Engagé dans la Coupe du monde masculine de rugby à XIII, organisée en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Liban a terminé son parcours par une victoire renversante contre la France (24–20), dimanche à Sydney. Après deux défaites dans ce tournoi à dix nations, la sélection de Michael Cheika s’est imposée en prolongation grâce à Abbas Miski. Un dernier éclat partagé avec la diaspora, alors que son avenir mondial demeure incertain.
Les bras français s’étaient levés, le banc avait débordé sur la pelouse et le Liban semblait avoir laissé filer sa dernière chance. Quelques minutes plus tard, Abbas Miski était porté par ses partenaires. Entre les deux scènes, un drop annulé, une pénalité manquée et une interception avaient retourné le match. Au Mondial de rugby à XIII, le Liban s’est offert la France au bout du suspense, sur un essai en or d’Abbas Miski.
Dans les tribunes du CommBank Stadium, à Parramatta, la victoire a prolongé une fête commencée bien avant le coup d’envoi. Des centaines de supporters libanais avaient rejoint l’enceinte, drapeaux déployés et tambours en tête. Après l’essai décisif, les joueurs ont célébré au bord du terrain avec les percussionnistes. Avant le très attendu Tonga–Samoa, le Liban avait déjà fait vibrer Sydney.
Une dernière bataille après deux revers
Les deux équipes étaient déjà éliminées. Battu par la Papouasie-Nouvelle-Guinée (42–18), puis par les Tonga (36–0), le Liban ne pouvait plus atteindre les demi-finales. La France arrivait également sans victoire, après deux lourdes défaites contre les Samoa et l’Angleterre.
Le format de cette édition explique ces parcours croisés: placé dans le groupe B avec l’Angleterre et les Samoa, le Liban affrontait uniquement les trois sélections du groupe C. Les deux meilleures équipes du classement commun à ces groupes obtenaient leur billet pour les demi-finales.
Il restait à quitter la compétition avec une victoire. Quart-finaliste en 2017 et en 2022, le Liban retrouvait un adversaire qu’il avait déjà dominé au Mondial 2017 (29–18). Cette fois, la rencontre allait tenir davantage du bras de fer que de la sortie maîtrisée.
Conti mène le jeu, les Bleus reviennent
Alex Conti donne l’impulsion dès la quatrième minute, en lançant puis en concluant l’action du premier essai. Le demi de mêlée transforme et ajoute une pénalité pour porter le score à 8–0. Mais les pertes de balle interrompent les séquences libanaises et entretiennent les espoirs français.
Un essai de pénalité accordé sur une action d’Amir Bourouh ramène les Bleus à 8–6 avant la pause. Après la reprise, Michael Gabrael exploite un coup de pied rasant de Conti pour redonner huit points d’avance au Liban. Guillermo Aispuro-Bichet répond en récupérant un ballon échappé par Jordan Samrani après une interception.
Tony Francis inscrit ensuite le troisième essai libanais, sans décrocher définitivement les Français. César Rougé les remet à hauteur, à 18–18, dans les dix dernières minutes.
Cinq minutes pour tout renverser
Une pénalité de Conti replace le Liban devant, avant que la tension ne débouche sur les exclusions temporaires d’Alex Twal et de Julian Bousquet. À 20–18, les Libanais touchent la victoire, mais Arthur Mourgue réussit un drop lointain à deux points dans les derniers instants du temps réglementaire.
La prolongation se joue au point en or: la première équipe qui marque gagne. Rougé croit délivrer la France avec un drop, mais une obstruction de Thomas Lacans entraîne son annulation. Le match repart à 20–20.
Conti manque ensuite une pénalité lointaine. Mourgue récupère le ballon et choisit de relancer, puis tente de passer la défense au pied. Miski lit la trajectoire, capte le ballon et file aplatir. À la 85e minute, ses quatre points ferment le match: 24–20. Le joueur qui vient de décider de la rencontre finit sur les épaules de ses partenaires.
Miski signe le dénouement; Conti a construit une grande partie du succès. Auteur de douze points et de deux passes décisives, le demi de mêlée reçoit la distinction de meilleur joueur du match.
Des professionnels, des ouvriers et un même maillot
Après la rencontre, le capitaine Alex Twal a décrit à la presse son passage de la plus grande déception du tournoi à sa plus grande joie. Il a également rappelé que le groupe comptait des plombiers, des électriciens, des chefs de chantier et des travailleurs du bâtiment, venus affronter certains des meilleurs joueurs du monde.
La sélection rassemble ainsi des professionnels de premier plan et des joueurs dont le quotidien dépasse largement le terrain. Twal souligne également l’adaptation de Miski, habituellement ailier et utilisé en deuxième ligne. Son action décisive récompense un joueur mobilisé dans un rôle différent de ses habitudes.
«J’en ai des frissons. J’aime être libanais», confie le capitaine après la rencontre. Né à Westmead, tout près du stade, d’un père jordanien et d’une mère libanaise, Twal incarne ce lien entre formation australienne et héritage familial. Pour ces joueurs comme pour les supporters réunis à Sydney, le maillot donne une expression collective à cet attachement.
L’après-Mondial se jouera aussi hors du terrain
Cette victoire arrive toutefois à un moment délicat pour le rugby libanais. En mars 2024, l’International Rugby League a reclassé le Liban comme membre affilié. Sa participation au Mondial 2026 avait été préservée, car sa qualification était déjà acquise grâce à son quart de finale de 2022.
Pour la suite, le retour au statut de membre à part entière constitue un enjeu déterminant. Celui-ci dépend notamment de critères de gouvernance et de pratique domestique chez les hommes, les femmes et les jeunes. Avant la rencontre, le président de l’IRL, Troy Grant, expliquait que l’instance accompagnait le Liban, tout en reconnaissant les obstacles créés par le conflit et les progrès réalisés dans son organisation. Il serait donc prématuré de présenter Sydney comme un adieu définitif aux Coupes du monde.
L’essai de Miski a réglé le sort du match; il reste désormais à construire les conditions du prochain rendez-vous mondial. Pour cette sélection et ses supporters, la plus belle suite à donner à la fête de Sydney serait de pouvoir recommencer.