Moins de brigades au sol, opérations aériennes maintenues, nouvelle configuration militaire. Au Liban-Sud, l’armée israélienne s’apprête à entrer dans une «nouvelle phase» des combats dans les prochains jours. C’est, du moins, ce qu’elle a annoncé vendredi matin, sans préciser pour autant la nature exacte de cet épisode.
Sur le terrain, les opérations se poursuivent. Dans la matinée, plusieurs bombardements et opérations de destruction ont été observés à Wadi Slouqi, Wadi Houjeir, Majdel Zoun et Mansouri. Des drones ont été également repérés dans le ciel de Saïda et d’Iqlim el-Kharroub.
Dans le même temps, l’armée israélienne a réduit de huit à six le nombre de brigades combattantes déployées dans la zone de sécurité au Liban-Sud. Avec un dispositif terrestre allégé, mais une activité militaire maintenue, cette nouvelle phase semble donc moins correspondre à un arrêt des opérations qu’à une modification de leur conduite. De quoi s’agit-il?
De huit à six brigades
Le changement le plus concret concerne les forces terrestres. Selon la radio de l’armée israélienne, quatre brigades ont quitté la zone de sécurité au Liban-Sud, tandis que deux brigades régulières les ont remplacées. Le nombre de brigades combattantes présentes dans cette zone est ainsi passé de huit à six, avec la démobilisation d’un nombre important de réservistes.
Les quatre unités retirées sont donc la 89ᵉ brigade Commando, la brigade Golani, la 55ᵉ brigade de parachutistes de réserve et la 4ᵉ brigade blindée de réserve Kiryati. Elles ont été remplacées par la 188ᵉ brigade blindée et la 828ᵉ brigade d’instruction Bislamach, également appelée Bislah.
L’armée israélienne justifie les mesures prises par un changement des conditions opérationnelles après plusieurs mois de combats, l’achèvement de certaines missions, notamment à Ali Taher, ainsi que la volonté de réduire la pression sur les effectifs, en particulier les réservistes.
Ce redéploiement modifie donc la composition du dispositif sans permettre, à lui seul, de conclure à une désescalade. Interrogé par Ici Beyrouth, le général à la retraite et directeur du Regional Forum Consultancy and Studies (FSC), Khaled Hamadé, appelle à lire cet épisode à la lumière des objectifs israéliens au Liban-Sud. «Si les destructions et les attaques ne suffisent pas à pousser le Liban à reprendre les négociations et à mettre en place les zones pilotes prévues dans l’accord-cadre, Israël pourrait élargir ses opérations au-delà d’Ali Taher, notamment vers Iqlim el-Touffah», signale-t-il.
Vers une présence plus fixe?
Au-delà du nombre de brigades, c’est la nature de la présence israélienne qui pourrait évoluer. Pour le général Hamadé, Israël pourrait progressivement passer d’un déploiement reposant sur des unités combattantes à une présence plus fixe et fortifiée dans la zone contrôlée.
Il évoque ainsi la consolidation d’une «zone jaune», avec des positions militaires permanentes susceptibles d’avoir des conséquences sur les déplacements des habitants qui s’y trouvent ou qui souhaitent y accéder. L’expert interrogé fait également état de discussions israéliennes, menées début septembre, autour d’une zone de trois à quatre kilomètres de profondeur le long de la frontière, comprenant des infrastructures militaires.
Un autre facteur pourrait intervenir dans cette évolution, celui de la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), prévue le 31 décembre 2026. Selon M. Hamadé, les infrastructures laissées par la force onusienne pourraient être récupérées par Israël et transformées en positions fixes. Il s’agit toutefois, à ce stade, d’une hypothèse et non d’une décision annoncée.
Le changement annoncé par l’armée israélienne reste donc difficile à définir. Sur le plan militaire, le constat est clair. Quatre brigades ont quitté la zone, deux brigades régulières les ont remplacées et une partie des réservistes a été démobilisée, tandis que les bombardements et les opérations de destruction se poursuivent.
La «nouvelle phase» pourrait ainsi correspondre moins à un retrait qu’à une transformation de la situation sur le terrain, avec moins de forces combattantes au sol, mais une présence militaire davantage structurée, des frappes maintenues et la possibilité d’opérations dans de nouveaux secteurs.