Farid Boustani : la Gap Law est une loi d’effondrement, qui protège les créanciers étrangers au détriment des déposants
©Compte Facebook de Farid Boustany

Le député Farid Boustani a vivement critiqué le projet de loi sur l’écart financier, communément appelé « Gap Law », lors de son intervention jeudi dernier dans l’émission politique phare de la MTV, Sar el Waet. Selon lui, le texte actuellement débattu ne constitue pas une véritable loi d’organisation financière, mais « une loi d’effondrement financier ».

Un audit resté lettre morte

M. Boustani a rappelé qu’il avait, il y a plusieurs mois, adressé une lettre au gouverneur de la Banque du Liban (BDL) pour souligner que la loi nᵒ 240/2017 relative aux subventions imposait un audit complet des montants dépensés. « Cet audit n’a pas été réalisé pendant trois ans », a-t-il affirmé, précisant qu’une circulaire aurait ensuite été publiée, ouvrant la voie à un audit des banques.

Selon lui, environ 222 milliards de dollars auraient été « gaspillés et détournés », une partie significative ayant été transférée vers la Syrie et d’autres pays. Il a également dénoncé l’épuisement des fonds consacrés aux subventions décidées sous le gouvernement de Hassan Diab, estimant avoir toujours plaidé pour limiter ces aides aux seuls médicaments.

Contrebande et absence de contrôle

Le député a pointé du doigt l’absence de suivi et de contrôle des produits subventionnés. « Beaucoup de fioul, de mazout et de produits pétroliers ont été passés en contrebande vers la Syrie, tout comme des médicaments, de la farine et d’autres biens », a-t-il déclaré. Certains médicaments subventionnés auraient même été retrouvés en Turquie et en Afrique au lieu d’atteindre leurs bénéficiaires au Liban.

Il a également évoqué des décisions ministérielles signées « sans en connaître pleinement le contenu », s’interrogeant sur l’ouverture d’enquêtes concernant les abus liés aux subventions.

Un projet alternatif ignoré

En février 2025, à la formation du gouvernement, Farid Boustani dit avoir présenté un premier projet de loi sur l’organisation financière. Son article 3 prévoyait un audit global de la Banque du Liban, de la dette publique et des banques dans un délai de six mois.

« Si l’exécution avait commencé à ce moment-là, nous aurions terminé à la mi-été », a-t-il regretté, ajoutant avoir formulé dix remarques fondamentales sur le texte actuel, dont sept auraient été soulevées lors des réunions parlementaires.

Des interrogations sur la relation avec le FMI

Le député s’est montré critique quant au processus ayant conduit à l’adoption du projet. Il affirme que le gouvernement a transmis un texte au Fonds monétaire international (FMI), a reçu des observations qui n’auraient pas été intégrées, a adopté la loi fin décembre, puis l’a renvoyée au FMI en juin.

« L’objectif est-il simplement d’obtenir l’approbation du FMI ? » s’est-il interrogé, rejetant toute « ingérence extérieure » dans les affaires internes. Il a également exprimé des réserves sur le timing de l’adoption de la loi, présentée « dans les derniers jours de l’année », ainsi que sur la concentration des investissements actuels dans des entreprises étrangères.

Priorité aux créanciers étrangers ?

Au cœur de ses critiques figure la hiérarchie des créances. Selon M. Boustani, la « Gap Law » protégerait les détenteurs étrangers d’eurobonds au détriment des déposants locaux. « Elle accorde la priorité aux créanciers extérieurs au lieu de donner la préférence aux déposants au Liban », a-t-il estimé.

Il a également jugé irréaliste la proposition selon laquelle l’État et les banques pourraient verser 100 000 dollars à chaque déposant sur quatre ans.

« On ne peut pas opérer sans diagnostic »

Comparant la situation à une intervention chirurgicale, le député a souligné l’absence de données précises. « On ne peut pas faire entrer un patient au bloc opératoire sans examens, images et chiffres exacts », a-t-il déclaré, dénonçant un manque de transparence dans les chiffres disponibles, y compris lors des discussions budgétaires.

La reddition des comptes comme préalable

En conclusion, Farid Boustani a insisté sur la nécessité d’un audit global pour déterminer où sont passés les fonds et établir les responsabilités. « On ne peut pas construire un État de droit sans reddition de comptes », a-t-il affirmé, évoquant les sept années de souffrance des déposants dont les fonds restent gelés.

Il a enfin appelé à faire la lumière sur les circonstances du défaut de paiement des eurobonds en mars 2020, estimant que les ressources qui devaient servir les déposants ont finalement été consacrées aux subventions avant d’être dilapidées.

 

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