Le ministre yéménite de l'Information a accusé auprès de l'AFP les Houthis de se préparer à s'emparer de zones jouxtant le détroit de Bab el-Mandeb, menaçant une seconde voie navigable stratégique, après le verrouillage du détroit d'Ormuz par leur allié iranien.
Trois sources militaires des Houthis et un porte-parole des forces gouvernementales yéménites à proximité du détroit ont également indiqué à l'AFP que les Houthis prévoyaient d'avancer vers ces zones.
Si ce projet était mis à exécution, les Houthis consolideraient leur contrôle sur cette voie stratégique, reliant l'Asie à l'Europe via le canal de Suez, perturbant entre autres les exportations de pétrole de l'Arabie saoudite, alliée du gouvernement d'Aden.
Les Houthis ont annoncé le mois dernier un blocus maritime en mer Rouge contre le royaume saoudien.
Pendant la guerre à Gaza, ils avaient lancé des attaques de drones et missiles en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, contraignant les bateaux à contourner l'Afrique pour rallier l'Europe.
«Prendre le contrôle du détroit»
«La milice houthie (...) s'efforce de créer les conditions nécessaires pour prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, en renforçant sa présence le long de la côte ouest et en tentant de s'emparer d'îles yéménites stratégiques en mer Rouge», a déclaré mardi soir le ministre de l'Information, Moammar al-Eryani.
Il a relevé «le renforcement des effectifs militaires [Houthis] (...) ainsi que les attaques répétées contre des ports, des quais, des infrastructures civiles, des navires, et les moyens navals du gouvernement».
Les Houthis ne tiennent aujourd'hui pas de zones donnant directement sur Bab el-Mandeb, mais contrôlent la ville portuaire de Hodeida, au nord, et ont attaqué plusieurs navires dans la mer Rouge.
Le mois dernier, la trêve conclue au Yémen en 2022 a volé en éclats, nouvelle étape de l'embrasement régional consécutif à la guerre entre les États-Unis et l'Iran.
Les Houthis multiplient depuis les attaques sur des sites militaires et des zones contrôlées par le gouvernement reconnu par la communauté internationale.
Ils ont aussi attaqué la ville portuaire de Mokha, au nord de Bab el-Mandeb, ainsi que des sites militaires à proximité et des îles en mer Rouge sous contrôle gouvernemental.
Le général de division Sadeq Duwaid, porte-parole des Forces nationales de résistance, proches du gouvernement, a déclaré à l'AFP que les Houthis «s'efforçaient de prendre pied à Bab el-Mandeb» et de «transformer la région en une zone dont la situation ressemblerait à celle du détroit d'Ormuz».
Selon trois sources militaires houthies, les [Houthis] se préparent à une opération militaire pour prendre le contrôle de zones au sud de Hodeida, avec le déploiement de près de 2 000 soldats et de lance-roquettes sur les lignes de front le long de la côte ouest.
Les Houthis «cherchent à s'emparer» du détroit stratégique, alertait déjà la semaine dernière sur X, Mohammed al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.
«Les attaques des Houthis contre le port de Mokha semblent viser à couper l'approvisionnement en armes des forces gouvernementales sur la côte ouest et à préparer une avancée vers Bab al-Mandeb», a-t-il déclaré à l'AFP.
«Prendre la bande de territoire autour du détroit de Bab al-Mandeb serait plus facile que d'affronter des troupes solidement retranchées dans le désert de Marib et constituerait une victoire stratégique», a-t-il précisé, estimant que «la bataille pour Bab al-Mandeb aurait lieu tôt ou tard».
AFP



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