Des avions escortés par des chasseurs, des supermarchés aux rayons vides, des banques du sang visées : en quelques jours, l'Europe a vu à quel point ses infrastructures sont vulnérables. Le point faible n'est presque jamais la cible elle-même.

Troisième vague en une semaine. Ce vendredi, de nouvelles alertes à la bombe ont visé des vols dans toute l'Europe. À la mi-journée (heure GMT), au moins 17 vols avaient été perturbés. L'aéroport de Prague à lui seul en compte neuf, et quatre avions survolant la France ont reçu des menaces, selon les autorités françaises. Un vol Wizz Air Prague–Rome a été dérouté vers Vienne. Les menaces visent aussi les médias : le siège de la télévision publique irlandaise RTÉ, à Dublin, a été évacué. Aucun explosif n'a été trouvé, mais le ministre espagnol des Affaires étrangères voit dans cette série « une agression hybride et une forme de guerre psychologique ».

La veille, au moins 27 vols avaient déjà été touchés, selon Reuters. Certains ont été escortés par des avions de chasse jusqu'à l'atterrissage. À Rome et à Sofia, les messages étaient signés « Male State », un groupuscule russe d'extrême droite. À ce stade, les autorités n'ont relié ces menaces à aucun groupe ni à aucun gouvernement

Une fausse alerte n'est pas un piratage. Elle obéit pourtant à la même logique : un coût minime pour l'attaquant, un chaos maximal pour la cible. Les horaires, les numéros de vol et les types d'appareils sont aujourd'hui accessibles en ligne, en temps réel, ce qui facilite la rédaction d'une menace crédible.

Pour les vrais piratages, les attaquants passent le plus souvent par les prestataires. En septembre 2025, un rançongiciel chez Collins Aerospace, fournisseur de logiciels d'enregistrement, a perturbé les aéroports de Bruxelles, Heathrow et Berlin. Chez Amadeus, géant des réservations aériennes, des intrus ont utilisé les identifiants d'un compte système pour accéder à des données de passagers entre août 2023 et septembre 2026. Japan Airlines, Cathay Pacific, Korean Air et Qantas figurent parmi les compagnies touchées.

Les objets connectés sont une autre porte d'entrée. Depuis octobre, des pirates prennent le contrôle à distance des systèmes de réfrigération de supermarchés dans plusieurs pays européens. Le groupe Ahold Delhaize prévoit jusqu'à 250 millions d'euros de ventes en moins sur le trimestre. Dans la nuit de dimanche à lundi, trois sites de l'Établissement français du sang ont aussi été visés, sans dommage pour les stocks grâce aux alarmes.

Les capitales européennes parlent de « guerre hybride », une expression qui vise souvent la Russie, laquelle dément toute implication. Pour cette dernière série d'incidents, aucune attribution officielle n'a encore été faite.