Sept sessions de négociations directes entre le Liban et Israël ont déjà eu lieu. La septième qui s’est achevée hier à Rome, dans une relative indifférence médiatique, comme s'il s'agissait désormais d'un rendez-vous diplomatique ordinaire. Qui aurait imaginé, il y a seulement deux ans, que la simple expression «négociations directes» suffirait à déclencher des campagnes d'accusations de trahison? Qu'il suffirait de l'évoquer pour être aussitôt voué aux gémonies, accusé de collaboration avec l'ennemi? Le tabou n'a pas seulement été brisé: il s’est à ce point banalisé que plus personne ne s'en émeut. Les sessions de négociations se succèdent désormais comme les journées d'un championnat.
À Rome, il n'est question ni de slogans ni de promesses de «surprises» dans la région du Litani. On y parle de cartes, de dossiers, de villages et de collines. La délégation libanaise négocie le projet des «zones pilotes», où l'armée libanaise reprend progressivement le contrôle du terrain à mesure que l'armée israélienne se retire. Zawtar el-Gharbiyé a constitué la première étape. Les discussions portent désormais sur la colline d'Ali Taher, près de Nabatiyeh, ainsi que sur le choix de la prochaine zone, entre Khiam et Bint Jbeil. C'est ainsi qu’un territoire se reconquiert: village après village, colline après colline, par l'État, l'armée et la négociation, non par les six roquettes qui ont précipité le Liban dans l'enfer de la guerre sans libérer la moindre parcelle de territoire.
Dans le même temps, le Hezbollah dénonce des négociations «humiliantes», tandis que son secrétaire général, le cheikh Naïm Qassem, appelle l'État à mettre fin aux «concessions». Mais de quelles concessions parle-t-on? Était-ce cela, la dignité, lorsque des dizaines de villages ont été réduits en ruines? Était-ce cela, l'honneur, lorsqu'un million de Libanais ont été contraints de fuir sur les routes? Était-ce une victoire lorsque des collines et des positions stratégiques ont été perdues sans que les armes de la «résistance» soient en mesure de protéger le moindre mètre carré? Ou bien la seule humiliation, aux yeux du Hezbollah, consisterait-elle à voir l'État récupérer par la négociation ce que ses armes n'ont pas su défendre?
L'histoire, à cet égard, mérite d'être rappelée. Ce que le Liban négocie aujourd'hui est bien inférieur à ce qui lui était proposé dans le cadre de l'accord du 17 mai 1983. À l'époque, un retrait israélien complet était sur la table. Il fut rejeté sous la pression de la Syrie. Quarante années de refus, de confrontation et de «résistance» n'ont pas permis d'obtenir davantage; elles ont, au contraire, conduit le Liban à négocier aujourd'hui le sort d'une simple colline. Voilà la réalité que l'axe dit de la résistance refuse de voir: chaque guerre inutile rend l’accord suivant moins favorable que le précédent.
Il y a quelques mois, le cheikh Naïm Qassem proclamait l'ouverture de la «troisième bataille de la libération». Sans le vouloir, il avait vraisemblablement vu juste. Cette troisième libération est peut-être en train de se jouer aujourd'hui, à Rome, autour d'une table de négociation, sous le drapeau libanais, portée par la délégation officielle de l'État, sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré.



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