Accalmie relative au Sud, retour prudent des déplacés et flou sur le retrait israélien
Un homme examine les dégâts alors que les habitants déplacés par les combats reviennent à Nabatiyé , dans le sud du Liban, le 15 juin 2026. ©MAHMOUD ZAYYAT / AFP

La situation au Liban-Sud est restée instable lundi, malgré l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran censé ouvrir la voie à une désescalade régionale. Sur le terrain, le rythme des opérations israéliennes a nettement diminué, sans toutefois s’interrompre totalement, tandis que les autorités libanaises appelaient les déplacés à ne pas regagner trop rapidement les villages frontaliers.

Retour progressif des déplacés sous surveillance

Dans la matinée, des mouvements de retour ont été enregistrés vers le Sud, notamment depuis le pont de l’Awwali, au nord de Saïda, ainsi que sur l’autoroute côtière au niveau de Rmeilé, considérée comme l’une des portes d’entrée du Liban-Sud. Plusieurs municipalités ont toutefois appelé les habitants à la prudence, dans l’attente d’une clarification effective de la situation sécuritaire.

L’armée libanaise a elle aussi demandé aux habitants de temporiser avant tout retour vers les localités frontalières, en les appelant à respecter les consignes des unités déployées sur le terrain. Elle a également mis en garde contre les munitions non explosées et les objets suspects dans les secteurs ayant été visés par les frappes israéliennes.

Des opérations militaires toujours en cours

Malgré cette atmosphère d’attente, les opérations militaires n’ont pas cessé. Une frappe de drone israélien a visé une voiture au niveau du rond-point de Kfar Tbnit, tuant son conducteur. Une autre frappe a ciblé une moto à Hariss, dans le caza de Bint Jbeil. La radio de l’armée israélienne a affirmé que la moto visée s’approchait de forces israéliennes, ajoutant que les troupes déployées au Liban-Sud attendaient de nouvelles instructions concernant le cadre opérationnel à venir.

Des explosions et opérations de dynamitage ont également été signalées à Hadatha et à Khiam, notamment dans le secteur de Dardara. L’armée israélienne aurait aussi fait exploser à distance un véhicule blindé M113 piégé sur la route Hariss-Tebnine, après son avancée dans la zone. Des tirs d’artillerie ont visé Choukine, Nabatiyé el-Faouqa, Kfar Tbnit et les abords de Kfarraman, où des habitants arrivaient en voiture au moment du bombardement.

À Majdel Zoun, l’explosion d’un drone israélien piégé a fait au moins un blessé. Dans le secteur de Bayyada, des informations de terrain ont fait état d’une progression israélienne près d’un point de la Finul à Hamra, suivie de tirs de ratissage en direction de Biyout el-Siyad. Plus tard, des tirs de roquettes auraient été lancés en direction des forces israéliennes dans ce même secteur.

Le Hezbollah a de son côté affirmé «avoir repéré une unité de l'armée israélienne aux abords de la localité de Kfar Tbnit, à 18 h 15, et l’ont repoussée à l’aide de roquettes guidées et de drones Ababil». Par ailleurs, des médias libanais ont également rapporté que le Hezbollah avait tiré sur une force israélienne avancant sur la colline d’Ali Taher près de Nabatiyé.

Le retrait israélien reste incertain

Sur le plan diplomatique, le Liban apparaît comme l’un des points les plus sensibles de l’accord entre Washington et Téhéran. Selon Reuters, un responsable américain a affirmé que le retrait de l’armée israélienne du Liban ne constituait pas une condition de l’accord, tout en réaffirmant que l’État hébreu conservait le droit de se défendre en cas d’attaque du Hezbollah.

Israël maintiendra ses troupes au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée, a affirmé lundi le ministre israélien de la Défense, Israel Katz.

 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a réitéré ses affirmations dans une allocution en soirée: «Nous ne nous retirons pas du Liban et nous resterons dans des zones de sécurité aussi longtemps que nécessaire.»

Des médias israéliens rapportent pour leur part que les contours de l’activité militaire israélienne future au Liban sont en cours de finalisation. Selon Channel 13, une discussion entre le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le vice-président américain J.D. Vance, tenue il y a quarante-huit heures, aurait porté sur les modalités de la présence israélienne au Liban-Sud. Vance aurait pressé Netanyahou de réduire cette présence, tandis qu’Israël aurait insisté pour maintenir des troupes en territoire libanais plutôt que de procéder à un retrait complet.

D’après ces mêmes informations, l’armée israélienne ne devrait pas se retirer à ce stade. En revanche, ses futures opérations au Liban devraient être soumises à un contrôle plus strict, sous pression américaine, ce qui pourrait limiter sa liberté d’action.

 

Cette perspective suscite des critiques en Israël. Selon i24NEWS, un haut responsable israélien a estimé que si Israël avait su que l’opération contre l’Iran déboucherait sur un tel résultat, il n’est pas certain qu’elle aurait été lancée, malgré le succès militaire revendiqué par l’armée. Cette frustration serait liée à la perception d’un affaiblissement de la dissuasion israélienne, alors que l’Iran et ses proxys demeurent une menace majeure aux yeux de l’establishment sécuritaire israélien.

Réactions positives à Beyrouth

À Beyrouth, le président Joseph Aoun a reçu un appel du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Le chef de l’État a salué le compromis conclu entre Washington et Téhéran, exprimant l’espoir qu’il contribue à réduire les tensions régionales et à ouvrir la voie à des solutions diplomatiques. Il a toutefois réaffirmé que la sécurité, la stabilité et la souveraineté du Liban demeurent des priorités nationales.

Le président du Parlement, Nabih Berry, a également réagi favorablement à l’accord. Interrogé par le quotidien An-Nahar, il a déclaré que « celui qui est contrarié au Liban par l’accord américano-iranien n’est pas fier de sa libanité ».

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