L'Église anglicane d'Angleterre a retiré jeudi un prix de la coopération inter-religieuse accordé au président du Conseil pakistanais des oulémas, Hafiz Tahir Ashrafi, après une polémique suscitée par d'anciens propos de ce dernier, qui avait célébré Oussama ben Laden et qualifié Salman Rushdie de blasphémateur».
Ce religieux pakistanais faisait partie d'une liste de 27 personnes distinguées le 11 septembre par l'archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, lors d'une cérémonie à Lambeth Palace à Londres, le siège de l'Église d'Angleterre.
L'attribution d'un prix «pour la réconciliation et la coopération inter-religieuse» à Hafiz Tahir Ashrafi était passée quasi inaperçue jusqu'à ce que les journaux The Telegraph et The Daily Mail n'évoquent jeudi ses propos passés.
En 2007, le Conseil pakistanais des oulémas, une organisation regroupant des juristes et théologiens musulmans, avait décidé d'honorer Oussama ben Laden, fondateur de l'organisation jihadiste Al-Qaïda et responsable des attentats islamistes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, en réaction à la décision de la reine Elizabeth II d'anoblir l'écrivain Salman Rushdie.
«Nous sommes heureux de décerner le titre de 'Saifullah' (épée d'Allah) à Oussama ben Laden après la décision du gouvernement britannique de conférer le titre de “Sir” à Rushdie le blasphémateur», avait dit à l'époque à l'AFP Hafiz Tahir Ashrafi.
Après avoir dit «réexaminer l'affaire en urgence», l'Église d'Angleterre a annoncé jeudi en fin d'après-midi le retrait de la distinction accordée à Hafiz Tahir Ashrafi.
«Des propos tenus précédemment par l'imam Ashrafi ont été portés à notre connaissance, ce qui (nous) a conduit (...) à reconsidérer cette distinction et nous sommes désormais en mesure de confirmer que celle-ci a été retirée», a indiqué l'Église d'Angleterre dans un communiqué.
L'institution a expliqué que le prix lui avait été initialement remis pour pour son «soutien de longue date aux minorités religieuses au Pakistan, en particulier à la communauté chrétienne».
L'initiative de l'Église d'Angleterre avait suscité de nombreuses critiques.
Le député conservateur Nick Timothy, porte-parole des Tories sur les questions de justice, avait déploré la «naïveté» de l'archevêque.
«J'aurais aimé que ce soit une blague», avait écrit sur X le militant d'extrême droite Tommy Robinson, au-dessus d'une photo de Sarah Mullally remettant le prix au religieux accompagné d'une femme vêtue d'un niqab.
Un porte-parole de Hafiz Tahir Ashrafi avait dans la journée affirmé que ses propos sur Ben Laden étaient présentés «hors de leur contexte». «Sa comparaison ne constituait pas un soutien à Ben Laden, elle visait à expliquer la blessure ressentie par de nombreux musulmans face à la distinction britannique décernée à Salman Rushdie», avait-il dit.
Le Conseil pakistanais des oulémas assure sur Facebook avoir été créé pour «mettre fin à la recrudescence des violences sectaires et aux affrontements interconfessionnels» au Pakistan.
L'écrivain américano-britannique Salman Rushdie est l'auteur des «Versets sataniques», qui lui avaient valu en 1989 une fatwa lancée par l'ayatollah Khomeini, à l'époque dirigeant de la République islamique d'Iran, qui le jugeait blasphématoire. Il a perdu l'usage d'un œil après avoir été poignardé en 2022 par Hadi Matar, un Américano-Libanais de 28 ans, condamné à 25 ans de prison.
AFP