Donald Trump a rejeté samedi le plan soumis à Washington par Téhéran pour rouvrir sous sept jours le détroit d'Ormuz, au cœur du conflit entre les deux pays, tout en laissant entendre que les discussions indirectes se poursuivaient par l'intermédiaire de médiateurs régionaux.

«Je rejette leur proposition», a déclaré le président américain devant la presse à sa sortie de la Maison Blanche, affirmant que les dirigeants iraniens voulaient cet accord car «ils sont en train de méchamment perdre».

L'Iran avait annoncé vendredi avoir soumis aux États-Unis une proposition pour rouvrir sous sept jours le détroit d'Ormuz, à compter de la validation de l'accord. «Le choix appartient désormais» à Washington, avait déclaré son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, depuis le siège de l'ONU à New York.

Le président iranien Massoud Pezeshkian avait précisé que la proposition avait été élaborée «en coordination» avec le guide suprême Mojtaba Khamenei, ultime arbitre des décisions de la République islamique, et qu'une équipe de six membres ayant le «pouvoir de prendre des décisions» avait été mise en place à cet égard.

Selon le média américain Axios, le Qatar et d'autres médiateurs régionaux tentent néanmoins de relancer les discussions entre Washington et Téhéran, alors que d'importantes divergences subsistent entre les deux parties sur les principaux sujets de négociation.

L'Iran souhaite concentrer les discussions sur le détroit d'Ormuz et le blocus naval américain, tandis que l'administration Trump exige de Téhéran des concessions sur son programme nucléaire, précise Axios.

Malgré le rejet de sa dernière proposition, un responsable américain cité par Axios affirme que des discussions «positives et constructives» se poursuivent entre les États-Unis et l'Iran par l'intermédiaire de médiateurs, notamment sur la question nucléaire.

Les conditions iraniennes pour rouvrir Ormuz

Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont tenu cette semaine un nouveau cycle de négociations indirectes avec Abbas Araghchi, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, rapporte Axios.

Des responsables qataris ont également participé aux discussions en transmettant des messages entre les deux parties, selon des sources au fait des négociations citées par le média.

Abbas Araghchi aurait présenté à Steve Witkoff et Jared Kushner les conditions iraniennes pour la réouverture du détroit d'Ormuz et la reprise des discussions nucléaires.

Selon Axios, Téhéran propose de rouvrir le détroit et de reprendre les négociations nucléaires dans un délai d'une semaine, en échange de la levée du blocus naval américain, de la suppression des sanctions sur les ventes de pétrole et du rétablissement d'un cessez-le-feu dans la région.

Les négociateurs américains ont, de leur côté, clairement indiqué aux responsables iraniens lors des discussions de mardi que l'Iran ne contrôlait pas le détroit d'Ormuz et ne pouvait donc pas formuler de demandes à ce sujet, selon une source citée par Axios.

Abbas Araghchi avait également affirmé que les mesures demandées aux États-Unis n'étaient pas nouvelles et figuraient déjà dans le protocole d'accord signé en juin avec Washington.

Cette entente visait à mettre durablement fin au conflit, à rouvrir le détroit d'Ormuz puis à mener des pourparlers sur le volet sensible du programme nucléaire iranien. Mais elle a volé en éclats autour des conditions de passage dans la voie maritime.

Le protocole mentionnait l'arrêt immédiat des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban où l'armée israélienne combat le groupe pro-iranien Hezbollah. Conformément aux demandes de Téhéran, il prévoyait en outre le déblocage et le versement d'avoirs iraniens gelés dans la foulée de la Révolution islamique en 1979 ainsi que la levée des sanctions américaines.

Des dizaines de pétroliers transitent chaque jour

Malgré le blocus américain, des dizaines de pétroliers continuent de traverser quotidiennement le détroit d'Ormuz sous protection américaine, transportant plusieurs millions de barils de pétrole vers les marchés mondiaux, selon Axios. Le volume reste toutefois nettement inférieur à celui enregistré avant la guerre.

Des responsables américains affirment par ailleurs qu'environ 60 millions de barils de pétrole ont transité par le détroit d'Ormuz au cours des 72 dernières heures.

Cette voie maritime, par où transitait auparavant environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est au cœur du conflit entre Washington et Téhéran. Depuis le début des hostilités, la République islamique en revendique le contrôle, tandis que Washington impose un blocus aux ports iraniens.

Signe de la défiance persistante entre les deux pays, Donald Trump avait publié sur son réseau Truth Social, avant le rejet officiel de la proposition, une carte du stratégique détroit d'Ormuz avec la mention «Détroit Trump».

Reprise des frappes en novembre ?

Avant la prise de parole de Donald Trump, le Wall Street Journal, citant des responsables américains, avait affirmé que le président américain avait rejeté l'offre iranienne, jugeant que Téhéran ne répondrait pas à ses exigences. Selon le journal, il envisage une reprise des frappes en Iran après les élections législatives de mi-mandat en novembre.

Les États-Unis n'ont pas bombardé le sol iranien depuis le 1er septembre, quand une série d'attaques avaient notamment fait cinq morts et des dizaines de blessés lors d'un mariage dans le sud-est du pays, même si des navires ont été touchés depuis dans le détroit d'Ormuz.

À l'approche des élections, le président américain doit affronter l'impopularité croissante de la guerre au Moyen-Orient, qui a fait flamber le prix des carburants.

Dans un entretien exclusif à l'AFP mardi, le porte-parole des Gardiens de la Révolution, la puissante armée idéologique de la République islamique, Hossein Mohebi, avait également insisté sur la fin des combats au Yémen.

Ce pays est devenu le nouveau front régional depuis la reprise en juillet, après des années d'accalmie, du conflit opposant les Houthis pro-iraniens au gouvernement yéménite et à son parrain saoudien.

Le mouvement antigouvernemental a lancé en septembre une offensive meurtrière, consolidant son contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, autre passage stratégique pour les exportations pétrolières qui relie l'Europe à l'Asie via le canal de Suez.

AFP