Le Parlement à l’épreuve de l’impasse financière
©Ici Beyrouth

Le Parlement dispose aujourd’hui d’une occasion décisive de démontrer son rôle d’institution législative indépendante du pouvoir exécutif, capable d’assumer ses responsabilités dans des étapes cruciales qui auront un impact direct sur la vie de tous les Libanais.

Depuis la transmission au Parlement du projet de loi sur la régularisation financière, connu sous le nom de «Gap Law», les députés ont la responsabilité d’examiner et d’adopter un texte qui définira les orientations financières et économiques du pays pour les décennies à venir. La forme que prendra cette loi déterminera le sort des plusieurs enjeux majeurs:

Premièrement, les droits des déposants, qui attendent depuis plus de six ans de récupérer les fonds confisqués à la suite de l’effondrement financier.

Deuxièmement, l’avenir du secteur bancaire, marginalisé depuis la crise, ce qui a plongé l’économie dans une spirale d’immobilisme et interrompu toute forme de financement, qu’il soit économique ou social.

Troisièmement, l’avenir de l’économie nationale, et donc celui des Libanais et du pays dans son ensemble.
Quatrièmement, l’image de l’État aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale.

Cette mission n’est pas hors de portée, mais elle exige un haut degré de responsabilité, de rationalité, de justice et de pragmatisme.

À travers les consultations menées par les présidents des commissions de l’Administration et de la Justice, ainsi que des Finances et du Budget, MM. Georges Adwan et Ibrahim Kanaan, et avec la participation de certains députés aux réunions préliminaires, que ce soit avec le gouverneur de la Banque du Liban (BDL) ou avec les représentants des banques, les chiffres ont permis de clarifier la situation: l’application des dispositions du projet de loi tel que transmis depuis le Sérail priverait environ 500.000 déposants de leurs droits, entraînerait la perte d’environ 30 milliards de dollars sur les 52 milliards prévus pour la restitution des dépôts, et provoquerait l’effondrement progressif des banques. Un scénario qui laisse présager un avenir financier et économique sombre, loin des aspirations des citoyens.

La nouveauté dans ce dossier réside dans l’intervention de la société internationale de conseil «Ankura», qui avait déjà simulé les conséquences de la proposition gouvernementale, concluant que seules 6 banques sur 25 resteraient viables. Elle procède aujourd’hui à une deuxième évaluation, après qu’une étude parallèle de la BDL a affirmé que l’ensemble des banques, sans exception, s’effondreraient si la loi était appliquée dans sa version actuelle.

À la suite de discussions et d’échanges de points de vue, la société a décidé de mettre à jour son étude afin de déterminer si de nouvelles données, jusque-là indisponibles, confirment les conclusions de la BDL, jugées catastrophiques à tous les niveaux.

Dans l’attente de cette révision, et indépendamment de ses résultats, les députés sont désormais pleinement conscients de la gravité du texte qu’ils s’apprêtent à examiner.

Ils peuvent également solliciter à nouveau la BDL afin d’obtenir les données dont elle dispose. Leur mission devient alors claire: réviser le projet de loi sur des bases justes et réalistes, permettant la restitution des droits des déposants, la survie du secteur bancaire et la relance de la croissance économique.

Enfin, pour ceux qui estiment cette tâche insurmontable, il convient de rappeler les recettes de l’État issues des taxes et impôts, et de les comparer à celles de la Grèce, qui a traversé une crise similaire.

Une décision politique visant à mettre fin à l’économie informelle pourrait générer environ 4 milliards de dollars supplémentaires par an pour les caisses de l’État. C’est là que réside la clé du changement.

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