À chaque nouvelle guerre, on se dit: cette fois, c'est la dernière. Eh bien non! Celle qui suit est en général pire. Et ne règle rien. C'est désespérant, mais c'est comme ça! Ce que le Liban et la région s'apprêtent à vivre n'a rien de réjouissant. Partout, les signes précurseurs de l'explosion généralisée se multiplient. Les protagonistes fourbissent leurs armes. Et ceux qui reprennent leur souffle, à Téhéran comme à Beyrouth, ne le font jamais pour renoncer. Nous en sommes là. Un coup d'œil à la carte suffit à comprendre la situation. Les Houthis, bras armé de Téhéran au Yémen, bombardent Riyad, c'est-à-dire le cœur des pays du Conseil de coopération du Golfe. Pas une bourgade frontalière, la capitale du premier exportateur mondial de pétrole. Et personne ne lève, pour le moment, le petit doigt. Des communiqués de soutien. La belle affaire ! Du coup, les Houthis, qui contrôlent déjà Bab El-Mandeb, sur la mer Rouge, se sentent pousser des ailes. Surpris eux-mêmes par leur impunité, ils comptent aller de plus en plus loin en bloquant tout le royaume. Seule une coalition militaire internationale sérieuse pourrait mettre un terme à l'agression de ces milices. Et, il faut reconnaître que cette perspective n'est pas à l'ordre du jour. Personne n'a envie d'ouvrir ce nouveau front. L'Arabie est seule. Même les missiles intercepteurs manquent. Donc, semaine après semaine, la situation va s'aggraver, les victimes seront de plus en plus nombreuses et les dégâts considérables. Sans parler des coûts de l'énergie qui emportent les économies du monde dans une spirale inflationniste. Là encore, rien n'est réglé. Dans le détroit d'Ormuz, des navires continuent de sauter sur des mines. Quand l'un des robinets du monde est piégé, c'est un chantage.

L'Iran, lui, a le temps. Les sanctions ont mis le pays à genoux. Mais attention, pas tout le monde. Ceux qui profitent du système, Gardiens de la révolution, Bassidjis et leurs familles, ne manquent de rien. Le peuple, pour sa part, est muselé et réprimé. Le silence règne. Le régime va même jusqu’à mobiliser des millions de personnes autour de la propagande sur le «devoir de sacrifice».

À Gaza, trois ans après le début de la guerre et quelques sommets pour la paix plus tard, les choses n'ont pas vraiment avancé. Le Hamas a toujours ses armes et enrôle une nouvelle génération de miliciens cagoulés. L'Autorité palestinienne est à ce point impuissante qu'elle est incapable d'organiser les élections promises, qui devaient déboucher sur une nouvelle représentation politique excluant les mouvements terroristes.

L'Irak a décidé le désarmement des milices pro-iraniennes, avec un calendrier tout beau, que les factions contestent et qui a beaucoup de chances de rester sous forme d'encre sur papier en tête. D'autant que les Américains, qui auraient pu contrôler le processus, sont partis du pays.

J'ai gardé le plus cauchemardesque pour la fin. Notre pauvre Liban. L'Iran ne veut pas que sa milice libanaise désarme. Le Hezbollah continue de s'armer. Pas besoin de discours, il suffit des faits. En quelques jours, des centaines de kilos d'explosifs ont été saisis entre la Békaa et le Hermel. TNT et C4, transportés parfois à dos de mulets et qui prenaient la direction de la banlieue sud de Beyrouth. Plusieurs membres du Hezbollah ont été arrêtés. Combien de cargaisons sont-elles passées sans être saisies ? Quelle est la finalité de ces explosifs ? Semer la terreur à l'intérieur du pays ? Équiper la nouvelle génération de drones à fibre optique ? Personne ne le sait et, probablement, ne le saura de sitôt. La seule certitude, c'est que ces explosifs ne sont pas là pour faire joli. Et surtout, ces affaires montrent que le désarmement de la milice pro-iranienne est une illusion. Une milice qui désarme ne stocke pas de l'explosif par centaines de kilos, elle rend les clés. 

Partout au Moyen-Orient, la logique est identique. On garde les armes, on gagne du temps et on attend la bonne fenêtre.

Reste le calendrier, qui est le vrai sujet. Les élections en Israël le 27 octobre, puis les élections de mi-mandat aux États-Unis le 3 novembre. Deux rendez-vous qui peuvent redistribuer les cartes, durcir ou assouplir les lignes, et offrir à Téhéran l'occasion qu'il guette. Chacun, dans la région, sait que les périodes électorales sont des périodes de vulnérabilité. Après, tout redevient possible, y compris le pire.

Alors faisons simple. Soit un miracle survient, l'Iran renonce, ses supplétifs rendent les armes, les mines disparaissent d'Ormuz. Soit c'est la guerre. Et à voir ce que l'on sait de la méthode iranienne, mieux vaut ne pas parier sur les miracles.

Le danger n'est pas seulement la guerre imminente. C'est la préparation permanente de la prochaine.

Wendell Berry disait: «Loin de faire la paix, les guerres servent de laboratoires où se préparent les hommes, les techniques et les mentalités de la guerre suivante.»

Au Moyen-Orient, le laboratoire tourne à plein régime.