La Turquie maintiendra ses troupes en Syrie et en Irak en accord avec ses voisins jusqu'à ce que la sécurité de son territoire soit pleinement assurée, a prévenu dans un entretien avec l'AFP le ministre turc de la Défense.
Sans divulguer de détails sur les unités projetées, Yasar Güler a argué de la nécessité de poursuivre la lutte antiterroriste et de sécuriser ses frontières.
«Nous maintenons notre présence militaire en Irak et en Syrie», a-t-il déclaré dans une interview à l'AFP réalisée par écrit. «Lorsque nous jugerons que les conditions nécessaires seront réunies en matière de sécurité régionale et frontalière, le statut de nos zones de déploiement et de notre présence dans la région sera réexaminé».
Le ministre n'a pas précisé le nombre de soldats concernés.
Mais selon une source sécuritaire irakienne, ils seraient entre 800 et 1.000 en Irak. Quant à la Syrie, ils étaient entre 16.000 et 18.000 au moment de la chute de Bachar al-Assad fin 2024, selon des sources turques à l'époque.
Aucune estimation fiable plus récente n'était disponible.
«Il ne serait pas exact d'évaluer notre présence militaire en Irak et en Syrie uniquement sur la base de nos effectifs», a fait valoir le ministre.
«Notre structure de forces et notre posture sur le terrain sont définies (...) en fonction de l'évolution de la menace terroriste, de la sécurité de nos frontières, des développements sur le terrain et de la coopération avec les pays concernés».
«Déploiement ou création de bases»
La Syrie post-Assad a fait entrer Ankara dans une nouvelle ère. Les deux voisins sont devenus alliés et travaillent à «un document stratégique global», selon les termes du ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani.
«Une coordination étroite dans le domaine de la sécurité a été mise en place», notamment en matière de renforcement capacitaire et de formation, a expliqué Yasar Güler.
Des sources turques ont aussi évoqué des discussions pour déterminer le «statut légal» futur des troupes d'Ankara de l'autre côté de la frontière. Le ministre a refusé de détailler ces «plans de déploiement ou de création de bases qui n'ont pas été rendus publics».
Mais «une fois la menace terroriste dans la région complètement éliminée, la sécurité des frontières assurée et l'autorité de l'État pleinement et uniformément établie sur l'ensemble du territoire syrien, sans exception, le statut de nos forces sera réévalué».
Plus à l'est, la question de la présence turque en Irak est, elle, étroitement liée au processus de paix entamé en 2024 avec la rébellion kurde.
Les services de renseignement d'Ankara ont récemment confirmé que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait évacué quatre bases du nord de l'Irak, étape majeure du processus.
Cela «ne signifie pas que les mesures de sécurité ont été assouplies», a prévenu pour autant le ministre. «Nos forces armées et unités de sécurité continuent de suivre de près les développements sur le terrain».
«Soutien aux forces armées irakiennes»
En parallèle, Ankara observe «les initiatives du gouvernement central irakien pour désarmer les milices et les placer sous le contrôle de l'État».
Le 1ᵉʳ octobre, Bagdad a fixé au 30 juin prochain la date butoir pour le désarmement des factions pro-iraniennes sur son territoire, consécutif au retrait de la coalition antijihadiste dirigée par les États-Unis.
Les forces internationales avaient été déployées en 2014 en Irak et Syrie, où le groupe État islamique (EI) s'était emparé de vastes pans de territoires et y avait commis de multiples atrocités.
Fin septembre, Ankara s'est par ailleurs engagé à remettre progressivement aux forces irakiennes le contrôle de la base turque de Bachiqa, à une trentaine de kilomètres de Mossoul (nord irakien). Établie en 2015, la base a accueilli jusqu'à 600 soldats, selon la presse turque.
Au-delà, le ministre turc de la Défense a fait état de contacts destinés à «élever à un niveau supérieur la coopération militaire et sécuritaire» bilatérale.
Son pays, assure-t-il, entend «soutenir les forces armées irakiennes (...) dans le développement de leurs capacités militaires, le partage d'expérience (...) dans l'antiterrorisme, la formation et la coopération dans l'industrie de défense».
Et Yasar Güler de souligner combien, pour la Turquie, sécurité nationale rime avec stabilité régionale.
«Notre lutte contre le terrorisme se poursuit sans concession pour la sécurité de notre pays ainsi que pour la paix et la stabilité de notre région», a-t-il relevé.
AFP