Les Israéliens éliront le 27 octobre leur 26ᵉ Knesset, lors du premier scrutin depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou affronte deux anciens chefs militaires et deux de ses ex-ministres.
Aucun camp ne se détache à une semaine du vote. Selon un sondage publié par le quotidien Maariv, la coalition au pouvoir et l’opposition obtiendraient chacune 52 sièges, les partis arabes en conservant 12. Dans cette enquête, Yashar, le parti de Gadi Eisenkot, arrive en tête avec 21 sièges, suivi du Likoud (20) et de Beyachad, la liste de Naftali Bennett (13). L’institut israélien Direct Polls attribue au contraire 26 sièges au Likoud et 20 à Yashar.
Benjamin Netanyahou mise sur la sécurité
À 76 ans, le Premier ministre le plus longtemps en poste de l’histoire d’Israël brigue un nouveau mandat alors que les sondages promettent au Likoud une chute de 32 à 22 sièges. Il est le premier chef de gouvernement israélien jugé au pénal pour corruption, des accusations qu’il rejette. Il est aussi visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre présumés à Gaza.
La chaîne israélienne i24 relève que le Likoud a placé la sécurité nationale au centre de sa campagne et que ses affiches présentent le scrutin comme un choix entre la droite et la gauche. Le Premier ministre fait porter la responsabilité du 7 octobre au renseignement, présente comme illégitime un gouvernement soutenu par les partis arabes et repousserait les dossiers qui divisent, dont la conscription des ultraorthodoxes et l’avenir de Gaza. Lors des primaires d’août, les dix premières places de la liste sont revenues à des proches de Netanyahou.
Gadi Eisenkot, le général venu de la périphérie
Fils d’immigrés marocains, l’ancien chef d’état-major a grandi loin des centres du pays. Il a perdu un fils et deux neveux durant la guerre en 2023. En 2024, il a quitté le cabinet de guerre en reprochant au Premier ministre son absence de stratégie à Gaza.
Son programme tient en dix points censés restaurer la sécurité, l’unité et les institutions démocratiques. Il promet aussi une nouvelle doctrine de sécurité nationale à long terme. Il a par ailleurs jugé hors de propos, après le 7 octobre, la perspective d’un État palestinien, et il exclut tout compromis sur le service militaire des ultraorthodoxes. Son numéro deux est Yoram Cohen, ancien chef du Shin Bet, le service de sécurité intérieure. Gideon Rahat, chercheur à l’Israel Democracy Institute cité par Associated Press, estime qu’Eisenkot fait figure de favori parce qu’il présente le profil inverse de celui de Netanyahou.
Au Liban, son nom évoque autre chose. Eisenkot est le père de la «doctrine Dahiyé», du nom de la banlieue sud de Beyrouth, qui prône une riposte délibérément disproportionnée contre les zones tenues par l’ennemi.
Naftali Bennett et Yaïr Lapid font liste commune
Ancien commando devenu millionnaire dans la tech, Naftali Bennett est né à Haïfa de parents américains et a dirigé le gouvernement de juin 2021 à juin 2022. L’ancien conseiller de Netanyahou est devenu l’un de ses adversaires les plus résolus. Il conduit la liste Beyachad, où Yaïr Lapid occupe la deuxième place.
Bennett promet de créer dès son premier jour au pouvoir une commission d’enquête d’État sur le 7 octobre. Il entend aussi s’attaquer à la criminalité et au coût du logement, réformer l’éducation et rétablir l’image d’Israël à l’étranger. Il s’est engagé à déclarer le Qatar «État ennemi» s’il revient au pouvoir. Il exclut cette fois toute coalition avec les partis arabes et refuse de céder le moindre territoire.
Avigdor Liberman: ni ultraorthodoxes, ni partis arabes
Né en 1958 à Kichinev, en Moldavie soviétique, Avigdor Liberman a émigré en Israël en 1978. Il a bâti Israël Beiteinou sur le vote des immigrés russophones, avant d’en faire un parti de droite laïque. Ancien directeur du cabinet de Netanyahou lors de son premier mandat, puis ministre de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances, il ne cache plus son ambition de diriger le gouvernement. Il exclut toutefois de siéger avec le Likoud tant que Netanyahou le dirige.
Son programme tient en quelques refus nets. Il ne veut ni partis ultraorthodoxes ni partis arabes au gouvernement, ni évacuation d’implantations, ni État palestinien. Il prône la conscription pour tous, sans exemption, et une commission d’enquête d’État sur le 7 octobre.
Yaïr Golan s’adresse aux électeurs arabes
Ancien chef d’état-major adjoint, Golan a repris en 2024 le Parti travailliste, l’a rebaptisé Les Démocrates et l’a fusionné avec le Meretz, une formation de la gauche sioniste laïque fondée en 1992 et historiquement favorable à un accord de paix avec les Palestiniens.
Il est l’un des rares dirigeants de l’opposition à appeler ouvertement à une coalition avec les partis arabes. Il promet une réforme de la police, la lutte contre le crime organisé, un partenariat judéo-arabe, des transports publics le jour du shabbat et le mariage civil. Il refuse de gouverner avec Netanyahou, Bezalel Smotrich, Itamar Ben-Gvir ou les partis ultraorthodoxes.
Cette position isolée pourrait pourtant devenir décisive. Selon une analyse publiée par le Times of Israel, la seule voie réaliste vers le pouvoir pour l’opposition passe par un gouvernement minoritaire soutenu par Ra’am, le parti islamiste de Mansour Abbas. Bennett et Liberman jurent de s’en passer, et Eisenkot évite soigneusement le sujet, alors que le Likoud martèle déjà, dans ses publicités, qu’il ne pourrait pas gouverner sans les partis arabes. Si les chiffres se confirment le 27 octobre, la fin de l’ère Netanyahou pourrait dépendre des députés que presque tous ses adversaires refusent aujourd’hui de nommer.