Manara, le balcon de Beyrouth sur la Méditerranée
Avant d’être la corniche de Beyrouth, Manara était le premier visage de la ville pour ceux qui arrivaient par la mer. ©Shutterstock

Le Liban est souvent raconté à travers ses crises, ses guerres et ses dirigeants. Pourtant, disséminés dans les montagnes, les vallées et les villes subsistent des lieux presque oubliés qui racontent une autre histoire du pays. Anciennes capitales, voies ferrées abandonnées, temples cachés, sanatoriums désertés ou sites antiques méconnus, ces endroits sont les témoins silencieux d’époques révolues. Une série pour redécouvrir le Liban à travers des lieux qui ont façonné son identité.  

Bien avant de devenir la promenade la plus célèbre de Beyrouth, Manara était le premier visage de la ville pour ceux qui arrivaient de la mer. Entre phare, falaises et horizon, ce promontoire raconte la relation séculaire qu’entretient la capitale libanaise avec la Méditerranée.

À Beyrouth, il est un endroit où la ville semble ralentir. Dès les premières heures du matin, des pêcheurs prennent place sur les rochers. Les joggeurs longent la corniche, les familles s’arrêtent pour regarder les vagues et les vendeurs ambulants attendent le coucher du soleil, lorsque la lumière embrase la Méditerranée. Pour beaucoup de Beyrouthins, Manara est un lieu de promenade. Pourtant, bien avant d’être un espace de loisirs, ce promontoire constituait déjà le premier repère de la ville pour les marins qui approchaient de ses côtes.

À l’époque où l’on naviguait en se guidant sur les reliefs, les caps et les étoiles, la silhouette de Ras Beyrouth annonçait l’arrivée au port. Les falaises qui dominent aujourd’hui la corniche formaient alors un amer naturel, visible de loin depuis la mer. Les navigateurs savaient qu’au-delà de ce promontoire s’ouvrait l’une des principales villes de la côte levantine.

Le quartier doit d’ailleurs son nom au mot arabe manāra, qui signifie « phare » ou « lieu d’où émane la lumière ». Au fil des siècles, plusieurs phares se sont succédé sur ce rivage afin de guider les navires. Le premier phare moderne est édifié sous la période ottomane, à la fin du XIXᵉ siècle. Un nouvel édifice est construit en 1957 avant d’être remplacé, au début du XXIᵉ siècle, par le phare actuel. Plus qu’un simple équipement maritime, il symbolise une vocation ancienne : celle d’une ville ouverte sur la mer.

 Beyrouth regardait d’abord la Méditerranée

Pendant des siècles, Beyrouth s’est développée grâce à son port. Les marchandises venues d’Europe, d’Anatolie, d’Égypte ou du reste du Levant y transitaient avant de gagner l’intérieur du pays. Le commerce maritime façonnait l’économie de la ville autant que son identité.

Mais avant d’atteindre les quais, les voyageurs découvraient d’abord son littoral. Depuis leurs navires, ils apercevaient la ligne des falaises de Ras Beyrouth, puis le phare dont la lumière signalait la proximité du port. La ville se révélait progressivement, comme surgissant de la mer.

Cette relation privilégiée avec la Méditerranée a profondément marqué Beyrouth. Contrairement à d’autres capitales qui ont peu à peu tourné le dos à leur façade maritime, elle a conservé, à Manara, un vaste espace où l’horizon demeure omniprésent. Même lorsque l’urbanisation transforma profondément le littoral au XXᵉ siècle, la corniche resta l’un des rares lieux où la mer demeurait accessible à tous.

Peu à peu, Manara cessa d’être seulement un point de repère pour les navigateurs. Elle devint le grand salon en plein air de Beyrouth.

La corniche où toute la ville se retrouve

La corniche qui longe Manara est aujourd’hui l’un des espaces publics les plus vivants du Liban. On y croise des étudiants, des retraités, des familles, des sportifs, des touristes et des pêcheurs. Certains viennent marcher plusieurs kilomètres, d’autres s’installent simplement face aux vagues pour regarder les bateaux disparaître à l’horizon.

Peu d’endroits à Beyrouth offrent une telle diversité sociale. Ici, nul besoin d’acheter un billet ni de franchir une porte. La promenade appartient à tous. Cette dimension profondément populaire explique l’attachement que les Beyrouthins portent à Manara, malgré les bouleversements qu’a connus leur ville.

Les vendeurs de maïs grillé, de café ou de jus de fruits côtoient les cyclistes et les promeneurs. Les enfants s’arrêtent devant les pêcheurs qui lancent leurs lignes depuis les rochers, perpétuant un geste aussi ancien que la ville elle-même. Chaque soir, lorsque la chaleur retombe, la corniche retrouve l’atmosphère qui fait sa réputation : celle d’un lieu où Beyrouth se rassemble sans distinction.

Cette promenade conduit naturellement vers l’image la plus célèbre de la capitale : les Rochers aux Pigeons.

Les sentinelles de pierre de Beyrouth

Dressés au large de Raouché, ces deux impressionnants pitons calcaires sont devenus l’un des emblèmes du Liban. Sculptés par l’érosion marine au fil de milliers d’années, ils marquent l’extrémité occidentale de Ras Beyrouth et prolongent la silhouette du promontoire dans la mer.

Bien avant d’apparaître sur les cartes postales, ils constituaient déjà un repère naturel pour les navigateurs longeant la côte. Aujourd’hui encore, ils dominent les couchers de soleil les plus photographiés de Beyrouth et rappellent que la ville doit autant son identité à la Méditerranée qu’à son histoire.

Lorsque la lumière décline, les regards se tournent presque instinctivement vers l’horizon. Le phare commence à balayer la mer, comme il le fait depuis des générations, tandis que les Rochers aux Pigeons s’assombrissent lentement dans la lumière du soir. Les cargos ont remplacé les voiliers antiques, les instruments modernes ont remplacé les étoiles, mais la scène demeure étonnamment familière. À Manara, Beyrouth continue de se découvrir comme elle l’a toujours fait : depuis la mer.

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Pourquoi le quartier s’appelle-t-il Manara ?

Le nom Manara vient du mot arabe manāra, qui signifie « phare » ou « lieu d’où émane la lumière ». Il rappelle les différents phares qui se sont succédé sur ce promontoire pour guider les navires approchant Beyrouth. Si les édifices ont changé au fil du temps, leur fonction est restée la même : annoncer la ville à ceux qui arrivent par la Méditerranée.

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