Israël: les principaux enjeux des législatives d'octobre
À quelques mois des élections législatives, les Israéliens devront trancher sur des questions déterminantes : les responsabilités liées à l'attaque du 7-Octobre, la stratégie sécuritaire du gouvernement, la conscription des ultra-orthodoxes et la flambée du coût de la vie. Ces thèmes dominent une campagne qui pourrait redéfinir l'avenir politique du pays. ©pexels

Lors des législatives du 27 octobre, les quelque sept millions d'électeurs israéliens seront appelés à se prononcer sur la conscription, l'économie et les comptes à rendre pour l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023.

Voici les principaux enjeux au cœur de la campagne.

Les responsabilités du 7-Octobre 

De nombreux Israéliens réclament une commission d'enquête indépendante sur les défaillances ayant permis au mouvement islamiste palestinien d'attaquer le territoire israélien, y entraînant la mort de plus de 1.200 personnes.

Cette attaque, la plus meurtrière de l'histoire d'Israël, a provoqué un traumatisme profond, qui continue de se répercuter sur la vie politique.

Les partis d'opposition font de la création d'une telle commission leur priorité, arguant qu'Israël a mené des enquêtes similaires lors de précédentes crises.

Mais le gouvernement de Benjamin Netanyahou, en fonction le 7-Octobre et qui a imputé le fiasco aux services de sécurité, a plutôt proposé la formation d'une instance aux membres nommés par les partis.

Son seul but serait «de blanchir (les responsables, NDLR) et d'empêcher une vraie enquête sur le plus grand désastre connu du peuple juif depuis la Shoah», a fustigé sur X Yaïr Lapid, chef de l'opposition.

M. Netanyahou est également sous pression pour les relations passées de son gouvernement avec le Qatar, soutien financier clé du Hamas et hôte de la direction politique du mouvement.

Pendant des années, Israël a donné son aval au transfert par l'émirat de centaines de millions de dollars à Gaza, un choix critiqué pour avoir contribué à renforcer le Hamas.

La stratégie sécuritaire 

Pendant des décennies, la doctrine sécuritaire d'Israël a reposé sur un triptyque: renseignement, dissuasion et guerres courtes.

Le 7-Octobre a profondément ébranlé ce modèle.

Le gouvernement défend une stratégie de prévention permanente, avec de longues campagnes et la mise en place de zones occupées par l'armée - dites «de sécurité» -, à Gaza, au Liban et en Syrie. Auxquelles il faut ajouter des opérations régulières en Cisjordanie occupée, et les frappes contre l'Iran et les rebelles yéménites houthis.

La question des capacités du pays à soutenir durablement une telle doctrine se pose.

Des dizaines de milliers de réservistes ont été mobilisés à plusieurs reprises depuis 2023, parfois au prix de lourdes conséquences familiales et professionnelles, et l'armée continue d'alerter régulièrement sur le manque d'effectifs.

«Nous sommes passés d'une logique de dissuasion et de prospérité entre les guerres à une société qui vit en permanence par le glaive», selon Ofer Shelah, de l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS).

Cette stratégie a aussi entaché l'image internationale d'Israël, visé par des critiques croissantes sur son coût, notamment humain.

Alors que le bilan à Gaza dépasse à lui seul les 73.000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire palestinien, des milliers de personnes ont également été tuées au Liban.

Religion, identité et conscription 

Alors que l'armée réclame davantage de soldats, le débat sur les exemptions dont bénéficient les juifs ultra-orthodoxes s'est élargi à la question plus large de l'identité d'Israël.

Les partis ultra-orthodoxes sont soutenus par le Likoud, le parti de droite de M. Netanyahou, et ses alliés d'extrême droite.

La plupart des formations d'opposition veulent envoyer sous les drapeaux les étudiants des écoles talmudiques et ont exclu toute alliance avec des partis ultra-orthodoxes.

Ces divisions dépassent la question du service militaire.

Juste avant sa dissolution, le Parlement a voté une loi permettant de séparer hommes et femmes dans certains parcours universitaires et un texte sur l'importance de l'étude de la Torah.

Pour leurs partisans, ces mesures renforcent le caractère juif d'Israël. Leurs détracteurs dénoncent une emprise croissante de la religion sur la vie publique, ne répondant pas aux attentes d'une majorité de la population.

Coût de la vie 

Malgré des performances macroéconomiques solides, un PIB ayant plus que doublé depuis 2000 et un chômage historiquement bas, les Israéliens font face à un coût de la vie parmi les plus élevés au monde.

Parallèlement, les salaires médians restent inférieurs à la moyenne de l'OCDE, érodant le pouvoir d'achat des ménages et creusant la fracture sociale.

Les économistes pointent des problématiques structurelles: marché intérieur très peu concurrentiel, barrières commerciales et politique de logement inexistante.

Depuis 2023, le budget de la Défense a doublé et la fiscalité s'est alourdie en conséquence.

Même si les thématiques identitaires et sécuritaires sont au cœur de la campagne, les candidats ne font pas l'impasse sur le coût de la vie qui figure dans tous les programmes.

AFP

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