Les marchés mondiaux évoluent dans le vert jeudi, digérant sans heurt le resserrement monétaire de la Fed largement anticipé, tandis que le reflux des prix de l’énergie et la détente des taux obligataires apaisent les craintes liées à l’inflation.
La Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé mercredi ses taux d'intérêt pour la première fois depuis l'été 2023, une mesure à l'opposé de ce qu'attendait Donald Trump en nommant Kevin Warsh à sa tête.
«Les investisseurs réagissent de manière partagée» à la hausse de taux, note Andreas Lipkow, chez CMC Markets. «La mesure en elle-même était attendue. Ce qui a toutefois apporté un certain soulagement, c'est l'unité affichée au sein du comité et la détermination avec laquelle la Fed entend mener la lutte contre l’inflation.»
Les taux de la Fed ont en effet été rehaussés, à l'unanimité, d'un quart de point pour atteindre une fourchette comprise entre 3,75% et 4%.
«Dans l'ensemble, le message de la Fed est que l'économie peut supporter une politique monétaire plus restrictive et que les risques inflationnistes justifient une action», explique Patrick Munnelly, de Tickmill Group.
«Les investisseurs ont pleinement intégré trois nouvelles hausses de taux de la Fed d'ici l'été prochain», estiment les économistes de la Deutsche Bank.
Sur les marchés d'actions, la Bourse de Paris prenait 0,47%, Francfort 0,56%, Londres 0,52% et Milan gagnait 0,54% dans les premiers échanges européens.
En Asie, le Nikkei de Tokyo s'est octroyé 0,27% et le Kospi de Séoul a terminé à l'équilibre (-0,04%).
Les places chinoises sont légèrement sous pression, le Hang Seng de Hong Kong perdant 0,60% dans les derniers échanges. Shanghai a perdu 0,39% et Shenzhen 0,18%.
En parallèle de la Fed, les marchés boursiers profitent de l'accalmie sur les prix de l'énergie, en particulier en Europe et en Asie, où de nombreuses grandes économies sont dépendantes des importations d'hydrocarbures.
Le pétrole souffle
Le pétrole contribue en effet «à soutenir le sentiment de marché», affirme Patrick Munnelly.
Les cours marquent une pause jeudi, après avoir déjà perdu environ 3% la veille. Vers 07H30 GMT, le Brent de la mer du Nord, la référence mondiale, perdait encore 1,68% à 104,05 dollars le baril, et son équivalent américain, le WTI, lâchait 1,33% à 101,07 dollars le baril.
«L'Arabie saoudite travaillerait à rétablir environ la moitié de la capacité de son oléoduc Est-Ouest après des frappes de drones, tandis que la déclaration de Trump selon laquelle le conflit avec l’Iran prendra fin, très bientôt, a alimenté les spéculations selon lesquelles les risques pesant sur l’approvisionnement pourraient diminuer», explique l'analyste de Tickmill Group.
Riyad avait annoncé vendredi la fermeture temporaire de cet oléoduc stratégique, qui relie l'est du pays à la mer Rouge, après des attaques attribuées à des drones venant d'Irak. L'oléoduc est devenu une voie d'exportation de brut cruciale pour contourner le détroit d'Ormuz, dont le trafic maritime est extrêmement perturbé depuis le début du conflit.
Même avec ce repli, le pétrole reste à des niveaux de prix très élevés, «mais la diminution des craintes de perturbations immédiates» a réduit la pression sur les taux d'emprunts souverains sur les marchés obligataires et sur les autres actifs sensibles à l'inflation, souligne Patrick Munnelly.
Accalmie sur les taux
La détente relative des taux d'emprunts des États renforce également le sentiment.
Les rendements des Treasuries, les bons du Trésor américains, ont d'abord grimpé de manière réflexe après la hausse de taux de la Fed, avant de refluer à mesure que le marché digérait une décision certes restrictive, mais pas suffisamment agressive pour provoquer une nouvelle forte réévaluation des anticipations de taux.
«Les rendements ont ainsi légèrement corrigé leur hausse», soulignent les économistes de la Deutsche Bank.
Vers 07H30 GMT, le taux d'emprunt américain à 10 ans s'affichait à 4,97% contre 5,02% mercredi à la clôture.
L'attention des marchés se tourne désormais vers la Banque d'Angleterre (BoE) dont la décision de politique monétaire est attendue dans la journée, et vers la Banque du Japon (BoJ) vendredi.
AFP