À mesure que se rapproche la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), fixée au 31 décembre 2026, les discussions sur l’éventuel mécanisme appelé à lui succéder prennent de l’ampleur, sans qu’une formule définitive n’ait encore été arrêtée. Si le principe d’une nouvelle force chargée de gérer la situation sécuritaire au Liban-Sud venait à être retenu, une série de questions se poserait alors. Qui déciderait de sa création, sous quelle autorité serait-elle placée et qui définirait son mandat et ses prérogatives ?

Une force ne se crée pas par simple décision politique

Dans le cas de la Finul et côté procédural, c’est au Conseil de sécurité des Nations unies que revenait la charge d’établir et de renouveler le mandat des Casques bleus. En 2025, il a décidé de prolonger la mission une dernière fois jusqu’au 31 décembre 2026, tout en prévoyant le début, à cette date, d’un retrait ordonné et sécurisé pouvant s’étaler sur une année. La résolution 2790 prévoit également que cette transition doit être menée en consultation étroite avec le gouvernement libanais, avec pour objectif que l’État libanais devienne l’unique garant de la sécurité dans le sud.

Cela signifie qu'une éventuelle nouvelle force placée sous mandat de l’ONU nécessiterait, en principe, une nouvelle décision du Conseil de sécurité. Celui-ci définirait alors le mandat, les fonctions de la mission et les paramètres généraux de son action. Le secrétaire général et les services compétents de l’ONU prépareraient ensuite les modalités opérationnelles, tandis que les États membres seraient appelés à fournir les contingents, le personnel et les moyens nécessaires.

Le mécanisme est beaucoup plus structuré qu’une simple annonce politique. L’ONU dispose d’une procédure de génération des forces. Cela passe par l’identification des capacités nécessaires, l’engagement des États, la sélection des contingents, la préparation des troupes et, enfin, le déploiement sur le terrain. Les pays qui fournissent des soldats restent indispensables au processus, puisqu’aucun État n’est automatiquement obligé de mettre des troupes à disposition d’une opération donnée.

Interrogé par Ici Beyrouth, Olivier Passot, chercheur associé à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), explique que la piste onusienne reste d’ailleurs celle qui offrirait «le plus de légitimité internationale possible». Il envisage toutefois une formule différente de l’actuelle Finul. «Il est envisageable qu’une mission de l’ONU beaucoup plus réduite, avec un mandat beaucoup plus clair, soit mise en place», estime-t-il.

Cette hypothèse se heurte néanmoins à l’opposition d’Israël et des États-Unis, qui pourraient également rallier à leur position d’autres pays sceptiques à l’égard d’une nouvelle mission onusienne de grande ampleur.

Et si la future force n’est pas sous mandat de l’ONU ?

Si une telle force devait être créée en dehors du cadre d’une opération de maintien de la paix de l’ONU, sa mise en place obéirait à une procédure différente de celle décrite plus haut.

La France et l’Italie ont ainsi défendu l’idée d’un dispositif international pour éviter un vide après le départ de la Finul, tandis que l’Union européenne travaille parallèlement sur une mission destinée à conseiller et entraîner l’armée libanaise. Plus de dix pays européens se sont dits disposés à contribuer à cette dernière initiative, selon la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas. Cette mission européenne de formation ne serait toutefois pas, en l’état, un remplacement de la Finul.

Pour Olivier Passot, l’Union européenne (UE) constitue précisément une deuxième option envisageable. «L’UE conduit des missions civiles, de formation, de gestion de crise», rappelle-t-il, en soulignant que ce type de mécanisme existe déjà dans d’autres contextes. Une mission européenne au Liban-Sud pourrait donc, selon lui, constituer une alternative à une nouvelle opération strictement onusienne.

La France s’est d’ailleurs positionnée pour prendre une responsabilité dans une éventuelle mission européenne, tandis que des discussions sont menées entre Européens, notamment entre Paris et Rome, afin de coordonner les efforts.

