Il est clair qu’au cours des deux derniers mois, Israël n’a pas mis fin à la guerre contre le Liban. Il a plutôt choisi d’en modifier la stratégie pour tenir compte de la nouvelle donne imposée par le président américain Donald Trump après la conclusion de la trêve avec l’Iran. Les frappes se poursuivent, mais sans s’étendre à Beyrouth et à sa banlieue, afin de ne pas s’exposer aux reproches de Trump. Dans le Liban-Sud, en revanche, la population reste interdite d’accès, notamment au-delà du Litani, où l’armée israélienne a imposé une interdiction totale de circulation.
Israël a surtout choisi une nouvelle approche militaire, fondée sur une stratégie à plus long terme. Plutôt que de multiplier les frappes qui détruisent les bâtiments et causent des dégâts indiscriminés, Israël a trouvé dans la bataille de la colline d’Ali el-Taher une option moins meurtrière et plus efficace, d’autant que cette colline revêt une importance militaire particulière pour les combattants du Hezbollah.
L’essentiel des opérations concerne désormais la colline et les modalités du retrait des combattants du Hezbollah, afin de permettre à l’armée libanaise d’y prendre position, conformément aux accords conclus avec l’État libanais. À terme, cette opération pourrait porter un coup fatal aux activités militaires du Hezbollah.
C’est précisément le discours que les relais du mouvement s’emploient à diffuser, sur différents fronts et par divers canaux, pour que la perte de cette position stratégique ne soit surtout pas interprétée comme une défaite et ne sape pas le moral de ses sympathisants.
Après Ali el-Taher, Israël pourrait s’attaquer à une autre position stratégique, puis à une autre encore, en concentrant à chaque fois ses forces sur un nouvel objectif. L’ambition est de débarrasser progressivement le Sud des points où étaient déployés les membres de la formation pro-iranienne et, à terme, de mettre fin à toute activité militaire organisée du Hezbollah au sud du Litani.
Une fois cet objectif atteint et les armes lourdes neutralisées, le Hezbollah ne sera plus en mesure de poursuivre les combats avec des armes légères sans subir de lourdes pertes humaines, qui viendraient s’ajouter à celles déjà enregistrées et dont l’ampleur réelle n’a pas encore été pleinement établie.
Telle est la réalité militaire. Israël pourrait profiter de toute rupture de la trêve pour reprendre les bombardements à grande échelle, non seulement parce qu’ils lui permettent d’atteindre ses objectifs militaires, mais aussi parce qu’ils exercent une pression psychologique à la fois sur le Hezbollah et sur l’État libanais. Les conditions reviendraient alors à celles qui prévalaient avant le cessez-le-feu, tandis que l’État libanais se retrouverait dans une position encore plus faible qu’aujourd’hui.
L’État saisira-t-il cette occasion pour mettre un terme à cette situation en coopération avec l’armée, ou continuera-t-il, à l’instar du Hezbollah, à s’engager dans des combats voués à l’échec?



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