Les Houthis ont mené dimanche dernier une série de frappes contre la ville portuaire de Moka, sur la mer Rouge, visant à la fois des positions militaires et des quartiers résidentiels.
Selon l'armée yéménite, quatre membres des forces armées et trois civils ont été tués, et une trentaine d'autres personnes blessées. Des sources locales portent le bilan à onze morts. Le même jour, un missile balistique houthi a touché le quartier général du gouverneur de Hodeidah, à Al-Khawkhah, tandis qu'une frappe de drone visait une raffinerie du groupe saoudien Aramco, à Jazan.
Lundi, des médias yéménites ont par ailleurs fait état de deux soldats des Forces de défense de Shabwah, affiliées au Conseil de transition du sud, tués lors d'une attaque de drone houthie à la périphérie du district de Bayhan, dans le centre du pays.
Ces développements s'inscrivent dans une escalade amorcée début juillet, après l'effondrement de la trêve conclue en 2022 sous l'égide de l'ONU. En quelques semaines, les attaques houthies ont fait plusieurs dizaines de morts parmi les soldats gouvernementaux et ont frappé à plusieurs reprises des zones habitées.
Mais cette flambée récente ne fait que raviver une réalité documentée depuis 2014 par les organisations de défense des droits humains : celle d'un mouvement dont les méthodes de guerre ont, à de multiples reprises, été qualifiées de crimes de guerre par Human Rights Watch et par le Groupe d'experts éminents des Nations unies sur le Yémen.
Le siège de Taëz, symbole des exactions houthies
Le cas le plus documenté reste celui de Taëz, troisième ville du pays, assiégée par les Houthis depuis mars 2015. Dès l'automne 2015, Human Rights Watch (HRW) a recensé trois attaques distinctes au mois d'août ayant tué au moins 14 civils, dont cinq femmes et cinq enfants, et établi, sur la base d'expertises balistiques menées sur le terrain, que les forces houthies utilisaient des roquettes non guidées de type Grad contre des quartiers habités.
Cette pratique, que HRW qualifie d'attaque indiscriminée, est susceptible de constituer un crime de guerre lorsqu'elle est menée délibérément. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme avait de son côté recensé au moins 42 civils tués par les tirs d'obus et les francs-tireurs houthis dans les quartiers résidentiels de la ville sur la seule seconde quinzaine d'août 2015.
Le Humanitarian Centre for Rights and Development, qui documente localement les violations à Taëz, a fait état, dans un décompte publié en décembre 2015, de 1 535 civils tués depuis mars de la même année par les bombardements houthis, dont 166 enfants et 102 femmes, certains alors qu'ils jouaient au football ou faisaient la queue près d'un point d'eau.
Un rapport ultérieur du Human Rights Information and Training Center a établi qu'entre mars 2015 et mars 2018, 3 021 civils avaient péri sous les bombardements et le siège houthis à Taëz, dont 680 enfants et 371 femmes, et plus de 15 900 autres blessés. Le même rapport attribue aux mines antipersonnel houthies la mort de 714 civils supplémentaires sur cette période, dont 32 enfants.
Le blocus n'a pas cessé avec la baisse de l'intensité des combats. En 2022, Human Rights Watch documentait toujours les postes de contrôle houthis empêchant l'acheminement de denrées essentielles, de bonbonnes d'oxygène et de matériel de dialyse vers la ville assiégée, contraignant les habitants à emprunter des routes de montagne dangereuses.
En janvier 2024, l'organisation revenait sur un autre aspect du siège, moins médiatisé que les frappes en mer Rouge menées par les Houthis contre des navires commerciaux : le blocage délibéré de l'accès à l'eau pour les habitants de Taëz, dans un pays où plus de 15 millions de personnes manquent déjà d'eau potable.
Le recours à la violence contre des populations civiles ne s'est pas limité à Taëz. En février 2025, Human Rights Watch a documenté une série d'attaques menées par des forces houthies entre le 5 et le 12 janvier 2025 contre le village de Hankat al-Massoud, dans le gouvernorat d'al-Bayda, officiellement dans le cadre d'une opération de recherche d'hommes armés.
Le recrutement d'enfants-soldats
Le recrutement d'enfants figure parmi les violations les plus systématiques attribuées aux Houthis. Selon un rapport conjoint de l'Euro-Mediterranean Human Rights Monitor et de l'organisation SAM for Rights and Liberties publié en 2021, les Houthis auraient recruté de force plus de 10 300 enfants depuis 2014, certains dans des camps de déplacés ou des orphelinats, contre une rémunération pouvant atteindre 150 dollars par mois.
L'ONU a pour sa part estimé qu'entre janvier 2020 et mai 2021, près de 2 000 enfants recrutés par les Houthis étaient morts au combat. Un rapport du Groupe d'experts de l'ONU sur le Yémen cité en 2023 évoque des camps d'été où des enfants dès l'âge de dix ans reçoivent un entraînement au maniement d'armes automatiques et à la pose de mines, assorti d'un endoctrinement idéologique.
En avril 2022, les Houthis avaient pourtant signé avec les Nations unies un plan d'action s'engageant à mettre fin au recrutement d'enfants ainsi qu'aux attaques contre les écoles et les hôpitaux. Human Rights Watch relevait toutefois, fin 2023, que le recrutement d'enfants représentait la part la plus importante des violations vérifiées par le mécanisme indépendant Justice4Yemen Pact, les Houthis en étant les principaux responsables. Dans son rapport mondial 2025, l'organisation chiffrait à plus de 4 000 le nombre total d'enfants encore engagés dans les combats au Yémen, toutes parties confondues.
Les mines, une arme qui continue de tuer
Interdit par la Convention d'Ottawa dont le Yémen est signataire, l'usage de mines antipersonnel par les Houthis continue de faire des victimes bien après la fin des combats dans certaines zones.
Human Rights Watch rapportait en 2023 qu'entre la mi-2019 et août 2022, 426 morts civiles ont été attribuées aux mines, engins improvisés et munitions non explosées, et que 42 enfants avaient été tués ou blessés par ces engins entre avril et juin 2022 seulement.
Ce phénomène s'est aggravé après la trêve de 2022, lorsque des civils ont recommencé à emprunter des zones auparavant inaccessibles à cause des combats.
Ce faisceau de rapports concordants, émanant aussi bien d'organisations internationales comme Human Rights Watch que d'ONG yéménites locales et des mécanismes d'enquête des Nations unies, dessine le profil d'un acteur très particulier. Un acteur qui a fait du ciblage des civils, du siège de villes entières et de l'exploitation d'enfants des instruments de sa stratégie militaire, mais qui a le culot de jouer les défenseurs de la cause palestinienne à Gaza, quand ses propres milices assiègent, affament et bombardent les civils yéménites depuis plus d'une décennie.




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