Lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, la flambée des loyers dans les zones chrétiennes s’est accentuée, accompagnée d’une consigne officieuse : « interdit de louer aux chiites ». La crainte était de voir des familles de responsables ou de cadres du Hezbollah s’installer dans ces quartiers. Aujourd’hui encore, dans le Mont-Liban et le Nord, certains propriétaires refusent de louer dès qu’ils découvrent la confession du candidat locataire, invoquant des directives municipales.
Mais, le problème dépasse ces zones déjà saturées. De nombreux chiites aisés ont pris les devants en louant des appartements dans diverses régions, les conservant en prévision de nouveaux déplacements forcés. Ce fut le cas après le bombardement israélien qui a entraîné l’exode de Nabatiyé et de ses environs: les déplacés ont regagné Beyrouth, sa banlieue ou les logements qu’ils avaient sécurisés auparavant.
Dans la banlieue sud, la situation est dramatique. Des centaines d’immeubles ont été détruits ou endommagés. Ceux qui n’ont pas trouvé refuge ailleurs cherchent à louer sur place, malgré les risques de nouveaux bombardements. Mais l’offre est réduite et les prix ont quadruplé: entre 450 et 1.200 dollars par mois, des montants inaccessibles pour beaucoup, dans un contexte de guerre, de déplacements et de crise financière.
Ni l’État libanais ni le Hezbollah n’ont lancé de plan de reconstruction ou de compensation, comme après les précédents conflits. L’absence de fonds publics, les sanctions internationales et la crainte de nouvelles frappes israéliennes bloquent toute initiative. La colère monte dans la communauté chiite, où l’on reproche au Hezbollah de les avoir entraînés dans une guerre sans fin et de ne pas assumer ses responsabilités.
La demande explose et les intermédiaires dictent les prix. Une habitante raconte avoir rénové son appartement à ses frais, sans aucune aide, avant d’être déplacée à plusieurs reprises. Revenue il y a trois mois, elle l’a de nouveau restauré, mais cherche désormais à louer ailleurs, redoutant une reprise des combats. Elle se heurte pourtant à des refus liés à sa confession, alors qu’elle n’a aucun lien avec le Hezbollah. «Les innocents paient pour les coupables», résume-t-elle, tout en reconnaissant le droit des propriétaires à se protéger après les frappes ciblées contre des zones où vivaient des cadres de la formation pro-iranienne.
Un autre résident, Qassem, raconte attendre depuis quatre mois chez des intermédiaires, incapable de payer le loyer de son logement partiellement détruit. Il veut partir mais ne trouve rien d’abordable. Sa colère se tourne contre le Hezbollah, qu’il accuse de l’avoir plongé dans cette impasse.
Aujourd’hui, la communauté chiite se retrouve face à des choix impossibles: chercher des logements dans des zones hostiles, ou rester dans une banlieue dévastée. Leur avenir demeure suspendu aux calculs du Hezbollah, aux frappes israéliennes et aux négociations entre le Liban et Israël reportées au mois d’octobre prochain. Si aucun compromis n’est trouvé, une nouvelle vague de déplacements pourrait s’étendre sur des années, aggravée par l’emprise de l’Iran sur le Hezbollah et l’impasse des discussions américano-iraniennes.