Le gouvernement veut accélérer sur le dossier des déchets. Réuni jeudi à un peu plus de deux mois de l’expiration des contrats de collecte et de nettoyage conclus pour Beyrouth et plusieurs cazas du Mont-Liban, le Conseil des ministres a annoncé une séance spéciale consacrée au secteur le 29 octobre. Si le gouvernement a adopté plusieurs mesures concernant la collecte et le traitement des ordures dans le nord du pays, au Kesrouan, un système de gestion décentralisé est prôné.
Mesures d’urgence en attendant une solution durable
En plus de la séance annoncée pour le 29 octobre, le Conseil des ministres a décidé, jeudi, de prolonger le contrat de la société Lavajet, chargée du balayage des routes, du nettoyage, de la collecte et de l’évacuation des déchets dans les villes de l’Union des municipalités de Fayhaa, dans le nord du Liban.
Cette prolongation restera en vigueur jusqu’à la conclusion de l’appel d’offres et à l’entrée en fonction du nouvel adjudicataire, au plus tard à la fin de 2026. Le gouvernement a également autorisé la poursuite temporaire de la réception et de l’enfouissement des déchets sur le site actuel, dans l’attente de l’aménagement d’une nouvelle cellule, et prévu des mesures pour développer l’usine de traitement de la région.
Le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) devra procéder aux améliorations techniques nécessaires, sous réserve de garantir la stabilité et la sécurité des installations.
Parallèlement, l’Autorité nationale de gestion des déchets solides, en coopération avec le CDR, a été chargée de développer et d’entretenir l’usine de traitement de Fayhaa, grâce à une subvention du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe. Le gouvernement entend renforcer le tri et le recyclage afin de limiter l’enfouissement aux seuls résidus après la mise en service de l’installation. Une commission présidée par le Premier ministre, Nawaf Salam, a également été constituée pour suivre le dossier.
Ces mesures concernent spécifiquement la région de Fayhaa et ne règlent pas, pour autant, la situation du Grand Beyrouth et du Mont-Liban, où plusieurs contrats de collecte et de nettoyage doivent arriver à échéance à la fin de l’année.
Des contrats qui arrivent à échéance
Dans les régions couvertes par les contrats suivis par le CDR, deux sociétés privées assurent actuellement les principales prestations de collecte et de nettoyage. Ramco intervient dans le Metn et le Kesrouan, avec un contrat prévoyant l’acheminement des déchets vers le centre de tri de la Quarantaine, à Beyrouth. Le CDR répertorie ce marché comme étant en cours, avec une échéance fixée au 31 décembre 2026.
D’un autre côté, l’entreprise CityBlu assure les services de nettoyage public dans les cazas de Baabda, Aley et du Chouf. Le contrat répertorié par le CDR est également en cours et expire, lui aussi, le 31 décembre 2026. Les prestations de collecte et de nettoyage dans le Grand Beyrouth et les régions voisines relèvent ainsi de marchés distincts, dont les périmètres doivent être différenciés de ceux des installations de traitement et d’enfouissement.
Le 10 septembre dernier, le Conseil des ministres avait engagé une démarche visant à organiser de nouveaux appels d’offres pour les services de collecte, de transport et de nettoyage à Beyrouth, dans le Metn, le Kesrouan, Baabda, Aley et le Chouf, avec la possibilité pour les municipalités et unions de municipalités concernées de participer à ce processus. Les futurs contrats doivent être conclus pour deux ans, avec une possibilité de prolongation d’un an, afin d’éviter une interruption des prestations au terme des contrats actuels.
La collecte ne constitue toutefois qu’un maillon de la chaîne. Les déchets doivent ensuite être triés, traités ou enfouis dans des installations adaptées. Le site de Bourj Hammoud-Jdeidé, dont l’exploitation avait été confiée à la société SGK, a lui aussi fait l’objet de prolongations et d’aménagements successifs. Son horizon contractuel a été fixé à la fin de 2026. La situation des autres sites doit être examinée séparément puisque les échéances des contrats de collecte ne permettent pas, à elles seules, de déterminer celles de tous les contrats d’exploitation des décharges.
Au Kesrouan, une solution locale à mettre en œuvre
Le 5 octobre dernier, les députés du Kesrouan se sont entretenus avec le président de l’Union des municipalités du Kesrouan, Élie Beaino, son vice-président Pierre Daccache et le président de sa commission environnementale, Ayoub Matar.
Les parlementaires ont défendu l’idée selon laquelle la région disposait d’un centre de traitement répondant aux conditions requises, prônant une gestion décentralisée du dossier. Ils ont demandé l’accélération des procédures nécessaires au fonctionnement de l’Autorité nationale de gestion des déchets solides, notamment l’adoption de son règlement financier, l’ouverture d’un compte bancaire, la préparation des cahiers des charges et la constitution de son équipe administrative.
Ils ont également réclamé le transfert aux municipalités des sommes qui leur sont dues par le ministère des Finances, afin de leur permettre d’assumer leurs responsabilités. Ils ont, par ailleurs, insisté sur la nécessité pour l’Union des municipalités d’organiser des appels d’offres et de conclure les contrats nécessaires à la collecte et au traitement des déchets.
Un cadre légal renforcé
Il convient de rappeler, à cet égard, que le secteur relève de la loi numéro 80 du 10 octobre 2018 sur la gestion intégrée des déchets solides. Celle-ci prévoit notamment un rôle pour les administrations locales dans la collecte et le transport, ainsi que des responsabilités partagées avec l’Autorité nationale pour le traitement et l’élimination finale des déchets. Elle permet également le recours au secteur privé sous la supervision des autorités compétentes.
La loi numéro 38 du 5 janvier 2026 a modifié l’article 28 de ce texte afin d’y introduire des dispositions relatives aux redevances pour les services de collecte et de transport des déchets ménagers. Elle constitue un volet du mécanisme de recouvrement des coûts destiné à renforcer le financement du secteur. Son adoption ne signifie toutefois pas que l’ensemble des mécanismes de financement et de redistribution sont déjà pleinement opérationnels. En février 2026, le ministère de l’Environnement indiquait encore travailler à la mise en place des conditions nécessaires au lancement effectif de l’Autorité nationale.
L’ampleur du défi apparaît dans la stratégie nationale actualisée, publiée par le ministère de l’Environnement en juin 2026. Ce document estime la production nationale à environ 6.200 tonnes de déchets par jour, sur la base d’évaluations récentes, tout en soulignant les limites des données disponibles. Il rappelle également qu’en 2022, sur environ 5.600 tonnes quotidiennes produites, seules près de 8% étaient traitées dans les installations existantes.
La séance du 29 octobre devra donc préciser comment le gouvernement entend assurer la continuité de la collecte, organiser les nouveaux marchés et renforcer les capacités de traitement. L’échéance du 31 décembre concerne des contrats identifiés, mais le problème dépasse leur renouvellement. Sans financement prévisible, infrastructures adaptées et répartition claire des responsabilités, le changement d’opérateur ne suffira pas à garantir une gestion durable des déchets.