C’est parfois au pied du mur que l’on prend ses responsabilités. Les administrations publiques, les offices et les établissements publics autonomes en ont fait l’expérience: à l’échéance du 2 novembre 2026, plusieurs se sont empressés de régler leurs arriérés, ou du moins de verser une avance à Électricité du Liban (EDL). Dix jours plus tôt, l’établissement avait menacé de couper le courant aux entités publiques qui ne s’acquitteraient pas de leurs obligations.
Ce premier bilan ne donne qu’un aperçu des mesures engagées par EDL dès le lundi 2 novembre, au lendemain de l’expiration de son ultimatum aux mauvais payeurs. Chez l’un de ses prestataires de services, qui compte 420 abonnés publics, 160 coupures ont déjà été effectuées. Par ailleurs, 99 entités ont adressé à EDL des lettres d’engagement dans lesquelles elles promettent de régler leurs dettes, en versant immédiatement une avance et en proposant un échéancier de paiement.
Mardi, au deuxième jour de l’opération, les quatre prestataires de services mandatés par EDL poursuivaient les coupures de manière progressive. Ils intervenaient séparément sur le compteur de chaque établissement public, afin de ne pas priver d’électricité les autres abonnés raccordés au même réseau. Leurs opérations se sont concentrées à Beyrouth.
Émission régulière des factures mensuelles
«Pour remettre EDL sur pied et rétablir durablement son équilibre financier, l’effort de recouvrement doit s’inscrire dans la durée, d’autant que l’établissement s’apprête à reprendre l’émission régulière de ses factures mensuelles», explique une source d’EDL à Ici Beyrouth, avant de résumer la situation en quelques mots: «Ça bouge de tous les côtés, mais on est encore loin d’une embellie. Il s’agit d’un chantier de longue haleine»
EDL devait commencer à publier, lundi 2 novembre à partir de 16 heures, les noms des entités n’ayant pris aucune mesure concrète pour régulariser leur situation. Mais, au dernier moment, l’établissement a choisi de temporiser et de reporter cette annonce.
Aviation civile: un modèle à suivre
La Direction générale de l’aviation civile figure parmi les premières entités à avoir réagi aux mises en demeure d’EDL. Elle a pris contact avec l’établissement et s’est engagée à effectuer un premier versement, à échelonner le règlement de ses arriérés et à s’acquitter régulièrement, dès ce mois-ci, de ses factures correspondant à sa consommation mensuelle.
«La formule retenue pour l’aéroport international de Beyrouth (AIB) pourrait servir de modèle pour régulariser la situation des autres établissements publics. Les entités en retard de paiement seraient ainsi invitées à apurer leurs arriérés selon des modalités financières définies, à condition de régler intégralement et régulièrement leurs factures courantes et de ne pas accumuler de nouveaux impayés.»
Les arriérés cumulés de la Direction générale de l’aviation civile s’élèvent à environ 22,8 millions de dollars, rappelle-t-on.
Ministère des Finances: maître d’œuvre des budgets
Des milieux proches de la direction de l’AIB soulignent toutefois que les recettes de l’aéroport sont transférées au ministère des Finances, auquel il revient ensuite d’allouer les crédits nécessaires à la couverture de ses dépenses, notamment celles liées à l’électricité. Or, la hausse des tarifs d’EDL et le coût élevé de l’approvisionnement de secours, assuré par les générateurs privés pendant les heures de rationnement, alourdissent considérablement les charges d’exploitation. Ce dernier poste représenterait entre 4 et 5 millions de dollars par an. Ces dépenses supplémentaires dépasseraient les crédits alloués, laissant à la trésorerie publique le soin de combler le déficit.
Dans le même temps, on note que le palais présidentiel de Baabda, le Grand Sérail et le Parlement se sont acquittés de l’intégralité de leurs arriérés auprès d’EDL.
Une ardoise salée
La décision d’EDL peut être critiquée au motif qu’elle risque de compromettre la continuité de certains services publics et, par conséquent, de perturber la vie quotidienne des citoyens. Elle intervient toutefois dans un contexte où l’établissement a besoin de recettes régulières pour financer ses achats de combustibles et assurer le fonctionnement de ses centrales de production.
Les créances d’EDL sur les administrations et les institutions publiques dépassent le quart de milliard de dollars. Un montant auquel s’ajoutent les quelque 24 milliards de dollars engloutis par les gouvernements successifs pour assurer, au fil des années, une fourniture d’électricité qui est restée intermittente.
Le problème des arriérés résulte de plusieurs années de règlements irréguliers des factures d’électricité. Il s’est aggravé avec la hausse des tarifs et l’insuffisance des crédits budgétaires disponibles dans certaines administrations. EDL doit ainsi relever un double défi: recouvrer les dettes accumulées et garantir le paiement des nouvelles consommations.
«On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs», souligne la source précitée, estimant que, dans la conjoncture actuelle, le Liban n’a d’autre choix que de trancher dans le vif.
Des arriérés cumulés
Les chiffres officiels font état d’importantes sommes impayées par plusieurs administrations, institutions publiques et municipalités. Parmi les principaux débiteurs figurent le ministère de l’Intérieur, avec près de 149 millions de dollars d’arriérés, l’Office des eaux du Liban-Sud (23 millions), l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban (7 millions), la Direction générale des Forces de sécurité intérieure (5 millions), l’hôpital universitaire Rafic Hariri de Beyrouth (5,4 millions), l’Office des eaux de la Békaa (3 millions), le ministère des Finances (1,34 million) et la municipalité de Sohmor, dans la Békaa orientale (1,7 million), entre autres.