Salaires des fonctionnaires: l’équation impossible d’un État sans recettes
Fonctionnaires en grève, colère en hausse! ©Ligue des fonctionnaires de l'administration publique

Les agents publics réclament un réajustement de leurs salaires, mais l’État reste sourd. Impossible de parler d’augmentations quand les recettes manquent et que le budget actuel ne peut plus être revu.

Les fonctionnaires, dont les salaires se sont effondrés, réclament une revalorisation d’environ 60 fois pour retrouver le pouvoir d’achat d’avant 2019, intégrée au salaire de base et accompagnée d’une réforme des retraites. Entre-temps, administrations à l’arrêt, grèves et sit-in prolongés paralysent le service public, tandis que pensions et indemnités restent calculées sur un dollar à 1.507,5 livres, accentuant la frustration.

Manque de financements et de recettes  

La latitude de manœuvre de l’État est réduite. Selon le budget 2026, le fonctionnement du secteur public – salaires, prestations sociales, équipements et fournitures – coûtera près de 4,5 milliards de dollars, soit plus de 75% des dépenses totales de 6 milliards. Les salaires et indemnités représentent à eux seuls 3,15 milliards, tandis que les recettes non fiscales, limitées à 1 milliard de dollars (17% des recettes totales), couvrent à peine une fraction des besoins. Elles se répartissent comme suit: recettes des administrations et institutions publiques pour près de 718,3 millions de dollars, droits, revenus administratifs et ventes pour environ 305 millions de dollars, et amendes et confiscations pour environ 3 millions de dollars.

Des solutions provisoires

La réponse adoptée par les autorités demeure une mesure transitoire, visant à contenir la contestation et à assurer le fonctionnement minimal du secteur public. Elle prévoit le maintien d’allocations familiales et d’indemnités de transport journalières revalorisées, sans intégration au salaire de base.
Cette approche exclut toutefois les fonctionnaires partis à la retraite depuis 2020, laissés pour compte d’un système qui les contraint à vivre du soutien de leurs proches, leurs indemnités de fin de service se chiffrant aujourd’hui à quelques dollars à peine.

Que prévoit l’étude de la Fonction publique?

Hanté par les lourdes conséquences sur l’endettement de l’État, depuis l’adoption en 2017 de la loi sur la grille des salaires du secteur public, le Conseil des ministres a examiné la semaine dernière un projet de loi visant à réajuster les salaires des fonctionnaires, sur la base d’une étude du Conseil de la Fonction publique. Dans les déclarations officielles, le dossier a tout simplement été occulté.

Selon cette étude, les augmentations seraient progressives, de 2027 à 2030, et tiendraient compte des postes vacants et du personnel en surnombre. Elles seraient assorties de réformes structurelles des retraites et des prestations sociales, en particulier pour les nouveaux employés.
Résultat: les fonctionnaires retrouveraient seulement 75% de la valeur réelle de leurs salaires de 2019, un niveau encore inférieur à la perte de pouvoir d’achat subie.

Un secteur à restructurer

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et plaident en faveur d’une restructuration en profondeur du secteur public. Parmi de nombreux exemples révélateurs, l’enseignement public illustre le fossé entre coûts et productivité: en 2021, il mobilisait 30.556 enseignants répartis sur 1.230 établissements, tout en n’accueillant qu’environ 35% des élèves au Liban. Dans de nombreuses écoles rurales, les enseignants sont désormais plus nombreux que les élèves.

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