La colline «Ali Khamenei»
©Ici Beyrouth

Le Hezbollah, longtemps principal allié de l'Iran aux portes d'Israël, se sent aujourd'hui menacé par le nouvel accord de paix israélo-libanais, négocié sous l'égide de Washington en juin, dont l'un des objectifs affichés - jugé peu réaliste - est le désarmement de la milice.

Les événements survenus ces derniers jours dans la région de Nabatiyé, au sud du Liban, confirment que ce secteur est redevenu un foyer majeur de confrontation entre Israël et le Hezbollah. Selon des sources proches du mouvement, celui-ci désigne désormais cette position stratégique sous le nom de «colline Ali Khamenei», en hommage au Guide suprême iranien disparu, tué lors de la guerre américano-israélienne contre l'Iran le 28 février dernier. Cette appellation illustre l'importance stratégique que le Hezbollah et l'Iran accordent à ce site.

D'abord les faits: l'armée israélienne a annoncé, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, un accrochage avec le Hezbollah aux abords de la colline d'Ali Taher. Selon son communiqué, l'un de ses soldats a été blessé, touché lors d'un échange de tirs à courte distance, a précisé l'armée à l'Agence France-Presse. La radio de l'armée israélienne a de son côté indiqué qu'une unité de la brigade Egoz, engagée dans une opération d'infiltration dans le secteur, avait essuyé des tirs du Hezbollah.

Cet incident survenu trois jours après qu'un engin du génie de l'armée israélienne, qui tentait de progresser vers les hauteurs d'Ali Taher, eut été pris pour cible par le Hezbollah.

Le New York Times a consacré hier un long article à ces affrontements, sous le titre: «Israël affirme avoir tué plusieurs membres du Hezbollah sur une colline stratégique du Liban». Le quotidien souligne que malgré le cessez-le-feu observé ces dernières semaines, Israël et le Liban tentent parallèlement de mettre en œuvre un accord négocié par les États-Unis destiné à mettre fin aux hostilités.

Cet accord prévoit notamment un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban. Le Hezbollah l'a toutefois rejeté, estimant qu'il permet, dans les faits, à Israël de maintenir une présence militaire dans le Sud. Le mouvement affirme, par ailleurs, qu'il ne déposera pas les armes tant qu'un retrait israélien complet n'aura pas été effectué.

Selon le quotidien américain, la colline d'Ali Taher est devenue l'un des points les plus stratégiques du conflit. Des responsables libanais et israéliens estiment que le Hezbollah y a construit l'un de ses plus vastes complexes souterrains – une infrastructure qu'Israël présente comme un centre de commandement ayant joué, pendant des années, un rôle central dans la préparation d’opérations contre son territoire.

Plusieurs informations de presse publiées ces derniers jours indiquent que le Hezbollah refuse d'abandonner cette installation ou d'en transférer le contrôle. Des responsables du mouvement affirment qu'il entend continuer à la défendre.

Le quotidien Al-Sharq, dans son édition de jeudi dernier, citait une source ministérielle libanaise selon laquelle le Hezbollah avait réitéré son refus d'évacuer les collines d'Ali Taher au profit d'un déploiement de l'armée libanaise - et ce, malgré la disponibilité affichée de Washington à intervenir auprès de Tel-Aviv, qui contrôle par le feu les accès et les issues menant à ce secteur. Israël affirme d'ailleurs avoir visé un groupe de combattants du Hezbollah qui tentaient de sortir du tunnel creusé sous la colline.

Toujours selon cette source, un retrait du Hezbollah de ces collines - qui faciliterait l'entrée de l'armée libanaise - ouvrirait la voie à une discussion sur le retrait de l'armée israélienne des localités entourant Zaoutar el-Gharbiyé, ainsi qu'à la levée du contrôle par le feu qu'elle exerce sur Nabatiyé el-Faouqa, jusqu'à la ville de Nabatiyé elle-même.

Un tel retrait, ajoute la source, pourrait aussi permettre, le moment venu, de rattacher Khiam aux zones expérimentales, à condition que le pont de Khardali - qui relie Nabatiyé et ses environs aux localités des cazas de Marjayoun et Hasbaya - soit rouvert.

