Le Conseil de sécurité prolonge pour la dernière fois le mandat de la Finul
Un Casque bleu français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) est assis sur un véhicule blindé à l’arrêt lors d’une patrouille dans le village de Kfar Kila, au sud du Liban, près de la frontière avec le nord d’Israël, le 27 août 2025. ©ANWAR AMRO/AFP

Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité pour prolonger le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) jusqu’au 31 décembre 2026, ouvrant la voie à un retrait définitif des Casques bleus d’ici la fin de 2027. Pour la première fois, la résolution fixe un calendrier clair pour la réduction progressive de la présence de la mission onusienne.

La France avait initialement proposé une prolongation d’un an avec seulement une mention vague du retrait futur de la Finul. Mais confronté à la pression de Washington et à la menace d’un veto américain, Paris a accepté un calendrier précis. Après plusieurs versions et un vote reporté, le texte final précise que la mission prendra fin dans un peu plus de 16 mois.

Une nouvelle phase pour le sud libanais

Le président Joseph Aoun a salué la décision, qualifiant les 16 prochains mois de «fenêtre cruciale pour consolider la stabilité» avant le départ des Casques bleus.

Le Premier ministre Nawaf Salam a partagé ce sentiment, décrivant cette période comme «une opportunité décisive pour le Liban de démontrer sa capacité à défendre sa souveraineté».

Le président du Parlement, Nabih Berry, a également remercié le Conseil tout en liant ce renouvellement à des exigences plus larges: obtenir un consensus international pour mettre fin aux «attaques continues» d’Israël.

La résolution réaffirme le principe de l’autorité exclusive de l’État sur les armes, celles du Hezbollah, en parallèle avec les efforts en cours pour démanteler les positions armées palestiniennes dans les camps de réfugiés.

Cessez-le-feu et tensions régionales

Le Conseil a également salué l’accord de cessez-le-feu conclu entre le Liban et Israël en novembre 2024, tout en exprimant sa «grave préoccupation» face aux violations persistantes. Le texte appelle Israël à se retirer des zones occupées et à démanteler les zones tampons, tout en exhortant le Liban à renforcer sa présence militaire au sud du fleuve Litani.

Pendant la transition, la Finul conservera des responsabilités limitées: protection des forces, soutien logistique et maintien des canaux de liaison avec l’armée israélienne afin de prévenir toute escalade. Le Conseil a également chargé le secrétaire général de l’ONU de présenter, d’ici mi-2026, des propositions pour un «arrangement post-Finul», pouvant inclure des missions de surveillance ou une assistance technique en remplacement d’un déploiement de grande ampleur.

Le texte appelle en outre la communauté internationale à intensifier son soutien aux Forces armées libanaises (FAL) et comprend, à la demande de l’Algérie, un appel à l’aide économique pour faciliter la reconstruction du pays.

Des positions internationales divergentes

La résolution a recueilli un large soutien mais a mis en lumière des tensions entre grandes puissances. L’ambassadrice par intérim des États-Unis, Dorothy Shea, a qualifié le vote «d’historique», précisant qu’il s’agissait «de la dernière fois que Washington soutient le renouvellement du mandat de la Finul».

«Nous saluons les progrès déployés par les FAL depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et continuerons à travailler avec elles pour renforcer leurs capacités alors que le Liban poursuit le désarmement du Hezbollah », a-t-elle ajouté. «Nous soutenons les efforts du gouvernement libanais pour assumer la responsabilité de la sécurité sur l’ensemble du territoire et appelons la communauté internationale à utiliser l’année à venir pour consolider l’armée libanaise. Le moment est venu pour le Liban de prendre pleinement en charge la protection de ses frontières.»

La France, qui a rédigé la résolution, l’a présentée comme un signe de confiance dans le Liban et un rappel des obligations internationales. Jay Dharmadhikari, représentant adjoint permanent de la France au Conseil, a déclaré: «Cette période précieuse sera nécessaire pour soutenir le renforcement des FAL et établir l’autorité de l’État libanais sur tout le territoire, alors que la situation demeure précaire.»

Le président Emmanuel Macron a salué la décision comme une opportunité de «renforcer la souveraineté libanaise» et a réitéré son appel à Israël pour qu’il se retire de toutes les positions occupées au Liban. Il a confirmé que son envoyé, Jean-Yves Le Drian, poursuivrait son engagement auprès des dirigeants libanais pour assurer la mise en œuvre du plan.

La Chine, en revanche, a déploré la limitation de la prolongation, laissant entendre une pression américaine derrière le calendrier. La Russie s’est abstenue de critiquer mais a insisté sur l’importance d’une «transition responsable et bien gérée».

Une mission qui approche de sa fin

Créée en 1978 après la première invasion israélienne majeure dans le sud du Liban, la Finul a connu de multiples renouvellements et extensions de mandat, notamment après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Aujourd’hui forte d’environ 10.000 soldats, sa présence a été saluée pour avoir prévenu des hostilités à grande échelle, tout en étant critiquée pour son incapacité à empêcher les violations répétées de la Ligne bleue.

Les États-Unis et Israël ont, par le passé, formulé d’importantes critiques à l’encontre de la Finul, invoquant son inefficacité à contrer les activités militaires du Hezbollah et son incapacité à maintenir la paix le long de la frontière israélo-libanaise.

Avec le retrait désormais fixé à 2027, l’héritage de la mission dépendra largement de la manière dont le Liban et ses partenaires géreront cette transition. L’armée libanaise, fragilisée par l’effondrement économique, devra affirmer son autorité dans une région où le Hezbollah reste fortement armé et enraciné. Parallèlement, le démantèlement progressif des structures militaires palestiniennes dans les camps constitue une étape inédite, quoique fragile, vers la reconquête de la souveraineté de l’État.

À l’aube du départ de la Finul, le Conseil de sécurité envoie un message clair: la responsabilité de la sécurité du Liban revient désormais pleinement à Beyrouth.

 

 

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