Un temple romain et d’autres vestiges antiques mis au jour au Liban
Des membres de l’équipe d’archéologues travaillent sur un site archéologique dans la ville côtière libanaise de Batroun, dans le nord du pays, le 14 août 2026. ©Joseph Eid / AFP

D’un immense temple païen à un pressoir à olives datant de l’époque romaine, les découvertes archéologiques se succèdent au Liban, témoignant de la richesse et de l’ancienneté de l’histoire de ce petit pays déchiré par les guerres et les crises, qui a finalement réussi à inscrire plusieurs de ses sites sur la liste de l’UNESCO afin de les protéger de la guerre avec Israël.


«Nous menons des fouilles depuis plus de cent ans et nous faisons constamment de nouvelles découvertes», explique à l'AFP le directeur général des Antiquités au ministère de la Culture, Sarkis Khoury.

Parmi les découvertes récentes les plus remarquables figurent les vestiges des colonnes et des bases d'un imposant temple romain, mesurant 21 mètres de long sur 11 mètres de large, dans le village montagneux de Maasser el-Chouf, à proximité d'une forêt de cèdres millénaires, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Beyrouth.

La directrice des Antiquités dans la région du Chouf, au sud du Mont-Liban, Myriam Ziadé, raconte à l'AFP que la municipalité avait signalé en 2017 «la découverte de grandes pierres de taille sur une colline».

«En 2022, nous avons commencé les fouilles avec une équipe de l'université de Naples», en Italie, ajoute-t-elle. Les travaux ont révélé les vestiges de cet imposant temple romain.

Ces vestiges remontent à la période romaine, qui a débuté au Liban et dans les régions environnantes au Iᵉʳ siècle avant J.-C. et s'est poursuivie jusqu'à l'avènement de la période byzantine, au IIIe siècle après J.-C.

Le Liban regorge de vestiges archéologiques, témoins silencieux des riches civilisations qui se sont succédé sur son territoire au fil des millénaires, depuis les âges de pierre, du bronze et du fer, en passant par les périodes cananéenne, perse, romaine et byzantine, jusqu'aux sultanats et empires arabes et musulmans, sans oublier les croisades.

Autour de la colline où se dressait autrefois le temple, avant la naissance du Christ, se trouvent d'autres vestiges témoignant de l'existence d'une communauté organisée dans les environs, notamment des tombes creusées dans la roche et un espace consacré à des activités de production. «Tout un ensemble s'est développé autour de ce temple», explique Myriam Ziadé.

Selon elle, le temple date d'une période allant du Iᵉʳ siècle avant J.-C. au IIᵉ siècle après J.-C. Il a ensuite été fortifié à l'époque fatimide, vers le Xᵉ siècle, avant d'être transformé en forteresse par les croisés entre les XIIᵉ et XIIIᵉ siècles.

Dans la ville côtière de Batroun, connue notamment pour son amphithéâtre romain, un membre d'une équipe de fouilles travaille sous un soleil éclatant, entouré d'outils de chantier. L'air marin lui caresse le visage tandis que les feuilles sur lesquelles il consigne ses dernières découvertes frémissent au rythme du grondement des vagues contre les rochers.

Sur un terrain privé du littoral de Batroun, les archéologues ont découvert un pressoir à olives datant de l'époque romaine.

«L'utilisation de ce pressoir romain s'est poursuivie durant la période byzantine», raconte à l'équipe de l'AFP Samar Karam, responsable des sites archéologiques dans le nord du Liban. Les fouilles ont également permis de mettre au jour «de grandes quantités de poids en terre cuite datant de l'époque romaine», ainsi que des outils servant au tissage et au filage.

Sur une autre propriété voisine, donnant sur un rempart maritime datant de l'époque phénicienne, les fouilles ont révélé la coexistence de plusieurs périodes historiques sur un même site. Les archéologues y ont découvert deux carrières de pierre, «l'une datant de l'époque romaine et l'autre de l'époque phénicienne», précise Samar Karam.

Le même site a également livré des vestiges de l'époque ottomane, ainsi que des pièces datant des périodes perse, phénicienne et romaine.

Samar Karam souligne par ailleurs que les tombes archéologiques de Batroun remontent à différentes périodes historiques.

À Beyrouth, la responsable du suivi des fouilles archéologiques, Laure Salloum, indique que tous les chantiers actuellement menés dans la capitale sont «essentiellement des projets de construction», au cours desquels les ouvriers mettent au jour des trésors historiques.

Parmi les découvertes récentes réalisées grâce à ces fouilles figurent les vestiges d'un pressoir à olives de l'époque romaine, qui «offrent un aperçu de la vie sociale» des habitants de Beyrouth à cette époque, explique-t-elle.

Les travaux se poursuivent également dans le centre de Beyrouth à la recherche de «la partie restante de l'hippodrome» romain, selon Mme Salloum.

«Nos sites archéologiques sont connus» pour avoir vu se succéder de nombreuses civilisations, affirme à l'AFP Sarkis Khoury. «Le Liban se trouve au carrefour des routes d'une région qui a connu de nombreuses crises pendant des milliers d'années.»

Le patrimoine revêt également une dimension économique et de développement au Liban. «Nous sommes parmi les principaux contributeurs à l'économie libanaise. Lorsque nous découvrons des sites archéologiques et les aménageons, nous favorisons le développement durable de leurs régions», souligne M. Khoury.

C'est pourquoi la Direction générale des antiquités veille à ce que les habitants des régions concernées découvrent eux-mêmes les richesses des sites archéologiques, comme à Maasser el-Chouf.

«Nous cherchons à faire prendre conscience aux habitants de l'importance du site (...) et du fait qu'il contribuera au développement durable de leur village, tout en constituant un moyen de le protéger des fouilles clandestines et du pillage», conclut Myriam Ziadé.

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