Ces informations, qui témoignent de l'attachement du Hezbollah à conserver le tunnel d'Ali Taher, s'inscrivent dans un contexte régional plus large. Dans un autre article, le New York Times, revient sur le rôle direct de l'Iran dans les événements qui secouent le Liban. Signé Farnaz Fassihi et Neil MacFarquhar, ce papier intitulé «À l'approche du cessez-le-feu, l'Iran préparait une guerre plus large avec l'aide de ses supplétifs» indique d'emblée que, durant la courte trêve, des généraux iraniens ont élaboré en secret des stratégies avec des chefs de milices supplétives au Liban, au Yémen et en Irak, afin de préparer une éventuelle extension du conflit et d'en alourdir le coût pour Washington. Selon les sources citées par le journal, ces échanges se seraient déroulés lors de réunions virtuelles et de contacts opérationnels sur le terrain.

Les Gardiens ont par ailleurs tenté de compenser les pertes subies par le Hezbollah, durement frappé par la guerre contre Israël, tout en poursuivant leurs activités depuis des bases situées en Irak. Des frappes américaines et saoudiennes contre des milices irakiennes auraient notamment coûté la vie à plusieurs membres des Gardiens de la révolution, selon les médias iraniens.

Les médias iraniens ont d’ailleurs diffusé les images de quatre hommes tués dans ces frappes, tous vêtus de l'uniforme vert olive caractéristique de la force Al-Qods, leurs cercueils recouverts du drapeau iranien.

Pour Lina Khatib, chercheuse associée au sein du groupe de recherche de Chatham House à Londres, les alliés régionaux de Téhéran poursuivent aujourd'hui une lutte visant autant à préserver leur propre rôle qu'à défendre les intérêts stratégiques de l'Iran. Selon elle, ces groupes, initialement constitués autour d'un projet idéologique commun, sont progressivement devenus des facteurs d'instabilité régionale.

Affaibli par la guerre contre Israël, qui a coûté la vie à son ancien secrétaire général Hassan Nasrallah ainsi qu'à de nombreux cadres militaires, le Hezbollah cherche désormais à reconstituer ses capacités. Plusieurs responsables et analystes libanais estiment que l'Iran a renforcé son implication directe dans cette reconstruction, notamment par l'envoi de responsables des Gardiens de la révolution auprès de la direction du mouvement.

Firas Maksad, directeur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au sein d’Eurasia Group, résume la situation en ces termes: l'affaiblissement de la direction historique du Hezbollah aurait eu pour conséquence de renforcer l'influence directe de Téhéran sur les décisions du mouvement.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui-même mis en avant le rôle de l’Iran: «Nous resterons une résistance, un peuple vivant, œuvrant nuit et jour à chasser cette occupation - que ce soit par les négociations que mène la République islamique d'Iran, dont nous sommes pleinement convaincus qu'elles aboutiront, l'Iran plaçant le dossier libanais en priorité, ou par les négociations indirectes et par la résistance.»

Dans le même temps, le discours des porte-parole du Hezbollah sur l'importance stratégique de la colline d'Ali Taher apparaît avant tout comme un écran de fumée destiné à occulter l'emprise croissante de l'Iran sur la confrontation dans l'ensemble de la région de Nabatiyé. Depuis le reflux de son influence au sud du Litani, cette région est devenue le principal point d'ancrage de la projection de puissance iranienne au Sud-Liban.

Aux yeux du Hezbollah, la colline d'Ali Taher revêt ainsi une dimension qui dépasse largement sa seule valeur militaire. Certains responsables et observateurs y voient même un symbole de l'investissement stratégique de Téhéran dans cette zone, au point de la surnommer «la colline Ali Khamenei».

Cette lecture s'inscrit dans l'idée que les infrastructures souterraines développées au fil des décennies au Liban-Sud constituent l'un des piliers de la stratégie régionale de l'Iran, faisant de cette région une plateforme avancée de sa confrontation avec Israël sur la façade orientale de la Méditerranée.

 

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