Le Liban a pris la mesure de l’Arabie saoudite vendredi soir au Nouhad Nawfal Sports Complex (94-64), dans un match à sens unique qui le rapproche nettement du deuxième tour des qualifications asiatiques pour le Mondial 2027. Intenses en défense, souverains au rebond et tranchants en transition, les hommes d’Ahmad Farran ont dicté le tempo du début à la fin.
Le décor était limpide : deuxième fenêtre des qualifications asiatiques, groupe D, avec trois équipes – Liban, Arabie saoudite, Inde – pour seulement deux billets, le Qatar étant d’ores et déjà assuré de voir Doha 2027 en tant que pays hôte. Dans ce cadre serré, le Liban, déjà vainqueur au Qatar au terme d’un thriller à un point, devait confirmer à la maison pour valider son statut. Mission accomplie, avec sérieux et autorité.
Privée de ses deux pivots majeurs, Mohammed Almarwani et Mohammed Alsuweilem, l’Arabie saoudite arrivait déjà en handicap dans la raquette. Le Liban, lui, n’a pas laissé passer l’occasion.
Un départ lancé et un rookie qui s’affirme
Dès le premier quart, la sélection libanaise donne le ton : rythme élevé, pression défensive, course en transition. Wael Arakji prend les commandes, dicte le tempo et met son équipe sur de bons rails. Surtout, un « rookie » en équipe A se met immédiatement en lumière : Jihad Elkhatib, fils de la légende Fadi, inscrit 10 points dans le seul premier quart et participe à creuser un écart déjà conséquent.
L’Arabie saoudite s’accroche un temps grâce à son leader offensif, Muhammad-Ali Abdur-Rahkman, qui enchaîne les tirs primés et ramène les siens à quatre longueurs en début de deuxième quart. Mais chaque rapproché saoudien appelle une réponse libanaise : à chaque mini-run vert, le Liban répond par un coup d’accélérateur, en s’appuyant sur ses stops défensifs et un jeu rapide parfaitement exécuté.
La raquette libanaise fait la différence
Très vite, la différence de densité physique dans la peinture saute aux yeux. Autour du cercle, Dedric Lawson et Youssef Khayat se régalent. Lawson signe une prestation de patron à l’intérieur (17 points, 13 rebonds, 6 passes, 2 interceptions, 2 contres), tandis que Khayat multiplie les coupes vers le panier et profite des décalages créés par le jeu extérieur.
Au total, le Liban prend très largement l’ascendant au rebond et domine le secteur intérieur, avec une large majorité de ses points inscrits dans la raquette. Déjà redoutable en transition lors de la première fenêtre, il confirme sa réputation : plus de vingt points marqués sur contre-attaque, générés par une défense agressive et une vraie culture de la passe en sortie de rebond.
Même sans une adresse exceptionnelle de loin, la sélection se rend le match facile en multipliant les paniers « faciles » après récupération de balle ou interception. Aux manettes, Arakji orchestre tout : 18 points, 5 passes, 3 rebonds en seulement 26 minutes, et plusieurs éclairs de classe qui font lever le Nouhad Nawfal.
Une victoire qui en dit long sur la suite
En face, l’Arabie saoudite finit par céder. Amoindrie dans son secteur intérieur, sanctionnée au rebond, en difficulté sur chaque mismatch, elle ne parvient jamais à inverser réellement la tendance. Abdur-Rahkman démarre fort, mais s’éteint progressivement après la pause, tandis que les coups de boutoir libanais s’enchaînent. Le coach Ali Alsanhani le reconnaît sans détour : avec deux pivots majeurs blessés, la petite taille imposée a ses limites, même avec une grosse débauche d’énergie.
Au-delà du score, le message envoyé par le Liban est limpide : cette équipe sait souffrir, comme à Lusail, mais sait aussi prendre totalement le contrôle d’une rencontre quand le contexte l’exige. Défensivement, elle limite encore une fois l’Arabie saoudite sous la barre des 70 points, dans la lignée de leurs derniers duels, alors que les Saoudiens figuraient parmi les meilleures équipes de la région au scoring dans la peinture.
Avec ce succès, le Liban se rapproche nettement du deuxième tour et prépare idéalement la suite de la fenêtre, avec la réception de l’Inde en ligne de mire. L’Arabie, qui pouvait rêver d’un top 2 après son bon départ contre les Indiens lors de la première fenêtre, se retrouve désormais sous pression, d’autant qu’elle doit encore croiser le fer avec le Qatar.
Pour Ahmad Farran, le contrat est rempli : une prestation maîtrisée, un public qui a répondu présent, et un groupe qui a appliqué le plan de jeu des deux côtés du terrain. Il reste du chemin jusqu’à Doha 2027, mais sur cette route semée de pièges, ce 94-64 ressemble à un virage négocié à plein régime.
Et si le Mondial se construit souvent sur des victoires arrachées à un point, comme à Lusail, il se nourrit aussi de soirées comme celle-là, où une équipe dicte le tempo, impose son basket et rappelle au continent qu’à Zouk Mikaël, on ne vient pas seulement disputer un match de qualification : on vient se mesurer à une sélection qui entend bien tracer, elle-même, sa route vers 2027.




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