Le Liban mise sur Tripoli pour en faire une plateforme logistique et industrielle régionale. Port, zone économique spéciale, chemin de fer, aéroport et foire Rachid Karamé: l’enjeu est de coordonner ces projets pour attirer les investissements, développer l’activité et créer des emplois.
Tripoli peut-elle devenir l’un des moteurs de croissance du Liban? Longtemps freinée par le manque d’investissements, la deuxième ville du pays voit plusieurs projets structurants revenir au premier plan. Les visites du Premier ministre Nawaf Salam, le 17 février, puis du président Joseph Aoun, le 24 octobre, ont remis cette ambition en lumière.
Port de Tripoli: l’ambition d’un hub régional
Le port constitue la pièce maîtresse du dispositif. Selon les plans présentés par le ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny, une première extension doit porter sa capacité annuelle de traitement des conteneurs de 250 000 à 800 000 EVP (équivalents vingt pieds). Une seconde phase vise à dépasser, à terme, 1,8 million d’EVP.
Une vingtaine de projets sont également prévus sur trois ans, dont la modernisation des installations douanières, la construction d’entrepôts et l’aménagement d’équipements frigorifiques. La numérisation des procédures doit accélérer le passage des marchandises.
Au-delà de l’augmentation des volumes, l’objectif est d’attirer de nouvelles lignes maritimes, des opérateurs logistiques et des industries liées au transport et au stockage. Le port pourrait ainsi renforcer les échanges avec la Syrie et faciliter l’accès aux marchés du Moyen-Orient.
Zone économique spéciale: cap sur les investissements
S’étendant sur environ 513 000 mètres carrés, la zone économique spéciale doit compléter les activités portuaires en accueillant des industries légères et moyennes, notamment dans l’agroalimentaire, la logistique, la chimie et les produits en papier, ainsi que des activités d’assemblage et de conditionnement.
Selon des sources proches de sa direction, les études préalables et le plan directeur sont achevés. La prochaine étape consiste à lancer un appel à qualification (Request for Qualification, RFQ) afin de sélectionner un développeur et un opérateur privés dans le cadre d’un contrat BOT (Build-Operate-Transfer). Le partenaire retenu devra aménager les infrastructures et construire des entrepôts et des usines destinés à la location. Les autres parcelles seront proposées aux investisseurs après viabilisation.
Si le calendrier est respecté, le terrain devrait lui être remis au deuxième ou au troisième trimestre 2027. Le passage à cette phase opérationnelle sera déterminant pour convertir le projet en investissements industriels.
Rail, aéroport et foire: des infrastructures complémentaires
La relance de la ligne ferroviaire entre Tripoli et Abboudiyeh, à la frontière syrienne, doit faciliter l’acheminement des marchandises du port vers la Syrie, puis vers Homs. Le processus de réhabilitation a été lancé en mai, mais les études techniques, les coûts et les modalités de financement restent déterminants pour la suite.
À Kleiate, l’aéroport René-Mouawad pourrait compléter ce réseau logistique. Le ministre des Transports a annoncé les premiers vols commerciaux pour la mi-novembre 2026. La mise en service effective reste à confirmer.
La Foire Rachid Karamé offre, de son côté, des perspectives de développement dans l’événementiel et les services. En septembre, le ministère de l’Économie a annoncé un appel d’offres pour l’investissement dans l’hôtel Quality Inn, propriété de l’État, dans le cadre d’un contrat de 32 ans prévoyant sa réhabilitation et son exploitation. Selon le président de la Foire, le site a accueilli en 2026 environ 150 événements et 250 000 visiteurs, pour des revenus estimés à 500 000 dollars.
Le pari régional: miser sur la coopération
La Syrie, l’Irak et la Jordanie pourraient devenir des partenaires clés pour faire de Tripoli un pôle logistique et industriel régional. La coopération avec Damas ouvrirait notamment des perspectives pour la remise en service de l’aéroport de Kleiate et la création, avec le Liban et l’Irak, d’une plateforme pétrolière et gazière appelée à prendre le relais de la raffinerie de Tripoli, détruite. Les contours de cette initiative restent à préciser.
Le port pourrait, de son côté, contribuer à la reconstruction de la Syrie et renforcer les échanges entre les quatre pays. Une éventuelle extension vers la frontière libano-syrienne élargirait son rayon d’action, tandis que la réactivation de l’aéroport favoriserait les connexions régionales. La concrétisation de cette ambition suppose toutefois des accords interétatiques, des financements et l’engagement d’opérateurs privés.