Du soutien à l’investissement: 67 Émiratis à Beyrouth

Le message de cette visite est clair: tourner la page des aides pour ouvrir celle des investissements et des partenariats. L’objectif est d’attirer les entreprises émiraties au Liban, dans une logique d’intérêts mutuels, tout en explorant des opportunités de partenariats et d’investissements conjoints en Syrie et en Irak depuis le Liban.

D’Abou Dhabi à Beyrouth, une délégation économique émiratie composée de 67 hommes d’affaires et investisseurs se rendra au Liban les 26 et 27 août, dans le cadre d’une visite qui remet l’investissement au cœur des relations économiques entre les deux pays.

Cette visite intervient après plusieurs années de recul de la coopération économique, alors que le Liban a besoin de nouveaux capitaux pour relancer son économie et restaurer la confiance des investisseurs arabes. Son importance ne tient donc pas seulement à la taille de la délégation, mais aussi aux perspectives qu’elle pourrait ouvrir pour relancer les relations économiques entre le Liban et les Émirats arabes unis autour de l’investissement et du partenariat, plutôt que de l’aide. La visite de la délégation émiratie peut-elle ainsi marquer le début d’un retour des investissements au Liban et l’ouverture d’une nouvelle étape économique entre les deux pays?

Selon l’ancien ministre et président des organismes économiques, Mohammad Choucair, qui s’est exprimé à Houna Loubnan, cette visite fait directement suite à la visite du président de la République, Joseph Aoun, aux Émirats arabes unis et de sa rencontre avec le président émirati, cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Cette rencontre avait notamment débouché sur la décision de créer un Conseil d’affaires libano-émirati, de même qu’un Conseil d’affaires émirati-libanais aux Émirats, l’accord entre les deux parties devant être signé à Beyrouth.

Pour M. Choucair, le choix de signer cet accord au Liban constitue un signal positif. La venue à Beyrouth d’un nombre aussi important d’hommes d’affaires et d’investisseurs émiratis représente en elle-même un soutien moral et économique au Liban, d’autant que le pays n’avait plus accueilli depuis plusieurs années une délégation économique d’une telle envergure.

Avant la crise, les Émirats arabes unis comptaient parmi les principaux investisseurs au Liban, avec des investissements qui approchaient les 8 milliards de dollars, faisant des Émirats l’un des partenaires économiques majeurs de Beyrouth. Mais après 2019, les nouveaux investissements ont fortement reculé, sous l’effet de l’effondrement de la confiance et de la montée des risques politiques et financiers. Le Liban est ainsi passé du statut de marché attractif pour les capitaux du Golfe à celui d’un marché devenu difficile d’accès pour les investisseurs.

Le programme de la visite prévoit plus de 50 rencontres bilatérales (B2B) entre acteurs des secteurs public et privé, couvrant un large éventail de secteurs, de l’industrie au commerce, en passant par l’agriculture, les technologies et l’exploration. Les réunions se tiendront de midi à 14 heures sous la présidence du ministre émirati du Commerce extérieur. Elles seront suivies, de 15 heures à 18 heures, d’une rencontre élargie consacrée à l’examen détaillé des projets et des opportunités d’investissement que le Liban peut proposer.

Les rencontres B2B (Business to Business) se veulent avant tout concrètes. Elles mettent face à face un homme d’affaires libanais et son homologue émirati, issus du même secteur ou d’activités complémentaires, afin d’identifier de véritables opportunités de coopération et d’investissement. Deux investisseurs du secteur agroalimentaire peuvent ainsi envisager la création d’une usine commune au Liban, ou mutualiser leurs compétences et leurs ressources pour accroître leur production et conquérir de nouveaux marchés. Dans le secteur technologique, une entreprise libanaise peut recourir à des services ou à des solutions émiraties, et inversement, jusqu’à envisager la réalisation de projets communs.

Autrement dit, le B2B n’est pas une simple rencontre protocolaire, mais un espace destiné à faire émerger des projets concrets: partenariat, investissement, expansion, échange de services ou accès à de nouveaux marchés.

Toutefois, l’investissement ne peut se développer sans un environnement politique et sécuritaire stable, à même de rassurer les investisseurs et de protéger leurs capitaux. Aujourd’hui, le Liban a moins besoin d’aides que d’investisseurs prêts à engager leurs capitaux dans son économie et à croire en sa capacité à se relever. La visite émiratie sera-t-elle le prélude au retour des investissements arabes au Liban et, plus largement, au retour du pays dans le giron économique arabe?

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