Les ministères de l’Agriculture et du Travail vont mettre en place une commission conjointe chargée de suivre la réforme de l’emploi agricole, avec notamment le lancement d’un projet pilote d’enregistrement des travailleurs saisonniers dans certaines régions ou cultures. Une convention devrait également être préparée pour relier le registre des agriculteurs aux programmes de formation, d’emploi et de protection sociale.
Ces annonces s'inscrivent dans un partenariat entre les deux ministères et les organisations internationales, visant à moderniser un secteur où la main-d'œuvre - en particulier saisonnière - reste largement dérégulée. Les discussions, qui se sont tenues vendredi au ministère de l’Agriculture, ont permis de dresser un état des lieux des défis actuels et d'esquisser les contours d'un système censé concilier deux impératifs a priori contradictoires: mieux protéger les travailleurs agricoles, sans alourdir les charges des exploitants.
Simplifier l'emploi saisonnier, encadrer les contrats
Une large partie des échanges a porté sur la main-d'œuvre saisonnière, avec plusieurs pistes concrètes: simplifier les procédures d'enregistrement des travailleurs pendant les périodes de plantation et de récolte, identifier les régions en pénurie de main-d'œuvre, et organiser la mobilité des travailleurs en fonction des besoins saisonniers.
Un cadre juridique clair pour les contrats saisonniers est également à l'étude – fixant salaires, horaires, conditions de logement et normes de sécurité au travail –, ainsi que la possibilité d'instaurer une couverture santé ou une assurance simplifiée pour ces travailleurs. La lutte contre le travail des enfants dans les tâches agricoles dangereuses a aussi été mentionnée comme un axe à renforcer.
Protection sociale et attractivité pour les jeunes
Le registre des agriculteurs pourrait servir de base pour mieux cibler les aides et intégrer plus largement le secteur dans les systèmes de protection sociale, via un système de cotisations adapté au caractère saisonnier de l'activité.
Autre priorité affichée: attirer davantage de jeunes Libanais vers l'agriculture, à travers des programmes de formation liés aux techniques modernes – mécanisation, conditionnement, réfrigération, commercialisation – et des incitations pour les exploitations qui embauchent durablement une main-d'œuvre locale.
Un encadrement renforcé de la main-d'œuvre étrangère
Le dossier de la main-d'œuvre étrangère a également été abordé, avec la volonté de mieux l'encadrer selon les besoins réels du secteur : simplification des démarches pour les employeurs en règle, contrôle accru des intermédiaires, et lutte contre l'exploitation et la traite des êtres humains. La création d'une base de données commune entre les deux ministères est envisagée pour évaluer plus précisément les besoins saisonniers, sans alourdir la charge administrative des petits exploitants.
Les discussions ont enfin porté sur une professionnalisation plus large du secteur : élaboration de fiches de poste pour les différents métiers agricoles, certificats de compétence, encadrement des intermédiaires, ainsi qu'un guide national de sécurité et de santé au travail incluant la formation à l'usage des pesticides et des équipements.
«Une nécessité nationale», selon le ministre de l'Agriculture
Le ministre Nizar Hani a insisté sur le caractère désormais incontournable de cette réforme: «L'organisation de l'emploi agricole n'est plus un choix, mais une nécessité nationale», a-t-il affirmé, présentant ce dossier comme l'un des axes centraux de la réforme agricole en cours. Il a plaidé pour un marché du travail «moderne et organisé», protecteur des droits des travailleurs tout en tenant compte des capacités de production des agriculteurs.
Le ministre du Travail, Mohammad Haidar, a de son côté souligné la nécessité d'une coopération étroite entre les institutions concernées, présentant l'organisation du secteur comme un levier à la fois économique et social, permettant de concilier développement de la production et respect des normes de travail décent.



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