Dans le cas d’une force européenne distincte, la première étape serait donc un accord politique entre les États participants sur son principe, sa composition et son financement. Il faudrait ensuite déterminer le cadre juridique de son déploiement au Liban, son statut sur le territoire, les conditions d’accès aux zones concernées et les modalités de coordination avec l’armée libanaise.

La question du consentement libanais deviendrait alors centrale. Pour une opération classique de maintien de la paix de l’ONU, le consentement des parties constitue l’un des principes fondamentaux du dispositif onusien. L’ONU rappelle également que le recours à la force par une mission de maintien de la paix est encadré par son mandat et, sauf situations spécifiques autorisées par le Conseil de sécurité, limité à la légitime défense et à la défense du mandat.

Une force constituée par un groupe d’États européens devrait donc, elle aussi, régler la question de son autorité et de ses prérogatives avant tout déploiement. Qui l’invite ? Qui signe l’accord avec elle ? Qui peut lui donner accès aux territoires concernés ? Qui peut modifier son mandat ? Ce sont ces questions juridiques et politiques qui détermineront concrètement ce qu’une telle force pourrait faire sur le terrain.

Qui déciderait de ses missions et de ses règles d’engagement ?

Avant d’aborder la question, une précision s’impose. Une force chargée uniquement d’observer et de transmettre des rapports n’aurait pas les mêmes prérogatives qu’une force chargée de vérifier le respect d’un cessez-le-feu, de protéger des populations ou d’accompagner le déploiement de l’armée libanaise.

Dans le système onusien, le mandat est fixé par le Conseil de sécurité et les règles d’engagement doivent être cohérentes avec la base juridique de la mission et avec les résolutions qui l’autorisent. Les discussions préparatoires avec les pays contributeurs portent notamment sur le concept d’opérations, la chaîne de commandement, la structure de la force, son équipement, la formation, les risques et les modalités de déploiement.

Autrement dit, le pays qui fournit les soldats ne décide pas seul de ce qu’ils peuvent faire sur le terrain. Dans une mission de l’ONU, ces éléments sont encadrés par le mandat international, puis traduits en procédures opérationnelles et en règles d’engagement.

À défaut d’une force multinationale dotée d’un mandat propre, une troisième possibilité existe. le bilatéral. La France, l’Italie et les États-Unis disposent déjà de programmes d’assistance bilatérale avec les Forces armées libanaises. Or, cette formule ne suffirait pas à elle seule à répondre à la question de l’après-Finul, comme le souligne M. Passot, «faute de légitimité».

L’enjeu serait alors de parvenir à articuler ces différents programmes plutôt que de les faire fonctionner séparément. C’est dans cette logique que s’inscrivent, selon lui, les discussions actuellement menées entre Européens, notamment entre la France et l’Italie, pour «coordonner et mutualiser les efforts».

Le Liban peut-il imposer la formule qu’il souhaite ?

Le gouvernement libanais peut demander une présence internationale, accepter ou refuser certaines modalités et négocier les conditions d’une présence étrangère sur son territoire. Il ne peut toutefois pas, à lui seul, créer une force multinationale et déterminer les pays qui y participeront.

À l’inverse, les États européens peuvent décider politiquement de constituer une mission et de mettre des moyens à sa disposition, mais cela ne signifie pas automatiquement qu’ils peuvent la déployer sur le territoire libanais sans régler les questions de consentement, de statut et de cadre juridique.

Si un nouveau mécanisme devait être créé, il faudrait donc déterminer s’il reprendrait une partie de ces fonctions ou s’il poursuivrait un objectif totalement différent.

«Les différentes options ne se valent pas en termes de légitimité et de capacité d’action», insiste, à cet égard, M. Passot. Aujourd’hui, le calendrier se resserre et le Liban reste suspendu à une décision politique qui devra déterminer le mécanisme appelé à prendre le relais de la Finul.