Le gouvernement libanais se retrouve confronté à une nouvelle épreuve sociale et politique, à l’approche de la mobilisation annoncée par les syndicats et fédérations du transport terrestre mercredi prochain, pour dénoncer la flambée des prix des carburants et les charges croissantes pesant sur les travailleurs du secteur.

Si cette mobilisation s’ancre avant tout dans des revendications professionnelles et de subsistance, elle survient dans un contexte économique et politique particulièrement fragile, poussant l’exécutif à tenter de contenir la crise avant qu’elle ne déborde dans la rue et ne devienne une source supplémentaire de pression.

Les syndicats de transport estiment que la hausse vertigineuse des prix du carburant menace directement la capacité des travailleurs du transport routier à poursuivre leur activité. Les répercussions dépassent d’ailleurs le secteur lui-même: l’augmentation du coût du transport se répercute sur les citoyens et sur les prix des biens et services, dans un pays où le pouvoir d’achat s’effondre et le coût de la vie ne cesse de grimper.

Un compromis avant la rue

Pour anticiper la mobilisation prévue mercredi, la commission ministérielle d’urgence se réunit vendredi, présidée par le vice‑Premier ministre Tarek Mitri, avec la participation de représentants des syndicats appelant à la grève, afin de rechercher des solutions susceptibles d’atténuer la crise.

Cette rencontre revêt une importance particulière puisqu’elle pourrait ouvrir la voie à un compromis avant la mobilisation. Le gouvernement sait pertinemment qu’un règlement par le dialogue coûterait moins cher politiquement et socialement qu’une confrontation avec une protestation de grande ampleur.

Mais sa marge de manœuvre reste étroite. D’un côté, il est difficile d’ignorer l’impact de la hausse des carburants sur les travailleurs du transport routier et les citoyens. De l’autre, les capacités financières de l’État limitent toute possibilité de soutien massif ou durable. L’exécutif pourrait donc privilégier des mesures ciblées pour alléger les charges du secteur, sans pour autant revenir à une politique de subventions généralisées.

Le risque d’une politisation

La crise dépasse toutefois le seul cadre social. Au Liban, où les fractures économiques se mêlent aux clivages politiques, tout mouvement de contestation peut rapidement prendre une dimension partisane. D’où la sensibilité particulière du gouvernement face à l’action des syndicats du transport: la crainte ne porte pas seulement sur la grève en elle‑même, mais sur son éventuelle extension à d’autres secteurs, voire son instrumentalisation par des forces politiques opposées ou concurrentes.

Le Hezbollah entre dans l’équation en raison de son poids politique et populaire. Mais il faut distinguer entre une exploitation éventuelle du mouvement à des fins politiques et une volonté explicite de l’encadrer ou de le diriger. Seules les prises de position et les actes concrets des acteurs concernés permettront de le déterminer.

Les jours séparant la réunion de vendredi de la grève prévue mercredi seront donc décisifs. Si un accord assorti de mesures tangibles en sort, les syndicats pourraient revoir l’ampleur ou la forme de leur mobilisation. À défaut, le mouvement risque de gagner en intensité et de mettre à l’épreuve la capacité du gouvernement à gérer la contestation sociale et à empêcher son glissement vers l’affrontement politique.

La crise du transport révèle une fois de plus la fragilité du tissu économique et social libanais: la hausse d’un produit essentiel comme le carburant peut rapidement passer d’un problème sectoriel à une question nationale touchant de larges pans de la population.

Ainsi, l’enjeu d’ici mercredi ne se limite pas à savoir si les travailleurs du transport routier feront grève, mais aussi à déterminer si le gouvernement saura utiliser la réunion de vendredi pour parvenir à une entente qui maintienne la crise dans son cadre social et revendicatif, sans en faire une nouvelle arme dans le conflit politique.