Jeux méditerranéens: entre le rêve de Beyrouth et la réalité des infrastructures
Affiche officielle des IIIes Jeux méditerranéens organisés à Beyrouth en 1959, une édition fondatrice dans l’histoire sportive du Liban. ©DR

Soixante-sept ans après Beyrouth 1959, le Liban peut-il imaginer accueillir à nouveau les Jeux méditerranéens? À Tarente, Jacques Tamer, vice-président du Comité olympique libanais, a évoqué cette ambition avec Iakovos Filippousis, secrétaire général du Comité international des Jeux méditerranéens.

L’idée séduit par son poids historique. Mais entre le souvenir d’une époque où Beyrouth accueillait la Méditerranée et la réalité des équipements sportifs actuels, le chemin vers une candidature crédible reste considérable.

À Tarente, l’idée d’un retour

Jacques Tamer, également chef de la délégation libanaise aux Jeux de Tarente 2026, a rencontré Iakovos Filippousis pour discuter notamment des possibilités de coopération entre les deux comités.

Au terme de l’entretien, il l’a invité à visiter le Liban et a exprimé le souhait de voir le pays accueillir un jour une nouvelle édition des Jeux méditerranéens.

Le contexte donne une certaine portée au message. Le président Joseph Aoun avait assisté à la cérémonie d’ouverture de Tarente, tandis que la délégation libanaise a décroché une médaille d’or grâce à Samer Sarkis en skeet.

Mais aucun dossier de candidature n’a été annoncé. Pour l’heure, il s’agit donc d’une ambition exprimée, pas d’un projet officiellement engagé.

Beyrouth 1959, une page fondatrice

Le Liban entretient avec les Jeux méditerranéens une relation particulière.

Beyrouth a accueilli leur troisième édition en 1959, dans une Cité sportive Camille-Chamoun alors flambant neuve. Le pays y avait remporté 30 médailles, dont trois en or, dix en argent et dix-sept en bronze.

Cette édition a également marqué l’histoire institutionnelle de la compétition. Gabriel Gemayel, alors président du Comité olympique libanais, avait proposé à Beyrouth la création d’une structure permanente chargée d’assurer l’avenir des Jeux. Le Comité international des Jeux méditerranéens sera officiellement fondé deux ans plus tard, avec Gemayel comme premier président.

Un retour des Jeux au Liban aurait donc une dimension bien plus importante qu’une simple organisation sportive: il renouerait avec une histoire à laquelle Beyrouth a directement contribué.

Une candidature encore lointaine

Les prochains Jeux sont déjà attribués à Prishtina pour 2030. Le processus concernant les éditions suivantes obéit à un cahier des charges lourd: soutien du Comité olympique national, engagement d’une ville hôte, garanties des autorités publiques et capacité financière démontrée.

Rien de tel n’existe aujourd’hui au Liban.

Et avant même d’envisager un dossier, une question s’impose: avec quelles installations?

Les Jeux de Tarente ont réuni près de 3.800 athlètes issus de 26 pays et mobilisé plus de 40 sites construits ou rénovés.

Une telle organisation exige stades, piscines, salles couvertes, pistes d’athlétisme, terrains d’entraînement, hébergement, transports, équipements médicaux et dispositifs de sécurité répondant aux standards internationaux.

Des infrastructures encore loin du compte

La Cité sportive Camille-Chamoun reste le symbole le plus évident du problème.

Après plusieurs années de fermeture et de dégradation, elle a rouvert partiellement en 2025, après des travaux portant notamment sur la pelouse, les sanitaires et la salle de presse. Mais une rénovation beaucoup plus profonde demeure nécessaire, notamment autour de la piste d’athlétisme et des autres équipements du complexe.

Le besoin dépasse largement Beyrouth.

Le stade de Tripoli, celui de Baalbeck, la piscine olympique de Naccache et plusieurs autres sites ont également été cités parmi les infrastructures nécessitant réhabilitation ou modernisation.

Quant au projet d’un nouveau grand stade de football, évoqué avec l’appui de la FIFA, il reste encore à concrétiser.

Dans ces conditions, organiser les Jeux supposerait bien plus qu’une remise à neuf de quelques enceintes. Il faudrait une stratégie nationale des infrastructures sportives.

Des Jeux pour reconstruire plutôt que pour paraître

C’est là que pourrait résider le véritable intérêt d’une éventuelle candidature.

Le Liban n’aurait aucun intérêt à engager des sommes considérables pour deux semaines de compétition et quelques cérémonies. Le projet ne serait défendable que si les équipements construits ou rénovés restaient ensuite à la disposition des clubs, des fédérations et des jeunes athlètes.

Piscines homologuées, salles modernes, centres d’entraînement, pistes d’athlétisme et stades fonctionnels manquent aujourd’hui à de nombreuses disciplines.

Les Jeux pourraient alors devenir un accélérateur de modernisation plutôt qu’une opération de prestige.

Ils pourraient aussi fournir au sport libanais un objectif de long terme: préparer une génération entière à concourir à domicile plutôt que simplement rénover des tribunes pour accueillir des délégations étrangères.

Entre mémoire et réalité

En 1959, Beyrouth accueillait la Méditerranée dans une Cité sportive neuve et le Liban repartait avec 30 médailles.

En 2026, le pays quitte Tarente avec une seule médaille, certes en or, tandis qu’une partie de ses principales infrastructures reste à reconstruire.

La comparaison résume à elle seule la distance parcourue — et celle qu’il faudrait maintenant combler.

L’idée lancée par Jacques Tamer demeure pour l’instant un souhait. Mais elle soulève une question plus large que celle des Jeux méditerranéens: le Liban veut-il retrouver la capacité d’accueillir de grands événements sportifs internationaux?

 

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