BDL: la bataille pour sortir du cash
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La Banque du Liban (BDL) veut encourager le paiement électronique par carte. La carte ne constitue toutefois pas une fin en soi: l’enjeu est de réintégrer les transactions dans le circuit financier formel. Pour la Banque centrale, il s’agit désormais d’un véritable instrument de politique monétaire.

Le deuxième vice-gouverneur de la BDL, Makram Bou Nassar, a dressé un état des lieux éclairant: les paiements électroniques progressent nettement, portés non seulement par les cartes bancaires, mais aussi par la hausse des transferts bancaires, tandis que le recours aux chèques retrouve également du terrain.

Dans cette perspective, il a mis en avant les facilités mises en place sous l’égide de la BDL, en partenariat avec l’Association des banques (ABL), les ministères des Finances et de l’Économie, ainsi qu’avec deux réseaux internationaux de cartes de paiement, afin d’encourager les paiements électroniques et de réduire progressivement le recours au cash.

La commission ramenée à 1,25% et 0,90%
La BDL a émis plusieurs circulaires ramenant à 1,25% la commission prélevée sur chaque transaction effectuée par carte bancaire auprès des opérateurs du secteur privé. Sont notamment concernés les stations-service, les supermarchés, les boulangeries, les hôpitaux et les pharmacies. « Il s’agit d’un taux inférieur à celui en vigueur avant la crise de 2019 et de l’un des plus bas à l’échelle régionale », a expliqué Bou Nassar. Il précise qu’ainsi, pour un paiement par carte de 100 dollars, le commerçant perçoit 98,75 dollars, après déduction de la commission de 1,25%.

Dans le même contexte, il a rappelé que la BDL avait fixé à 0,9% le plafond de la commission appliquée aux paiements effectués par les contribuables pour s’acquitter de leurs impôts auprès du ministère des Finances.

Il a également mentionné la batterie de circulaires visant à mettre les prestataires de services de paiement (Payment Service Providers – PSP), notamment les opérateurs de wallets et les sociétés de transfert d’argent, en conformité avec les standards internationaux en matière de compliance, de bonne gouvernance et de transparence.

Des chiffres parlants: le recul du cash
Lors d’une conférence de presse tenue mercredi au siège de la BDL, en présence notamment des directeurs généraux des ministères des Finances et de l’Économie, Georges Maarawi et Mohamad Haïdar, ainsi que de représentants des deux réseaux internationaux de cartes de paiement, le deuxième vice-gouverneur de la BDL, Makram Bou Nassar, a présenté plusieurs indicateurs témoignant de l’évolution des moyens de paiement utilisés au quotidien par les Libanais et, plus largement, du recul du recours au cash.

Sur les huit premiers mois de 2026, le nombre de transactions effectuées par carte de paiement a bondi de 130% sur un an, tandis que leur valeur a progressé de 50%.

La progression est également spectaculaire du côté des chèques. Entre janvier et août 2026, le nombre de chèques émis a augmenté de 142% en glissement annuel, pour une hausse de 105% en valeur. Les chèques en dollars frais ont, pour leur part, enregistré une progression de 124% en nombre et de 108% en valeur. La valeur de ces chèques, qui s’élevait à quelque 500 millions de dollars entre janvier et août 2025, a dépassé un milliard de dollars sur la même période en 2026.

Mais le chiffre le plus marquant concerne les transferts entre banques: leur nombre a augmenté de 60%, tandis que leur valeur en dollars a bondi de 117%.

« Désormais, avec la stabilité du taux de change, aucun agent du secteur privé n’a le droit de refuser un paiement électronique ou d’imposer des frais supplémentaires au consommateur », a martelé Bou Nassar.

Un enjeu fiscal et de traçabilité
Le directeur général du ministère des Finances, Georges Maarawi, a indiqué que 38 terminaux de paiement (POS) avaient déjà été installés dans les différents départements du ministère à travers les mohafazats du pays, sur un total prévu de 52. L’installation de certains terminaux, notamment à Baalbek et à Hermel, a été retardée en raison des conditions de sécurité. Des POS ont également été installés au palais de Justice afin de faciliter les démarches des avocats, a-t-il précisé.

Au-delà de la modernisation des paiements, l’enjeu est aussi de réduire la circulation des espèces et de mieux contrôler les flux financiers. Le paiement par carte allège la gestion des liquidités pour les banques, réduit les risques d’erreurs de comptage et de fraude liés à la manipulation d’espèces et permet de renforcer la traçabilité des transactions, au bénéfice des différentes institutions de l’État, selon Maarawi.

Cette traçabilité revêt également une dimension fiscale. Plus les transactions s’effectuent en dehors des circuits formels, plus il est difficile pour l’État de mesurer l’activité économique, d’en déterminer l’assiette fiscale et d’assurer le recouvrement des impôts. Le développement des paiements électroniques devient ainsi un outil de lutte contre l’opacité des flux et de renforcement de la collecte fiscale.

Réactivité du secteur privé
Le directeur général du ministère de l’Économie, Mohamad Haidar, a souligné la réactivité du secteur privé et des consommateurs face au développement du paiement par carte. Les chiffres témoignent de cette évolution: sur les quelque 3 800 stations-service que compte le Liban, 1 100 sont désormais équipées de terminaux de paiement (POS). Dans le secteur pharmaceutique, 1 200 pharmacies sur 3 600 disposent également d’un POS. Quant aux 180 supermarchés, ils en sont tous équipés.

Cette progression de l’équipement s’accompagne d’une hausse sensible du recours à la carte. Dans les stations-service, la part des achats réglés par carte est passée de 8 % à 12 %, et de 16% à 23% dans les pharmacies. Dans les restaurants, la progression est encore plus marquée, de 15% à 35%. Le chiffre le plus spectaculaire concerne toutefois les achats en ligne, dont la part atteint 51%.

Dans les supermarchés, la progression varie selon la taille de l’enseigne: la part des achats réglés par carte est passée de 17% à 36% dans les grandes surfaces, et de 7,5% à 20% dans les moyennes surfaces. Elle reste en revanche inférieure à 20% dans les petites enseignes.

La dynamique est donc engagée: au Liban, la carte ne se contente plus de remplacer progressivement les espèces. Elle devient un maillon du retour des transactions vers les circuits financiers formels et, à ce titre, l’un des rouages de la reconstruction du système financier.

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