se battre pour faire avancer son dossier auprès de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), assistée d'un avocat avec qui elle va envisager la possibilité d'une relation amoureuse.
Courage
L'actrice Zar Amir, interprète de Selma, connaît bien cette procédure. Elle a dû quitter l'Iran en 2008, après la diffusion d'une vidéo intime par un ancien fiancé qui lui faisait risquer dix ans de prison et des coups de fouet dans son pays.
Pour la demande de droit d'asile, «sur deux ou trois pages il faut que tu expliques ce que tu as vécu, avoir des preuves», se remémore Zar Amir, qui évoque des violences parfois «très profondes, psychologiques», difficiles à retranscrire.
Elle a mis dix ans à reprendre sa carrière mais considère que l'exil a finalement été pour elle «une chance de pouvoir vivre une nouvelle vie, de découvrir tout un monde».
Même si son parcours et celui de son personnage, serveuse sans papiers dans un café, sont très différents, «c'est ce courage que je partage avec Selma. C'est très courageux de pouvoir continuer sa vie et rester soi-même, être ouverte, se découvrir tous les jours».
Pourtant, Zar Amir s'était juré de ne plus jouer de rôle d'exilée, une étiquette qui lui colle à la peau dans le cinéma français. «Ça a pris du temps pour me convaincre de lire le scénario déjà. Mais quand je l'ai lu, j'ai ressenti quelque chose de différent. Ce n'est pas un film sur l'exil, c'est vraiment un drame, une histoire d'amour», défend-elle.
Varier les projets
«Le fait qu'on ait laissé toutes les deux notre pays derrière nous et qu'on ne puisse pas rentrer, ça nous a rassemblées et aidées à travailler ensemble», souligne Gaya Jiji, qui même depuis la chute de Bachar al-Assad n'est pas revenue dans un pays qu'elle craint de ne plus reconnaître.
Les deux femmes ne veulent pas qu'on les réduise à leur statut de réfugiées. Zar Amir, première actrice iranienne à avoir reçu le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 2022 pour son rôle dans Les Nuits de Mashhad, assure décliner beaucoup de propositions.
«Je travaille beaucoup à l'international et je trouve les productions internationales beaucoup plus ouvertes», affirme l'actrice. «Je trouve quand même un esprit un peu fermé dans le cinéma français. Je le savais et je le vis encore», observe-t-elle.
Un avis partagé par Gaya Jiji, qui prévoit de tourner un troisième film cette fois-ci sur le retour au pays et espère d'ailleurs en tourner une partie en Syrie.
«Moi aussi ça me fait rêver de faire un film qui n'aurait rien à voir avec la Syrie. Un film qui se passe vraiment en France, avec des problématiques très loin de la Syrie. Mais je ne sais pas si j'y arriverai un jour», sourit la réalisatrice.
Antoine GUY/AFP



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