À Cannes, les films commencent sur les marches
Marion Cotillard et Guillaume Canet; Laetitia Casta et Vincent Macaigne. ©Ici Beyrouth

À Cannes, les montées des marches ne servent plus seulement à présenter des films. Entre émotion, élégance, retrouvailles, danse improvisée et mises en scène parfaitement maîtrisées, le tapis rouge est devenu un spectacle parallèle où chaque apparition raconte déjà quelque chose.

Vendredi soir, sur la Croisette, plusieurs histoires semblaient se jouer en même temps.

Il y avait bien sûr Karma, le thriller psychologique présenté hors compétition par Guillaume Canet. Mais avant même le début de la projection, les regards se concentraient déjà ailleurs. Sur les robes, les gestes, les familles, les éclats de rire, les pas de danse. Comme si les marches du Palais étaient devenues une scène à part entière.

Marion Cotillard avançait sous les flashs dans une robe Chanel en cuir noir issue de la collection Croisière 2027 imaginée par Matthieu Blazy pour la maison française. Présentée quelques semaines plus tôt à Biarritz, la silhouette mêlait un haut minimaliste à fines bretelles et une large jupe structurée par un jupon bordé de raphia noir. Aux hanches, les détails dorés siglés accrochaient la lumière. Une allure puissante, presque austère, loin des robes spectaculaires habituelles du tapis rouge.

À quelques pas d’elle se trouvait Guillaume Canet.

Quelques mois après l’annonce officielle de leur séparation en 2025, après dix-huit ans d’histoire d’amour durant lesquels ils ont formé l’un des couples les plus emblematiques du cinéma français contemporain, leur présence commune sur les marches de Karma donnait forcément une dimension particulière à la soirée.

Pendant la montée des marches, Denis Ménochet ou Leonardo Sbaraglia se plaçaient régulièrement entre eux, comme pour éviter les images trop attendues. Puis, pendant quelques secondes seulement, les anciens compagnons sont redescendus bras dessus bras dessous.

Quelques instants plus tard, leur fils Marcel, bientôt 15 ans, les rejoignait au sommet des marches dans une apparition rare pour cet adolescent jusque-là largement préservé de l’exposition médiatique.

Le film semblait déjà avoir commencé.

Après la projection de Karma, la retenue des marches a laissé place à un moment beaucoup plus intime. Sous les applaudissements de la salle, Guillaume Canet et Marion Cotillard se sont pris dans les bras avant que le réalisateur n’embrasse la mère de ses enfants sur les joues. Puis, face au public, il a pris la parole avec émotion. «J’ai écrit ce film pour toi et tu me l’as bien rendu», a-t-il lancé à l’actrice, qui semblait retenir ses larmes.

Les images ont aussitôt fait le tour des réseaux sociaux et des chaînes françaises. Plans très serrés sur les visages, regards scrutés, sourires analysés, émotions disséquées image par image… Tout était observé.

Marion Cotillard avait elle aussi confié à quel point ce rôle comptait pour elle. «Il l’a écrit pour moi et c’est un des plus beaux cadeaux qu’on m’ait fait dans ma vie d’actrice», a-t-elle expliqué, saluant la manière dont Guillaume Canet avait «pris soin» d’elle pendant le tournage.

À Cannes, une phrase ou un silence deviennent parfois presque aussi commentés que le film lui-même. Mais la soirée ne se résumait pas à Karma, même si Marion Cotillard, dans sa beauté singulière, sa classe et sa pudeur, a profondément marqué cette montée des marches.

La danse de Laetitia Casta et les larmes de John Travolta

Quelques minutes plus tôt, Laetitia Casta avait offert un tout autre moment sur les marches de Dix pour cent, le film (à paraître bientôt sur Netflix). Dans une robe fourreau Giorgio Armani Privé bordée de cristaux, accompagnée d’un imposant collier Messika, l’actrice est apparue au bras de Vincent Macaigne. Tous deux se sont amusés devant les photographes, échangeant éclats de rire et quelques pas de danse improvisés avant que Laetitia Casta ne termine sa montée des marches dans les bras de son partenaire d’un soir.

La scène n’avait rien de spectaculaire au sens traditionnel du terme. Pas de robe gigantesque ni de provocation étudiée. Pourtant, ce petit slow improvisé est devenu l’un des moments les plus commentés de la soirée.

Plus loin sur le tapis rouge, John Travolta faisait lui aussi son retour sur la Croisette accompagné de sa fille Ella Bleu pour présenter Vol de nuit pour Los Angeles, son premier film en tant que réalisateur, adapté de son livre pour enfants publié en 1997 et bientôt diffusé sur Apple TV+.

Mais la soirée a surtout basculé dans l’émotion lorsque l’acteur américain de Grease et Pulp Fiction a reçu une Palme d’or d’honneur surprise récompensant l’ensemble de sa carrière. Visiblement bouleversé, John Travolta est apparu les larmes aux yeux devant la salle debout. «C’est bien plus qu’un Oscar», a confié l’acteur de 72 ans, rappelant que les films qu’il avait «le plus aimés dans sa vie» étaient souvent des lauréats de la Palme d’or. Après le slow improvisé de Laetitia Casta et Vincent Macaigne quelques minutes plus tôt, il ne manquait presque plus qu’Olivia Newton-John pour donner à cette soirée des airs de scène finale de Grease.

Autour d’eux défilaient Isabelle Huppert, Simone Ashley, Camille Cottin ou encore les équipes des films venus défendre leurs projets devant des centaines de photographes.

Le Festival de Cannes a toujours été un théâtre de glamour. Mais aujourd’hui, les montées des marches ressemblent presque à des scènes de cinéma jouées avant l’heure. Une robe noire en cuir bordée de raphia, un ancien couple encore complice rappelant que les vraies histoires d’amour ne disparaissent jamais vraiment mais changent simplement de registre, un slow improvisé sous les flashs, John Travolta surgissant avec sa fille comme un fantôme du vieux Hollywood…En quelques minutes, les marches de Cannes fabriquent désormais des films parallèles où se racontent mille et une histoires.

 

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