À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, célébrée ce 28 juillet sous le thème « Hépatite: faisons tomber les barrières », Ici Beyrouth fait le point sur une maladie encore trop souvent silencieuse. Au Liban, les hépatites virales se jouent sur plusieurs fronts: eau contaminée, vaccination, dépistage insuffisant, transmission sanguine ou sexuelle, accès au traitement et suivi parfois irrégulier.
L’hépatite désigne une inflammation du foie. Elle peut être virale, toxique, médicamenteuse, alcoolique ou auto-immune. Dans le cadre de la Journée mondiale, l’attention se porte surtout sur les hépatites virales A, B, C, D et E.
Toutes ne posent pas le même problème. L’hépatite A se transmet surtout par l’eau ou les aliments contaminés. Elle provoque le plus souvent une infection aiguë. Les hépatites B et C sont plus redoutées pour leur capacité à devenir chroniques. À long terme, elles peuvent évoluer vers une cirrhose, une insuffisance hépatique ou un cancer du foie.
À l’échelle mondiale, l’OMS estime que 287 millions de personnes vivaient avec une hépatite B ou C chronique en 2024, et que 1,3 million en sont mortes cette année-là. Les outils existent pourtant: vaccin contre l’hépatite B, tests de dépistage, traitements curatifs de l’hépatite C et traitements au long cours de l’hépatite B. Le problème reste l’accès, le diagnostic tardif et la continuité des soins.
Au Liban, des chiffres à lire avec prudence
Les données libanaises restent incomplètes, mais celles du ministère de la Santé publique donnent un aperçu utile. Selon la surveillance des maladies transmissibles, arrêtée au 24 juillet 2026, le Liban a notifié depuis le début de l’année 502 cas d’hépatite A, 67 cas d’hépatite B et 38 cas d’hépatite C. Il s’agit de cas rapportés, et non de la prévalence réelle dans la population.
L’hépatite A domine nettement les notifications. Elle se concentre surtout dans le Nord, avec 325 cas sur 502, devant le Mont-Liban avec 62 cas, la Békaa avec 55, le Sud avec 28, Nabatiyé avec 13 et Beyrouth avec 12. Par âge, les cas concernent surtout les 20-39 ans, avec 160 cas, et les 10-19 ans, avec 142 cas.
Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte plus large de maladies liées à l’eau et aux aliments: le ministère rapporte aussi, sur la même période, 658 cas de dysenterie, 403 cas d’intoxication alimentaire et 231 cas de fièvre typhoïde. Ce contexte rappelle le rôle de l’eau, de l’assainissement, de l’hygiène alimentaire et des conditions de vie dans la transmission.
Hépatite A: le marqueur des fragilités sanitaires
L’hépatite A est le visage le plus visible du problème au Liban. Sa transmission féco-orale passe par l’eau, les aliments contaminés ou une hygiène insuffisante. Elle est favorisée par les coupures d’eau, les réseaux fragiles, la surcharge de certains quartiers et les difficultés d’assainissement.
Le plus souvent, l’évolution est favorable. Mais la maladie peut être plus sévère chez l’adulte, les personnes âgées, les patients immunodéprimés ou ceux qui présentent déjà une maladie du foie. La prévention repose sur l’hygiène des mains, l’accès à une eau sûre, la sécurité alimentaire et, dans certaines situations, la vaccination.
B et C: le danger silencieux
Les hépatites B et C posent un autre problème: elles peuvent évoluer pendant des années sans symptôme. Fatigue, nausées, douleurs abdominales, urines foncées ou jaunisse ne sont pas toujours présentes. L’absence de signes ne permet donc pas d’exclure une infection.
Une étude épidémiologique menée au Liban a estimé la prévalence de l’hépatite B à 1,74 % et celle de l’hépatite C à 0,21 %, classant le pays parmi les zones de faible endémicité. Mais faible endémicité ne signifie pas absence de risque: infections non dépistées, populations vulnérables, antécédents de transfusion ou d’actes invasifs, soins non sécurisés, usage de drogues injectables et rapports sexuels non protégés restent des portes d’entrée possibles.
Selon les données 2026 du ministère de la Santé publique, les cas notifiés d’hépatite B concernent surtout les 20-59 ans: 25 cas chez les 20-39 ans et 28 chez les 40-59 ans. Les hommes sont plus représentés, avec 48 cas contre 19 chez les femmes. Pour l’hépatite C, les 38 cas notifiés concernent uniquement des adultes: 16 chez les 20-39 ans, 10 chez les 40-59 ans et 12 chez les 60 ans et plus.
Dépister, vacciner, traiter
L’hépatite B se transmet par le sang, les rapports sexuels non protégés et de la mère à l’enfant lors de l’accouchement. Le vaccin reste l’arme centrale de prévention. L’hépatite C, elle, n’a pas de vaccin, mais elle se guérit dans la majorité des cas grâce aux antiviraux à action directe.
Le dépistage est particulièrement indiqué en cas d’antécédent de transfusion ancienne, d’hémodialyse, de tatouage ou piercing non sécurisé, d’usage de drogues injectables, de rapports sexuels à risque, d’exposition professionnelle au sang, de grossesse ou de contact familial avec une personne porteuse du virus B ou C.
Le test est simple: une prise de sang. Pour l’hépatite B, elle permet de savoir si la personne est infectée, protégée par la vaccination ou déjà exposée. Pour l’hépatite C, un test positif doit être confirmé par une recherche du virus dans le sang.
La Journée mondiale contre l’hépatite rappelle donc une priorité simple: réduire l’écart entre les outils disponibles et les patients qui en ont besoin. Au Liban, cela passe par l’eau sûre, la vaccination, le dépistage ciblé, l’accès aux traitements et un suivi régulier. C’est là que se joue l’essentiel: diagnostiquer avant la cirrhose, traiter avant les complications et éviter que le foie ne paie le prix d’un retard silencieux.

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