Le Parlement a renouvelé mercredi, pour la troisième fois, sa confiance au gouvernement de Nawaf Salam par 68 voix pour, 12 contre et deux abstentions, au terme de deux journées de débats consacrés à sa politique générale. Dans son discours de clôture, le Premier ministre a défendu l’action de son cabinet et réaffirmé son objectif de bâtir «un seul peuple dans un seul État, protégé par une seule armée».
La séance, tenue place de l’Étoile, a été marquée par des critiques portant notamment sur l’électricité, les nominations administratives, la situation économique et sociale ainsi que le monopole des armes. Nawaf Salam a remercié les députés ayant formulé des critiques constructives, reconnaissant comme légitimes aussi bien la demande d’un État présent que les plaintes suscitées par son absence.
Souveraineté et négociations avec Israël
Le Premier ministre a précisé que l’accord-cadre trilatéral, conclu avec Israël sous égide américaine, constituait un mécanisme politique de négociation et non un accord ou un traité au sens juridique. Il prévoit, selon lui, un retrait israélien progressif ainsi que l’extension exclusive de la souveraineté de l’État libanais à l’ensemble du territoire.
«Notre position à la table des négociations est plus forte lorsque nous sommes tous derrière l’État», a-t-il affirmé. L’unité nationale et l’exercice exclusif de l’autorité publique doivent permettre au Liban de mieux défendre ses droits, de faire cesser les attaques, d’obtenir le retour des prisonniers et de permettre aux déplacés de regagner leurs villages.
Salam a également souligné que le rétablissement de la confiance arabe et internationale dans les institutions libanaises avait permis de mobiliser davantage de soutien en faveur de l’armée et de la reconstruction. Il a réaffirmé le refus de faire du Liban un terrain d’affrontement entre les axes régionaux ou de le soumettre à une quelconque influence extérieure.
Syrie et retour des déplacés
Concernant les relations avec Damas, le chef du gouvernement a indiqué que Beyrouth cherchait à établir une relation fondée sur le respect réciproque de la souveraineté, les intérêts communs et la non-ingérence. Les anciens accords bilatéraux sont en cours de révision et le principe de réciprocité doit être appliqué dans plusieurs domaines.
Il a défendu le transfert en Syrie de ressortissants syriens condamnés au Liban afin qu’ils y purgent le reste de leur peine. Cette mesure relève, selon lui, d’un accord judiciaire bilatéral et ne constitue ni une atteinte à la souveraineté libanaise ni une libération des détenus.
Nawaf Salam a par ailleurs annoncé qu’environ 700.000 Syriens étaient rentrés dans leur pays grâce à la stratégie gouvernementale, à l’évolution de la situation en Syrie et aux aides accordées par les organisations internationales. Il a affirmé que le gouvernement avait facilité et organisé ces retours, tout en rétablissant l’échange d’informations avec les autorités syriennes.
Aides sociales et continuité de l’enseignement
Sur le plan social, le Premier ministre a indiqué que le programme «Aman» avait continué de soutenir environ 107.000 familles parmi les plus pauvres et les plus vulnérables. Il a reconnu que cette assistance ne couvrait pas l’ensemble de leurs besoins, tout en rejetant les accusations selon lesquelles aucune aide n’aurait été fournie.
Dans le secteur éducatif, il a fait état d’un plan exceptionnel destiné à maintenir la scolarisation des élèves touchés par la guerre et les déplacements, notamment au Liban-Sud. La rentrée doit s’effectuer progressivement selon la situation sécuritaire et l’état des établissements, avec un enseignement à distance dans les écoles qui ne sont pas encore en mesure d’accueillir les élèves.
Électricité, reconstruction et environnement
Abordant la reconstruction, Salam a indiqué que l’essentiel du ciment importé provenait d’Égypte et de Jordanie et bénéficiait d’une exemption de droits de douane en vertu des accords commerciaux arabes. Face à la hausse des prix, le ministère de l’Industrie a autorisé l’importation de plus de 80.000 tonnes afin d’accroître l’offre.
Il a également estimé que la crise de l’électricité résultait de plus de vingt ans de négligence et ne pouvait être imputée au gouvernement actuel. Il a notamment évoqué les contrats conclus de gré à gré pour les navires-centrales et le carburant, ainsi que les appels d’offres reportés à plusieurs reprises.
Concernant les dossiers environnementaux, plus de 500 ordres de recouvrement ont été transmis par le ministère de l’Environnement au ministère des Finances. Leur application reste toutefois suspendue en raison des recours introduits devant les tribunaux et le Conseil d’État.
En conclusion, Nawaf Salam a fixé trois priorités à son gouvernement: poursuivre les réformes financières et économiques avec l’appui législatif du Parlement, achever le déploiement de l’autorité de l’État et le monopole des armes, puis obtenir le retrait israélien complet et engager la reconstruction.