Un tribunal arménien a ouvert vendredi le procès du puissant chef de l’Église apostolique du pays, dernier épisode en date d’une querelle qui ne cesse de s’envenimer entre les autorités religieuses et le Premier ministre Nikol Pachinian.
Le catholicos Garéguine II et six évêques, tous membres de la haute hiérarchie ecclésiastique, sont accusés d’avoir fait obstruction à l’exécution d’une décision de justice dans un litige politique impliquant un autre religieux, Gevorg Saroyan.
Cet évêque avait soutenu la campagne de M. Pachinian en faveur d’une réforme de l’Église lorsqu’il était à la tête du diocèse de Masyatsotn. Il avait été démis de ses fonctions en janvier, mais un tribunal avait ordonné qu’il reste en poste dans l’attente d’une décision ultérieure.
C’est cette décision de justice que Garéguine II et ses évêques sont accusés d’avoir contourné, tandis que Nikol Pachinian accuse depuis des mois l’Église de mener des activités politiques et d’entretenir des liens avec des services de renseignement étrangers.
Les dignitaires religieux n’étaient pas présents vendredi à l’audience préliminaire qui s’est tenue dans la région d’Armavir, dans l’ouest de ce pays du Caucase, et étaient représentés par leurs avocats, a indiqué l’Église dans un communiqué.
«L’ingérence de l’État dans les décisions du catholicos...viole l’autonomie de l’Église, les relations constitutionnelles entre l’Église et l’État et le principe fondamental de la liberté religieuse», a dénoncé sur Facebook l’avocat de Garéguine II, Ara Zohrabyan.
L’affaire a été portée pour la première fois devant le tribunal en août, mais le juge s’était récusé et un conflit de compétence a retardé la procédure.
Le bras de fer entre l’Église et le Premier ministre avait débuté après la défaite militaire de l’Arménie face à l’Azerbaïdjan en 2020. Le catholicos avait alors appelé M. Pachinian à démissionner.
L’année dernière, les forces de sécurité avaient interpellé plus d’une dizaine d’ecclésiastiques, dont l’influent archevêque Bagrat Galstanyan, qui avait mené des manifestations massives contre le Premier ministre en 2024.
Ces arrestations et poursuites ont aggravé les divisions en Arménie, où l’Église apostolique est l’une des institutions les plus influentes du pays.
AFP