Avec Donald Trump en embuscade, le Canada et l'Union européenne veulent jeter les bases d'un ambitieux et inédit partenariat, dans un monde dominé par les États-Unis et la Chine, lors d'un sommet prévu jeudi et vendredi à Montréal.
Bénéficiant déjà, entre autres, d'un accord de libre-échange et de défense, Bruxelles et Ottawa espèrent étendre leur coopération à d'autres domaines.
Voici quelques-uns des dossiers à l'ordre du jour.
Association toujours plus étroite
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évoqué en septembre la perspective que le Canada devienne le premier «membre associé» à l'Europe des 27. Non sans susciter l'étonnement, un tel statut n'étant pas prévu par les traités européens.
Plusieurs États membres se sont depuis montrés très réticents à utiliser cette expression, sans pour autant contester l'idée d'une «association toujours plus étroite, juste en deçà d'une adhésion».
C'est d'ailleurs cette formulation qui devrait finalement être retenue dans la déclaration finale du sommet, selon des diplomates à Bruxelles.
Ce partenariat stratégique, inédit, pourrait se traduire notamment par une participation d'Ottawa à certains sommets ou réunions ministérielles de l'UE.
Certains eurodéputés ont également plaidé pour la création d'un organe interparlementaire chargé de tenir des échanges réguliers.
Minerais
Le Canada regorge de terres rares et de minerais stratégiques, actuellement fournis à l'Europe principalement par la Chine. L'industrie européenne en a un besoin vital. Mais l'exploitation minière canadienne peine encore à décoller.
Le sommet pourrait déboucher sur un accord permettant à la Banque européenne d'investissement (BEI) de financer des projets canadiens d'exploitation de minerais stratégiques.
Bruxelles et Ottawa pourraient également envisager d'autres outils pour soutenir la demande en minerais canadiens, tels que la fixation de prix planchers ou la constitution de stocks, selon un responsable européen ayant requis l'anonymat.
Numérique
Un accord sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, devrait être dévoilé à Montréal.
Une version provisoire du communiqué conjoint, qui sera adopté lors de ce sommet, prévoit également un renforcement de la coopération en matière d'infrastructures et de régulation de l'intelligence artificielle.
Le Canada pourrait envisager de rejoindre le programme Galileo de l'UE, un système global de navigation par satellites, qui offre une alternative au système GPS (Global Positioning System) des États-Unis, ainsi que le programme Iris2, censé offrir à l'avenir un substitut européen à la constellation de satellites Starlink d'Elon Musk.
Bruxelles a récemment dévoilé des plans visant à relier le continent européen au Groenland, au Canada, au Japon et à la Corée du Sud via un système de câbles sous-marins qui contournerait les États-Unis.
Personnes
Ottawa et Bruxelles travaillent également à associer le Canada au populaire programme européen de mobilité des jeunes, Erasmus, qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l'étranger.
Le projet de déclaration évoque aussi le fait de «renforcer la mobilité de la main-d'œuvre, en mettant l'accent sur la réduction des obstacles pour les jeunes et les travailleurs hautement qualifiés, et sur la promotion d'une meilleure reconnaissance des qualifications professionnelles».
«Les traités et les institutions sont importants, mais le véritable socle de l'alliance UE-Canada, ce sont les contacts entre les populations», a jugé sur ce point Tobias Cremer, un eurodéputé social-démocrate allemand.
Ukraine et autres
Bruxelles espère obtenir un soutien financier supplémentaire du Canada pour l'Ukraine, afin de combler le déficit budgétaire de Kiev attendu l'an prochain.
La coopération scientifique pourrait aussi être renforcée en ouvrant au Canada l'accès à Horizon Europe, le principal programme européen de financement de la recherche.
L'UE est prête à ouvrir ses infrastructures de supercalcul à des chercheurs canadiens, a assuré le responsable européen cité plus haut.
Les deux parties souhaitent consolider leurs liens énergétiques, le projet de déclaration mentionnant les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) canadien vers l'Europe et le développement des énergies renouvelables.
Le projet de document indique également que l'UE et le Canada pourraient procéder à l'achat conjoint de 50 bombardiers d'eau Canadair, fabriqués par l'entreprise canadienne De Havilland, pour lutter contre les feux de forêt.
Mais cela a suscité les réserves de plusieurs pays européens, soucieux que ces financements soient consacrés à des avions fabriqués dans l'UE. Ce point a finalement été reporté, a expliqué mardi à l'AFP la commissaire européenne chargée de la gestion des crises, Hadja Lahbib.
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